‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 202 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

sont semblables à certaines couleurs apparentes, qu'il y a un aspect propre au corps, et de simples modifications de cet aspect produites par les jeux de lumière ?

Nous serions portés à le croire, et, si Ton jugeait sur Tapparence et sans réflexion, on dirait peut-être que lorsqu'une surface mate se trouve éclairée de face par la lumière ordinaire, par cette lumière qui nous semble incolore, c'est l'aspect vrai de cette surface qui se manifeste à nous.

Mais il est facile de reconnaître que ce jugement est illusoire. La surface blanche ou bleue que nous considérons ainsi éclairée par une lumière qui nous semble incolore, serait invisible, si elle n'était pas éclairée par une lumière quelconque. L'aspect de cette surface sous l'éclairage direct de la lumière en apparence incolore est tout aussi bien qu'un autre le résultat de l'action combinée de la surface du corps et de la lumière. Il n'a donc pas plus de titre qu'un autre aspect sous une autre lumière à être appelé l'aspect vrai du corps ; il n'appartient pas plus exclusivement au corps qu'un autre aspect.

Qu'est-ce, d'ailleurs, que cette lumière qui nous semble incolore? C'est simplement la lumière à laquelle nous sommes habi* *■ tués, et que nous prenons comme type. L'agent lumineux, comme nous l'avons déjà montré, est invisible en lui-même. La couleur de la lumière ambiante n'est pas l'objet de notre perception directe: nous ne la connaissons, nous ne la définissons même que par la comparaison des aspects d'objets connus éclairés par des lumières qui émanent de diverses sources.

Nous ne reconnaissons que la lumière ambiante est bleue que parce que les corps que nous sommes habitués à voir sous l'aspect blanc prennent un aspect bleuâtre.

Pour établir une comparaison directe entre une couleur réelle et une couleur apparente, il faudrait voir la couleur réelle, sans que la surface fût éclairée par aucune lumière : il faudrait voir ce qui est dessous l'aspect apparent; or, cela est impossible, la vision ne se faisant que par l'effet de la lumière qui produit l'aspect apparent.

Nous devons donc considérer les couleurs réelles, qualités des corps, comme des entités absolument hétérogènes avec les

rt IX POSTTTTISME ET LA SŒNŒ QPtftDIEVTAUE.

couleon i^iparentat, camnie de simples prof^élés de modifier h lomikre ambiante et de [»t>diiire, en union avec elle, les couleiiis apparentes.

Qnant à la nature intime de ces propriétés des corps, notre sensation ne llAu la révèle pas ; ce sera la science seule qui essayera plus tard de la découvrir et qui montrera que ces propriétés consistent dans le pouvoir d^absorber certains rayons lumineux et de réfléchir les antres dans toutes les directions.

De cette théorie, qui n*est que Texplication des fiaits les plus vulgaires, résulte une conséquence singulière : U semble, au premier abord, que les couleurs réelles des corps soient invisibles parce que ce ne sont pas elles, mais les couleurs apparentes qui se manifestent à nos yeux. De là, on devrait conclure que les corps eux-mêmes sont invisibles et que la vision ne porte que sur un vêtement lumineux qui est distinct de ces corps.

Nous n'admettons cependant pas cette conclusion, qui serait trop directement contraire au langage habituel et aux notions du bon sens.

Nous remarquerons qu'il s'agit ici, en grande partie, d'une question de terminologie. Il s'agit du sens du mot voir.

Si par vision on veut entendre perception absolument immédiate, sans aucun intermédiaire, la couleur apparente est seule visible.

Mais le terme de vision peut s'entendre dans un sens plus large. On peut entendre, et on entend habituellement par ce terme, la connaissance acquise par Tinterprétation d'un signe^ pourvu que cette interprétation soit naturelle et inconsciente.

En général, nous traversons l'aspect apparent des corps sans nous y arrêter, et notre intelligence marche tout droit à travers les signes jusqu'à la réalité. C'est, comme nous le verrons plus loin, par cette interprétation de l'aspect que nous voyons la forme en relief des corps et que nous voyons ces corps eux-mêmes. Or, de la même manière, parla même interprétation inductive, nous voyons les diversités des teintes propres des corps. Nous faisons instinctivement abstraction de la lumière, du relief et des ombres; et nous croyons voir directement du blanc sur toute la surface

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