LIVRE IV. — CHAPITRE IV
sur des surfaces polies, ou lorsqu'ils sont déviés par un milieu réfringent.
Les phénomènes que ces sciences étudient ont été connus de tout temps. Ces sciences elles-mêmes, qui constituent une branche distincte de la physique mathématique sont aussi très anciennes. Les principes de la catoptrique ont été connus des anciens. La dioptrique a été ébauchée par Kepler et doit sa loi fondamentale à Descartes.
Seulement ce n'est que plus tard qu'on a songé à tirer do ces sciences les conséquences métaphysiques très curieuses qu'elles contiennent.
Ces conséquences conduisent directement à distinguer la cause objective de la lumière et des couleurs, du fantôme subjectif.
Ces conséquences ne sont d'ailleurs pas autre chose que la généralisation de l'expérience vulgaire de la réflexion dans un miroir, ou du bâton qui parait brisé quand une de ses parties est trempée dans l'eau.
Il résulte de ces expériences que nous ne voyons pas nécessairement les objets oti ils sont, mais que nous plaçons leur apparence dans l'espace dans la direction opposée à celle suivant laquelle les rayons lumineux émanant des objets viennent frapper notre œil, et à une distance qui est déterminée par la convergence plus ou moins grande du faisceau des rayons qui, émanant d'un point de l'objet, finit par arriver à notre œil et traverse notre pupille.
Ce n'est donc pas la présence de l'objet qui détermine directement la vision d'une apparence lumineuse et colorée. C'est uniquement la rencontre du pinceau lumineux avec notre rétine. Que l'objet soit à droite, si par suite d'une réflexion les rayons lumineux viennent de gauche, l'objet paraîtra à gauche.
Que l'objet soit plongé dans un liquide, il paraîtra non pas oti il est, mais dans la direction d*oti viennent les rayons qui ont été déviés en traversant la surface du liquide.
Or, de ces faits il résulte qu'il y a une série invariable d'antécédents et de conséquents ainsi formée :
La présence de l'objet éclairé en un certain lieu.
La diffusion des rayons lumineux et colorés à pài*tir de l'objet.
392 LE POSITITISME ET Là 8aE!CGS EXPfiUMC^iTALE.
L'arrivée des nToiis lomiiieiix et colorés dans ToriL venant en dernier lien d^nne certaine direction et ayant nne colaine convergence.
L*a{qparition d'une image a^iarente dans la direction d'où viennent les rayons et avec la distance qni corre^Mnd à lear convo^nce.
Or, lorsque les rayons ont été déviés par nne cause quelconque, ce fantôme, dernier terme de la série, est évidemment subjectif; là où il se trouve il nV a rien. D est évidemment distinct de la cause prochaine, le faisceanlumineux arrivant sur la rétine: il ne lui ressemble en rien, il n'est ni au même lieu ni de même nature. Hais fl est plus distinct encore de Tobjet éclairé ; d'abord il n'est pas au même lieu ; ensuite il ne dépend que très indirectement de cet objet. De quelque manière que le bisceau lumineux soit arrivé vers Fœil, quelque voyage qu*fl ait subi à partir de l'objet, l'image est uniquement déterminée par le fûscean tel qu'il est à son arrivée.
Maintenant que doitril arriver quand la vision se fait directement ? Evidemment la série des antécédents et des conséquents est la même ; la seule différence est que le fûsceau lumineux arrive tout droit à l'œil sans être dévié, et que l'apparence colorée formée d'après les règles habitueUes, s'applique sur l'objet. Il n'en est pas moins vrai que l'apparence colorée est produite par le contact du faisceau lumineux avec la rétine et non directement par l'objet. Il n'en est pas moins vrai qu'elle est un phénomène subjectif, et nous arrivons à cette conclusion étrange que c'est notre rétine qui produit ce qu'eUe voit sous l'excitation des rayons lumineux; que.la lumière et les couleurs sont la projection extérieure de la sensation excitée dans les nerfe de l'œil.
Il en résulte aussi que l'apparence colorée, pour se jdaquer sur l'objet réel, a dû, pour ainsi dire, rétrograder le long des rayons lumineux, et retourner à.son point de départ.
Ces résultats singuliers ne sont autre chose que l'explication scientifique de cette donnée philosophique indubitable que des phénomènes apparents qui n'ont pas de substance propre, doivent appartenir au sujet auquel ils apparaissent. C'est toujours la