UYRE IV. — CHAPITRE IV
en nous, et étroitement liés à leur cause objective, ne variant qu'avec elle.
Ce point est d'une complète évidence, et l'assimilation que M. Taine a voulu faire entre les sensations venant du dehors et les images subjectives, est absolument arbitraire et contraire à l'expérience.
Nous distinguons aisément, pour peu que nous y fassions attention, trois espèces de phénomènes analogues sous certains points, mais irréductibles entre eux :
V LdL vision réelle d'objets ou d'images, phénomène produit par la lumière objective.
2^ La vision subjective de fantômes sensibles réellement lumineux ou colorés qui provient d'une excitation irrégulière de la rétine.
S"" La vision purement imaginaire ou la mémoire des couleurs et des formes.
Nonobstant ces distinctions, la production par la rétine de fantômes sensibles et leur situation apparente au dehors vient confirmer ce que la théorie scientifique, de même que la théorie philosophique, faisait prévoir, à savoir que les apparences colorées extérieures sont produites par l'activité nerveuse de la rétine, que ce sont des phénomènes substantiellement subjectifs, placés en apparence au dehors.
L'expérience conduit à un autre résultat très singulier et très fécond en conséquences philosophiques.
Elle montre que les excitations du nerf optique ne produisent que la lumière, et ne produisent aucune autre sensation. Quand le nerf optique est travaillé mécaniquement sur un animal, il ne se produit pas uae douleur proportionnée à celle que produit la lésion d'un autre nerf ; on est même porté à penser que le nerf optique et la rétine sont insensibles, et que toute la douleur que produit leur lésion provient de l'excitation de petits nerfs tactiles qui sont distribués à l'intérieur des grands troncs nerveux.
Des observations semblables faites sur les autres sens ont amené à la conclusion que l'excitation des appareils nerveux propres à chaque sens ne produit qu'une certaine espèce de sensation, lumineuse ou colorée s'il s'agit du nerf optique; sonore,
sil S agit da nerf auditif, etc., etc. ; et que la douleur a pour siège exclusif les nerfs tactiles, lesquels il est vrai sont répandus partout ^
On comprend quel appui cette théorie donne à Tidée de U subjectivité des couleurs apparentes. Ce qu'on appelle proprement sensation lumineuse ou colorée, c'est-à-dire l'apparition d'un fantôme, est l'effet propre du nerf optique et de la rétine : c'est le résultat naturel de son excitation, de même que la sensation de son est l'effet de l'excitation du nerf auditif. Objectivement, les causes peuvent être de même espèce, ce peut être des ondulations ou des vibrations moléculaires semblables ; c'est par l'organe que se fait la spécification des diverses natures d'apparences.
n nous reste à voir comment ce fantôme produit par la rétine se place au dehors, et pourquoi dans la vision normale il s'applique exactement sur la surface de lumière colorée qui en est la cause et en même temps sur la surface du corps réel.
DU RÔLE DE l'induction DANS LA LOCALISATION DES APPARENCES LUMINEUSES ET COLORÉES
L'une des parties les plus remarquables de la physiologie moderne de la vue est l'étude de la manière selon laquelle nous connaissons la troisième dimension, c'est-à-dire la distance d'un objet à l'œil.
On comprend que le fantôme lumineux, l'image produite par la rencontre du pinceau de lumière objective et la rétine ne contient par lui-même et de prime abord aucun renseignement sur la distance du lieu dont il vient. Placé à une double distance, un
( HeliTihollz. Optique physiologique, 2< partie, § 17.