‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 222 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

corps semblable de double dimension, vu sous le même angle, sera représenté par une image semblable.

Aussi les physiologistes s'accordent pour admettre que ce n'est que par une induction, naturelle il est vrai et inconsciente, que nous arrivons à reconnaître la grandeur et la distance réelle des objets visibles ^

A regard des objets rapprochés, cette induction se fait tout naturellement par le tact. Nous voyons devant nous une grande image lumineuse variée qui est produite par la réaction de notre rétine, sous TefTet des rayons de diverses couleurs qui viennent du dehors, qui Texcitent. Primitivement et avant toute induction, cette image projetée au dehors, ressemblerait à une sphère diversement colorée vue de l'intérieur.

Un instinct de notre nature nous porte à chercher la réalité qui se manifeste sous cette apparence. La vue, sens divinatoire, dont les résultats sont incomplets, appelle à son aide le tact, sens vérificateur. Nous avançons les mains, nous mouvons notre corps, nous allons à la découverte dans les différentes directions. Bientôt un accord s'établit entre la perception de la vue et celle du tact. Nous reconnaissons une similitude entre les formes vues et les formes touchées. Nous les interprétons l'une par l'autre.

Or, les formes touchées sont placées à une distance déterminée de notre corps, que nous mesurons par nos sensations musculaires. Leur relief est connu.

L'accord s'établissant entre la forme vue et la forme touchée, la forme vue se modifie sous l'influence du jugement inconscient et de l'habitude. Elle peut le faire, parce qu'elle n'est par sa nature propre obligée qu'à correspondre à l'impression gravée sur la rétine parles rayons lumineux. Elle consiste dans sa nature propre en une vision de diverses couleurs, sensation projetée au dehors dans la direction opposée à celle du rayon lumineux ; or. cette couleur apparente peut être à volonté éloignée ou rapprochée par un jugement sur sa distance. La forme vue, l'image lumineuse tout en restant toujours conforme à sa cause prochaine, qui est la rétine excitée par la lumière, se courbe en apparence

• Helmhoiii, 3« partie, § 30.

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et s*applique d*une manière exacte sur le corps que le tact a recoona pour être le point de départ des rayons colorés. Acquérant graduellement la connaissance de ce qui nous entoure, nous repoussons par la pensée et nous fixons par i*habitnde chaque partie de Fimage colorée qui remplit notre champ visuel, jusqu'à la rencontre du corps dont elle émane ou dont nous croyons qu'elle émane. Partout où se trouvent des coips réels connus par le tact, nous leur appliquons la couleur apparente qui \ient dans leur direction, et nous les en revêtons. Lorsque de tels corps n existent pas, nous les supposons, nous créons par la pensée une surface imaginaire sur laquelle la couleur i^parente va s'appliquer ; c'est ainsi que nous appliquons le Ueu de l'atmosphère sur la voûte céleste imaginaire.

Tel est le premier procédé de retour du £ant6me vers sa cause. On voit, contrairement à la pensée de M. Taine, qu'il n'est nullement l'effet d'une hallucination ; c'est une induction, une interprétation de signes naturels faite sous la direction de la nature elle-même. Il n'est nullement vrai, non plus, comme le dit encore M. Taine que la nature nous trompe toujours pour nous instruire. La nature est véridique, elle ne nous trompe pas ; les erreurs et les illusions sont le résultat soit d'accidents, soit de jugements précipités. La nature, du reste, apouTMi elle-même à la correction de ces erreurs. Quand elles ont des conséquences pratiques, elles sont toujours corrigées par une perception rectificative ; quand elles n*ont qu*un effet théorique conmie Tillusion naturelle de robjecti\îté des couleurs et des sons, elles peuvent être plus durables. Cependant le principe rectificateur est toujours placé à côté de Tillusion., et Tillusion ellenoième est toujours accompagnée d'un certain doute, d'une certaine ambiguité. qui en est le signe.

Les images visuelles s*étant ainsi transformées par induction en revêtement des corps tangibles, s'étant moulées sur leur forme et s'étant par l'habitude placées en dehors à leur distance^ de- \îennent des signes très exacts de ces corps. Nous voyons les corps là où est Timage, c'est ce qui explique pourquoi elle s'adapte si parfaitement.

Mais bientôt, Texpérience aidant, nous arrivons à nous passer

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