LIVRE IV. - CHAPITRE IV
du contrôle actuel du tact. Nous trouvons dans l'image elle-même des signes suffisants pour placer de suite le fantôme lumineux et coloré, et l'objet dont il est le signe, à leur vraie place, et pour donner au fantôme son véritable relief.
Ces signes sont très divers ; quelquefois c'est la connaissance antérieure de la grandeur ou de la forme de l'objet ; quelquefois ce sont les objets intermédiaires, leur nombre ou bien leur place; quelquefois, c'est la dégradation des teintes de l'image. Les peintres connaissent divers artifices pour faire paraître les objets en profondeur ; ces artifices ne sont autres que la reproduction des signes naturels de profondeur qui se trouvent dans l'image visuelle d'objets réels.
Cependant il est deux signes que les peintres ne peuvent imiter, et qui à l'égard des corps rapprochés donnent une notion très claire du relief ; c'est d'une part la convergence plus ou moins grande des rayons lumineux qui devient sensible par l'effort nécessaire pour accommoder les yeux, et faire varier la courbure du cristallin. C'est d'autre part la diflFérence entre les images perçues par les deux yeux, qui se sont fondues en une seule forme à trois dimensions précisément par cette même induction et ce contrôle du tact *.
Le mécanisme de ces deux signes est très curieux. Pour le comprendre, il faut d'abord savoir que les yeux ne restent que rarement fixés sur un point ; ils se promènent sur les objets pour fixer successivement leurs différentes parties. Ces mouvements sont attestés par des sensations ou états de conscience particuliers ; ils sont naturellement accompagnés d'un glissement de l'impression lumineuse sur la rétine. Lorsque nous tournons les yeux vers la gauche, les objets situés à gauche qui se peignaient sur la partie droite de la rétine, viennent se peindre au centre, les objets placés en face de la rétine, viennent se peindre sur la partie gauche, les objets à droite qui se peignaient à gauche disparaissent et d'autres objets plus à gauche apparaissent^ se peignant sur la droite delà rétine, en vertu d'un renversement singu-
* HelmholU, !'« partie, 5512.
\*é LE POSmVISn et la SŒ^CCS CXPteDfDPTAU.
lier des images que noos aaroas li^i d'étudier plos loin. Or. chose étrange, ces deux moinraiients contraires^ Fan de FeriL attesté par certaine sensation interne. Fantre de Fimage gitssant sur la rétine, se compensent tellement par lliabitade que les objets nous paraissent fixes. Si le glissement sur la rétine aTait lieu sans monvemenl de Fœil, noos Terrions Fobjet se monrmr de drcMte à gauche ; il traverserait notre champ visneL Si le moovement de Fœil vers la gaoche avait lien sans glissement sur la rétine, comme cela arrive lorsque nous suivons des yeux une lumière mobile sur laquelle Fœil est toujours fixé et qui se peini toujours au centre de la rétine, nous sentirions que Fobjet se meut vers la droite. Quand les deux mouvements de sens contraire, attestés chacun par des sensations spéciales très obscures, ont lieu en même temps, nous en faisons la ccmipensation et Fobjet parait fixe.
Mais pendant que les yeux se promènent ainsi sur Fobjet, le centre de chaque rétine, le point où se fait seule b vision distincte, ce point marqué par une tache jaune qu'on appelle forea centrai y reçoit des rayons émanants de points colorés qui sont à diverses distances. Pour que la vision soit précise, il tant que les pinceaux lumineux réfractés par le milieu oculaire viennent converger sur la rétine ; il £aut en d'autres termes à tout instant mettre Fœil au point comme une lunette : il faut Fadapter alternativement à la vision d'objets rapprochés on éloignés. Or ces mouvements instinctifs sentis par la conscience, de>'iennent un signe d'après lequel nous repoussons le fantôme coloré à la distance d'où proviennent les rayons. Nous faisons cela par habitude, nous formant pour ainsi dire instinctivement une échelle de sensations d'accommodation correspondante aux distances.
S est facile de s'assurer expérimentalement de ce fait. Placez devant vos yeux à une certaine distance un livre ouvert : placez un autre papier imprimé à moitié distance de vos yeux, et essayez de lire alternativement sur les deux feuilles imprimées qui sont à des distances différentes. Au moment où vous passerez brusquement d'une feuille sur l'autre, vous serez obligé de faire un effort pour lire distinctement, vous sentirez une secousse dans votre œil. et simultanément vous verrez le papier le plus éloigné fuir jus-