LIVKK IV. — CHAPITRE IV
formes connues par le tact. Chaque signe visuel, produit par un faisceau de rayons frappant la rétine, est associé à une notion provenant du tact, c'est-à-dire à la notion d'un corps à trois dimensions, à la notion d'une forme en relief et à celle d'une substance réelle. Les notions obtenues par le tact sont comme une espèce de dictionnaire qui sert à traduire les impressions visuelles.
Par Teffet de cette première traduction, les fantômes produits par la rétine se projettent au dehors, s'appliquent sur le contour des formes tangibles et deviennent équivalents, non seulement aux yeux de la raison, mais aux yeux de la sensation elle-même avec ces formes.
Plus tard, suffisamment instruits parles inductions précédentes, nous apprenons à traduire sans dictionnaire, c'est-à-diro sans recours au tact ni au souvenir du tact. Nous devinons alors la forme en relief correspondante à chaque fantôme visuel au moyen des divers signes que nous avons indiqués, et principalement des sensations d'accommodation et de la différence des fantômes colorés des deux yeux. Cette divination se fait d'une manière mécanique, et, par l'effet de l'habitude, finit par ressembler à une sensation véritable, de telle sorte que le fantôme lumineux interprété par ces signes accessoires, devient apparent dans l'espace en un certain lieu et avec un certain relief, qu'il est réellement vu de cette manière.
Par Teffêt de ces deux signes, la sensation d'accommodation et la combinaison des fantômes colorés des deux yeux, nous parvenons à la règle adoptée dans la catoptrique et la dioptrique, à celle qui consiste à placer mécaniquement et uniformément chaque élément coloré sur la direction dont il vient, à la distance qui correspond à la convergence de chaque pinceau lumineux, et à l'écart des deux pinceaux qui pénètrent dans chaque pupille, c'est-à-dire précisément au point d'où doivent émaner dans la vision normale ces deux pinceaux lumineux. Cette règle devient instinctive et s'applique san% aucun raisonnement.
On' comprend maintenant comment se fait l'adaptation du fantôme subjectif à la surface de la lumière colorée et à la surface des corps. Dans les premières expériences instinctives, c'est
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le EuilAoïe ^sL par Teflet d'as jneemenl incoBscieBi* se plie eC s'adi^ aax coaUmn de l'objet coiuui par le tact.
Daas les oh«enratk»s nhériemes, le fantAme est inigprété par laiHBéiiie; c'est alors Fobjet que noos totods là où parait le SaaUfOÈe^ et Tobjet s'y tronre réeUement, parce que Finterprétatkm s'est fûle suivant des règles sôres. acquises par mie longue expérience comparative avec le tact. et. bien entendu, tonjoors sons la direction de la natnre.
On comprend que le funtôme et Tobjet réel ainsi associés, ne soient considérés que comme nne même cbose. qne le signe s'attache à la chose signifiée, que. ne voolant connaître qae les objets et n^employant les&nlômesqne comme intermédiaires, nov arrivions à considérer la conleor apparente comme une qualité de Fobjet, nonobstant les jeux de lumière qui la font varier.
On comprend aussi que, ces fantômes visuels étant par leur nature même destinés à être le signe de certains objets, lorsque les couleurs ou la lumière nous apparaissent isolées, nous les transformions en un objet fictif; ou bien que, si nous sommes avertis par Fabsence d'une forme déterminée quelles ne revêtent pas un objet réel, nous les transformions en la notion incohérente d*un phénomène objectif non substantiel.
Le fantôme subjectif en s*appliquant sur Fobjet. en adhérant à lui comme le signe à la chose signifiée, s*est pour ainsi dire détaché de nous. En se plaçant au loin dans Fespace au lieu de rester simplement posé devant notre rétine , il est sorti en apparence de notre moi et s'est attaché au corps. Si maintenant le corps vient à lui manquer, il posera en Fair, il sera une image creuse, une apparence.
Mais, même dans ce cas, Fillusion ne sera pas complète. Le simple mot d'apparence Findique. Une apparence n'existe qu'autant qu'elle apparaît, et elle n'apparaît qu'autant qu*elle apparaît à quelqu'un. En disant que les couleurs et les sons sont des apparences, nous disons donc implicitement qu'ils sont subjectifs, de sorte que la notion Je l'objectivité des couleurs appareules n'est jamais claire et nette ; elle est toujours plus ou moins contradictoire. C'est une illusion naturelle, mais une