‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 226 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

illusion contre laquelle la nature elle-même nous prémunit secrètement.

Il en est de même des autres illusions dont nous avons parlé, de celles qui sont produites par la réflexion et la réfraction. D'après ce que nous avons dit, il est facile d'en comprendre la nature et l'origine.

Tant que la vision s'opère d'une manière normale, sans l'intervention do surfaces réfléchissantes et de milieux diversement réfringents, les règles d'interprétation déduites de l'induction inconsciente sont exactes. Ces règles , qui deviennent autant d'habitudes instinctives, ont été en effet formées en présence d'objets vus directement au travers de l'atmosphère à peu près homogène ; tant que les conditions dans lesquelles les habitudes se sont formées subsistent, la vision s'opère régulièrement. Le fantôme de couleurs apparentes se transporte précisément à l'endroit d'où émanent les rayons réfléchis sur la surface du corps, il fait voir le corps où il se trouve.

Mais du moment qu'intervient une de ces cironstances exceptionnelles, du moment que les rayons sont déviés de leur route, l'illusion se produit '. Le fantôme de couleurs apparentes se place par l'interprétation habituelle au lieu où il serait, si les rayons frappant la rétine comme il le faut n'avaient pas été déviés. Il se place donc en apparence, relativement aux autres corps et à leur apparence normale, dans un lieu où le corps dont il est le signe ne se trouve pas. Cette illusion est aisément corrigée par la raison, parce qu'elle produit une discordance avec l'ensemble des perceptions normales ; elle place souvent le corps où il ne peut pas être, elle lui donne une forme qu'il n'avait pas et qu'il n'a pas pu acquérir. Constatant cette discordance, et s*appuyant sur l'ensemble concordant des perceptions normales, la raison corrige l'illusion. Néanmoins l'illusion subsiste dans la perception sous la forme d'un jugement inconscient, fruit d'une habitude invétérée.

L'opposition entre ce jugement et celui de la raison se manifeste, suivant le degré de l'illusion, sous des formes difTérentes.

« Helmholtt, !!!• partie, i 80, p. 1003.

Quand Técart entre la place du fantôme coloré et la vraie place de Tobjet est médiocre, comme dans le cas do la réfraction simple, Terreur est censée porter sur la place ou la forme deTobjet. Nous voyons l'objet lui-même là où nous savons qu'il n'est pas. Nous voyons courbe le bâton que nous savons être droit.

Quand l'écart est plus considérable, quand le fantôme se trouve très loin de l'objet, et principalement quand il peut y avoir double vision, Tune normale, l'autre illusoire, comme dans le cas du miroir, le jugement de perception s'exprime autrement. Nous ne disons plus que nous voyons l'objet où il n'est pas. Nous disons que nous voyous dans le miroir ïimage de l'objet. Cette image n'est autre chose que le fantôme de couleurs apparentes, produit par la rétine sous l'action des rayons réfléchis, comme si la vision était normale. Cette image alors, pleinement séparée de l'objet, placée dans un lieu où l'objet ne peut pas être, est évidemment un phénomène purement subjectif. Elle apparaît néanmoins au dehors, par l'effet d'une invincible illusion. Elle est vue, c'est-àdire créée par la rétine, sous l'influence de la lumière objective, et contemplée par le moi qui l'a créée. Sa formation physique étant exactement la même que celle du fantôme de la vision normale, nous révèle clairement le caractère subjectif des couleurs apparentes.

Repassons encore une fois, vu Timportance du sujet et sa difficulté, la suite générale des phénomènes qui se produisent dans la vision des couleurs, dans les trois cas que nous avons distingués, celui où la couleur est vue sur l'objet coloré luimême, celui où elle est vue ailleurs par une illusion d'optique, celui où elle ne correspond pas à un objet déterminé.

/" cas, — L'objet existe dans un certain lieu, il possède une

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