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LIVRE IV. — CHAPITRE IX

Il faut, en premier liçu, dot organes aptes à éprouver les diverses sensations qui doivent servir de signes aux corps extérieurs.

Ces organes, ce n'est pas nous qui les avons créés, nous les tenons de la nature. On ne saurait attribuer la formation de ces organes à Tassociation de nos sensations. Ils préexistent évidemment à ces sensations. Ils sont innés.

Mais posséder des organes ne suffit pas, il faut encore savoir s'en servir d'une manière quelconque. Or, si l'habitude, l'exercice, l'association d'idées, l'induction inconsciente, peuvent contribuer à l'éducation d'un organe, elles ne peuvent pas commencer cette éducation. L'hsbitude suppose des actes répétés, elle suppose donc que nous sachions déjà agir d'une manière quelconque. L'i^uction inconsciente suppose l'établissement de comparaisons entre les signes et les notions ; elle suppose qu'à l'origine, certaines notions ont été unies à certains signes.

Les habitudes' lipésupposent, à l'origine, des instincts.

Choisissons un exemple.

* Pourquoi les fantômes visuels des deux yeux se confondent- ils quand les axes des yeux sont parallèles, ou convergent vers l'objet que ces fantômes repréitatent ?

C'est parce que sachant par le tact que l'objet est unique, noàs avons pris l'habitude, quand les axes de nos yeux convergent sur lui, de ne voir qu'un seul objet, et de confondre en une seule notion les apparences produites par les points correspondants de la rétine.

Foilbien ! mais pourquoi les yeux se sont-ils habitués à se mouvoir de manière à conserver leurs axes parallèles ? Si les yeux se mouvaient au hasard, l'habitude ne s'établirait pas, il n'y aurait pas de points correspondants. Pour cet accord de mouvement des yeux, il faut un instinct primitif antérieur à l'habitude.

Second exemple. Nous avons dit que les fantômes visuels étaient interprétés par le tact. Mais comment les doigts qui touchent s^ dirigent-ils à l'origine vers l'objet que le fantôme visuel dépeint? Pourquoi l*enfaÀtyélend-il les mains en avant quand un objet brillant parait devant lui pour chercher à le

saisir ? Ce n*est pas en vertu d^oBe habitude qui ne saurait être encore contractée, c*est par reffet de Tinstinct.

Mais ce n'est pas tout. Nous avons reconnu la profonde distinction qui existe entre les éléments objectifs et les signes subjectifs dans la perception. Il y a deux séries qui se correspondent terme à terme, Tune comprenant les fantùmes visuels, les sensations musculaires et cutanées, Fautre les corps solides extérieurs et leur forme à trois dimensions.

Qr, à elle seule, Tassociation d'idées, Tinduction inconsciente est parfaitement incapable de franchir la barrière qui sépare l'objectif du subjectif.

Gomme procédé d'interprétation, elle se réduit en eiïet à une espèce de règle de trois ainsi formulée.

Tel signe A, dans plusieurs circonstances, a signifié telle notion B.

Donc A paraissant, B doit exister.

Elle suppose donc toujours la connaissance* antérieure d'une notion qui a été déjà comparée à un signe.

Elle ne peut pas créer les premières notions objectives.

Il faut donc nécessairement qu'il y ait, à l'origine, une première interprétation spontanée et naturelle de certains signes sensibles ; il faut qu'il y ait certaines notions suggérées par la nature elle-même, qui puissent ensuite, par leur combinaison, engendrer des notions nouvelles qui s'adapteront par induction à des signes nouveaux.

La nature doit donc fournir trois choses, des organes réels, des instincts primitifs devant créer les habitudes, et certaines notions, traduction des signes les plus simples, devant servir de clé pour Finterprétation de tous les signes.

Sans ces trois éléments innés, l'éducation des sens, par l'exercice^ l'habitude et l'induction inconsciente seraient impossibles.

Mais on peut supposer que les instincts primitifs et les notions objectives primitives sont très simples et très peu nombreux. On peut attribuer à l'expérience instinctive et à l'induction inconsciente tout ce qui peut s'e:q>liquer par une comparaison entre les signedv et les choses signifiées. On peut ainssi restreindre à

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