‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 268 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IX

L'induction scientifique est fondée sur le rapport de la cause à TefTet, ou tout au moins de Tantécédent au conséquent.

L'induction inconsciente se fonde sur le rapport du signe à la chose signifiée. Nous ne cherchons pas, dans le travail de Téducation des sens, pourquoi tels phénomènes sont produits ; nous cherchons ce que tels signes signifient. Ce n'est pas Fantécédent dans Tordre des réalités, c'est le conséquent dans l'ordre intellectuel que nous cherchons.

Œuvre de la raison, résultat de la réflexion, l'induction scientifique cède facilement à la raison elle-même, quand il est prouvé que la loi déterminée est sujette à une exception ou a été mal établie.

. Œuvre de la nature et de l'habitude, l'induction inconsciente s'impose comme une nécessité dont nous ne pouvons nous affranchir que par un travail contraire de l'habitude. Ce travail contraire est mèn^e impossible dans certains cas ; il nous est impossible de ne pas voir une image derrière un miroir, bien que nous sachions qu'il n'y a aucun objet.

L'induction inconsciente est donc l'un des principaux moyens de l'éducation des sens.

Appliquée aux signes obscurs du tact, cette manière naturelle d'augmenter notre connaissance change encore de nature. Les signes sont si obscurs que nous ne pouvons pas établir de comparaison véritable entre des sensations musculaires imperceptibles et les formes tangibles que nous percevons. L'union entre le signe et la chose signifiée s'opère,, non plus dans notre conscience, qui ne perçoit pas la sensation musculaire, mais dans le fond même de notre être ; il s'établit un rapport direct entre la partie sensible et la partie intellectuelle de notre moi. Il se passe quelque chose de semblable à ce qui arrive lorsqu'un homme s'exerce à lancer un projectile sur un but donné. Il lui serait absolument impossible de mesurer par sa conscience le degré d'effort nécessaire pour que le projectile ait la vitesse convenable pour atteindre le but^ et cependant il peut par sa volonté produire précisément ce degré d'effort. C'est par un procédé semblable qu'un joueur de billard dirige sa bille, appréciant par l'effet de l'habitude des différences de direction dont ses yeux-mêmes ne

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pourraient coustater Texistence ; i^t 4fiJa même maçière encore qu'un joueur de violon place ses doigts daiui: J'exÉOÎe position nécessaire pour produire une note juste.

Dans la perception du tact, les notions claires de la forme tou> chée apparaissent au moment où Tébranlement des nerfs produit des sensations musculaires obscures et inaperçues. Dans les faits résultant de l'exercice et de Thabitude que nous avons considérés, c'est la notion claire du but à atteindre qui produit, par riatermédiaire de la volonté, un efTort musculaire inconscient, exactement mesuré sur la distance de ce but. Ce sont donc des phénomènes réciproques et de nature semblable.

Aussi il nous semble qu'il vaudrait mieux, dans le cas des signes du tact, retirer à ce procédé le nom d'induction et lui substituer celui d'exercice et d'habitude. Quoi qu'il en sdii, cette manière de lier les sensations aux notions est encore un des procédés naturels du développement de nos facultés de percevoir. Ce qu'il a de commun avec l'induction, c'est que, oomme elle, il est comparatif. C'est toujours l'association par l'habitude de deux éléments, un signe sensible et une notion concrète.

NÉCESSITÉ d'éléments INNÉS

Mais si l'induction inconsciente, l'association par l'exercice et par l'habitude des sensations aux notions joue un grand rôle dans l'éducation progressive des sons, ce procédé cependant ne saurait à lui seul constituer l'interprétation générale des signes sensibles et produire la connaissance des corps.

Il faut, outre ce procédé comparatif, un autre ordre d'opérations. Il faut que la nature elle-même fournisse certaios éléments, ou bien relie entre eux directement certains signes à certaines notions.

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