LIVRE IV. — CHAPITRE X
les mouvements et les choos ; signes qui, parla même association d'idées, vont se placer en apparence à Tendroit où se passe le phénomène qui en est la cause.
Mais outre ces connaissances si importantes, notre expérimentateur novice apprend encore à s'orienter dans l'espace.
Que la notion même de l'espace soit innée ou acquise, peu importe; ce que l'expérience seule semble pouvoir apprendre, c'est la situation relative des différents corps, et celle des différentes parties du corps humain.
Nous ne connaissons, même à l'état adulte, que très imparfaitement la situation de notre cerveau, comme celle de tous nos organes internes. Nous ne connaissons de notre corps que le dehors, et nous ne connaissons bien que les parties que nous pouvons voir et toucher.
Il est donc naturel de supposer que le point de départ de toute notre connaissance des lieux distincts de l'espace, que la véritable origine des coordonnées, à partir de laquelle nous plaçons tous les objets perceptibles, n'est pas au dedans de nous. Elle doit se trouver devant nous, à la place où, naturellement et sans effort, nous pouvons réunir nos deux mains pour palper un objet réel, et en même temps le fixer avec nos yeux. C'est à partir de ce point de l'espace, dont nous acquérons directement la connais^ tance par la première traduction de nos sensations cutanées, que Fenfant, qui nous sert d'exemple peut aller à la découverte dans différentes directions, mesurant les distances par des sensations musculaires dont il apprend graduellement le sens. U rapporte d'ailleurs les objets tout naturellement à trois axes passant par le point primitif, à savoir : la verticale de ce point, la ligne horizontale dirigée vers le milieu de son corps et la ligne horizontale transversale. Il pourra mesurer aussi l'objet qui est devant lui, puis d'autres objets, et dès qu'il sera capable de marcher, faire instinctivement l'estimation des distances. En même temps, les fantômes visuels, dont la grandeur angulaire ne cesse de varier en raison même des déplacements mutuels de ses yeux et des objets, commenceront à acquérir leur signification relative à la distance ; il s'habituera à juger du rapprochement et de l'éloignement des objets par leur grandeur apparente.
50'. LE POSITIVISME ET Là SCIENCE SXPËUHENTALE.
Puis, il étudiera son propre Mvps, li regardant» le touchant, et en déterminant les formes, dans les diSénates attitudes qn'il peut prendre.
Cette acquisition gradnelle et expérimentale de la connaissance des différents lieux, et de celle des diiTérentes parties de notre corps explique certains faits qui semblent singuliers au premier abord.
11 y a d*abord le fait que nous voyons les objets droits, bien qofl rimage matérielle peinte sur la rétine soit renversée. Cette anomalie apparente n*a plus rien de surprenant, si nous considénms que nos fantômes visuels n'aoquièrent leur signification que par leur comparaison avec les formes tangibles. La notion du haut et du bas, qui provient de la pesanteur, est inhérente à nos sensations musculaires ; elle n'existe pas dans les sensations visnelies ; il est donc naturel que les images s'orientent de telle sorte que la partie qui correspond à la terre paraisse en bas, et que celle qui correspond au ciel paraisse en haut.
Un second fait que M. Taine, n'a cru pouvoir expliquer que par une hallucination, c'est la localisation apparente de nos sensations tactiles à l'extrémité extérieure des nerfs tactiles, soit sous notre épiderme, soit le long de nos tendons musculaires.
Que la douleur se produise ou ne se produise pas dans le cerveau, question que nous ne voulons pas discuter ici, il est un fait certain, c'est qu*elle se manifeste à l'extrémité externe des nerfs et non à leur extrémité encéphalique.
L'explication de ce fait est simple. Quand nous éprouvons une douleur en un point de notre peau, nous y portons naturellement la main. Par nos sensations musculaires nous mesurons la distance de ce point aux axes principaux, dont nous avons parlé, et qui nous sont donnés par la nature même. L'association d'idées fixe alors la sensation douloureuse au point ainsi connu. Quant à nos sensations internes, nous ne les localisons que d'une manière vague, en les rapportant à certains points de la surface de notre corps, tels que, lorsque ces points sont touchas, la douleur est apaisée ou augmentée. C*est ainsi qu'il est dîfilUsile do fixer exactement le signe d'un mal de tête ; on ne peut le faire approximativement qu en pressant la surface de la tète aux divers points.
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el on oslimanl d'après VimpressioQ produtle si ces poials sodI plus ou moins loin du siëgt; du mal.
Telle esl la promiiTO et importante série de connaissances que l'enfant acquiert par l'usago simultané de la vue et du tact et même de l'ouïe, appliqué à des objets rapprochés.
Plus tard, il étend le champ do sa science. Il apprend à juger des formes par la vue seule, sans recours an tact, c'est-à-dire, comme nous l'avons dit, à traduire sans dictionnaire les signes visuels. C'est ainsi qu'il arrive à percevoir les objets lointaios.
r.nfiii, il reste certains signes dont le sens ne peut être déterminé avec précision ; tels sont les sons lointains et vagues, Ix lumière et les couleurs répandues dans l'atmosphère. Notre expérimentateur ne pouvant interpréter pleinement ces signes, en fera une interprétation incomplète, en devinant le lieu où doit se trouver la cause du phénomène interne el en transportant par l'habitude le sig:no lui-même, le son, la lumière, ou la couleur, au lieu où il a deviné que la cause devait se trouver.
C'est ainsi qu'après avoir commencé par la perception des corps tangibles, il finira parcelle des simples apparences.
Il est facile de comprendre qu'à la lin de cette éducation des sens, quand le langage naturel sera pleinement compris, les signes sensibles se trouveront localisés comme le veut la théorie que nous avons exposée au commencement du précédent chapitre, les signes tactiles localisés dans notre corps, mais devenant insensibles et obscurs dans la perception des corps extérieurs à nous; les signes clairs se localisant là où se trouve l'objet qu'ils représeuteut ou la cause qui les produit, et se confondant avec cet objet ou avec celte cause.
On pourri reconnaître encore un fait que nous avons déjà signalé, à savoir que c'est eu connaissant le monde extérieur que nous développons nos facultés de conuaitre ; que c'est en voyant et en touchant des corps réels que nous apprenons à voir et à toucher. Avec le sensualisme et là notion de l'étendue subjective, tout ce progrès de la connaissance humaine serait înexplicable-
Nous pouvons reconnaître une fois de plus que celle expérience qui scrute et qui mesure le monde exlérieui-, rencon-
3M LE POSmnSXK ET LA SCIE!CGK EUtBBKMSTJdJL
ire tool d'abord les substances, et que c'est par la connaissance des cor[is. c'est-à-dire des substances réeUes, qn'dle arrire à Finterprétation de tous les signes sensibles.
Nous pouvons enfin rejeter entièrement la théorie de l'hallucination et de la nature mensongère. La nature ne nous trompe mullement : tout ce qui vient d'elle, organes, instincis. notions premières, e&t conforme à la vérité et propre à produire une connaissance exacte.
Seulement, la nalnre permet que nous tombions dans des illusions qui n'ont aucune conséquence pratique, et qui même sont atilesen un certain sens; ce sont les illusions qui consistent à confondre le signe avec la chose signifiée, et à leur donner le même nom; c'est une abréviation et une approximation utiles dans la pratique.
Mais en permettant ces illusions, la nature a eu soin de placer un correctif à côté de chacune d'elles. Elle met constamment la réalité sous nos yeux à côté de l'apparence, afin de nous permettre de les comparer.
L'apparence ne saurait se confondre aux yeux de la raison avec le corps: la couleur apparente, simple jeu de lumière, se distingue avec un peu de réflexion de la couleur réelle.
Aussi, nonobstant ces illusions insignifiantes dans la pratique et facilement corrigibles, l'honmie guidé par la nature acquiert une merveilleuse connaissance, il connaît les objets réels et leur distribution dans l'espace. Il comprend et traduit à livre ouvert, d'une manière très rapide, le langage de ses sens.
Il peut maintenant commencer un nouveau travail, Tétude scientifique du monde. Il est muni de tout ce qui lui est néce^ssaire pour un nouveau voyage de découvertes. A la place des notions premières peu nombreuses et très générales que la nature avaient fournies à l'enfant pour traduire les premiers signes tactiles, rhomme adulte possède des notions nombreuses, claires et précises sur un grand nombre d'objets naturels; il possède aussi le sens des différents signes de la vue, de Fouîe et de l'odorat.
A la place des instincts désormais inutiles, il va être guidé par sa raison. L*instinct d'association d'idées sera remplacé par le