LE MONDE APPARENT ET LE MONDE RÉEL
Lorsque l'éducation des sens de Thomme est achevée, lorsqu'il sait traduire leur langage, ce qui arrive de très bonne heure dans la vie, il se trouve bien loin de Tétat primitif de l'enfant au berceau qui ne fait qu'éprouver des sensations, sans en deviner encore les causes. Il jette sur le monde extérieur un regard intelligent ; il se sent, malgré sa petitesse, supérieur à cet univers si vaste; il le domine de toute la hauteur de sa raison ; il le connaît tandis que l'univers s'ignore lui-même. Il sait aussi déjà qu il peut agir sur cette nature si puissante, changer dans une certaine mesure le cours uniforme de ses phénomènes, asservir les forces qui l'entourent et les employer à son usage.
Néanmoins il est encore bien loin de connaître la nature intime du monde réel. Il a percé déjà le voile des apparences ; il a saisi, déterminé et isolé des substances réelles, des corps distincts. Mais à l'intérieur même de ces formes géométriques solides, ou dans les intervalles qui les séparent, dans ce milieu atmosphérique où elles sont baignées, résident des causes inconnues et occultes ; la chaleur, la lumière et l'électricité, etc., etc.
L'homme, passant à l'état scientifique, et appuyé sur les connaissances premières qui résultent de la première interprétation naturelle inconsciente et concordante de ses sensations, s'efforce de chercher la nature do ces causes, d'explorer plus profondément la nature de la réalité, de percer de nouveau ou de lever entièrement le voile des apparences.