‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 84 sur 320 · APPRÉCIATION DES RÉSULTATS PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DES RÉSULTATS PRÉCÉDENTS

Les notions de bon sens que nous venons d'exposer ont un double caractère.

D'une part, elles sont extraites des faits vulgaires et constamment contrôlées par ces faits; elles n'ont rien d'arbitraire, elles ne sont pas construites à priori, elles sont l'expression naturelle de la pensée placée en présence des choses, des personnes, des événements qui composent et remplissent le monde et l'histoire. Elles sont aussi d'une application pratique sûre et facile, grâce à ce contrôle incessant de la réalité.

Mais d'autre part, elles sont à la fois compliquées et incomplètes ; elles ne se placent pas aisément dans un ordre logique ; la définition de chacune contient la notion des autres ; elles présentent des lacunes, elles suggèrent des difficultés et des contradictions apparentes, elles soulèvent des problèmes.

Je vais tâcher de montrer que, nonobstant, ces imperfections, cet ensemble de notions constitue une connaissance réelle certaine et utile; j'irai plus loin et j'essayerai de montrer que ces imperfections mêmes doivent exister, qu'il est possible d'en rendre raison, et qu'elles proviennent de la complication même du problème à résoudre et des limites de l'intelligence humaine.

Examinons d'abord ce que nous savons sur les substances; nous verrons ensuite ce que nous ne savons pas; et enfin, nous nous demanderons pourquoi nous en savons si peu.

•i LE IH>î?m% ISME ET LA SOENCE ElPEROfEXTJkLE.

^ 1 . — Valeur réelle des nolio/vi vulgaires sur la substance.

Deux questions se posent à Toccasion de tonte notion générale : 1* En quoi consiste4-elle ; de quels caractères se composc-t-elle? 2* A quels individus s'applique-t-elle?

Ainsi, si nous voulons savoir ce que c'est que la civilisation, nous aurons à nous poser deux questions : 1* Quels sont les caractères qui distinguent un peuple civilisé d*un peuple sauvage ; 2* Quels sont parmi les peuples qui existent ceux qui sont civilisés.

De même à Tégard de la substance , nous pouvons nous demander : 1* En quoi consiste une substance? 2* Quelles sont les substances réelles?

Or, la doctrine exposée plus haut fournit une réponse à ces deux questions.

A la question : En quoi consiste une substance? elle répond par les caractères de permanence, d'unité, d'existence objective en elle-même, et d'individualité. Ce sont des notions distinctes, qui appartiennent à toutes les substances, et qui caractérisent tous le» êtres auxquels on peut donner ce nom.

A la question : Quels sont les réalités auxquelles s'applique la notion de substance ? nous répondrons en disant que cette notion s'applique aux personnes et aux choses, aux êtres simples et à certains êtres collectifs doués d'unité et de permanence.

D'autre part, nous nions qu'elle puisse être appliquée aux qualités, aux phénomènes, aux genres, aux espèces, aux classes indéfinies, et enfin, aux collections dans lesquelles l'idée des parties individuelles est très distincte et aiïàiblit celle de l'unité du tout.

Notre doctrine contient donc une connaissance réelle.

Cette connaissance, d'ailleurs, est certaine. Partout nous nous sommes appuyés sur l'évidence. Il est éNÎdent qu'il y a entre une personne et un événement une distinction profonde et capitale. 11 est évident que les qualités ne peuvent exister en dehors de la substance. *

Page 1