PARIS
LIBRAIRIE CLASSIQUE DELAPLANE Paul MELLOTTÉE, Éditeur
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Ce$ brèves études sur les philosophes de tons les temps sont écrites pour le grand public. Elles s'adressent, aussi bien qu'à la jeunesse des écoles, aux gens du monde curieux de Vhisloire des idées. La pure érudition en est absolument bannie. L'interprétation des doctrines ne s'y trouve justifiée que par des renvois aux textes indiqués à la fin de chaque volume. Un m.émento bibliographique signale d'ailleurs les principaux travaux de la critique. On a voulu surtout mettre en valeur dans chaque système ce qui en demeure vivant, ce qui m doit durer, ce qui peut orienter toute pansée en travail.
On peut, sous le nom de positivisme, entendre deux choses assez dillérentes. Ce nom désigne d'abord la 'doctrine personnelle d'Aug'uste Comte; mais il évoque aussi l'idée d'une manière de penser très g'énérale, dont le comtisme n'est lui-même qu'urje forme ou une expression, et qui le déborde en tous sens. Pris en cette dernière acception, le nom de positivisme indique à la fois une disposition intérieure de l'esprit, une méthode de recherche scientifique et une certaine conception de la synthèse philosophique. Comme àisposilion d'esprit, le positivisme consiste en une aversion prononcée pour toute spéculation qui dépasse l'expérience, en un g-oût exclusif du réel, du solide et de l'utile, joint à cette conviction que les seuls objets de l'observation, et particulièrement de
l'observation sensible, méritent ces qualifications. Gel esprit conduit, dans Tordre des sciences, h ramener toute question à une question de fait, ù purifier de toute sig-nification métaphysique les concepts rég-ulalcurs du savoir, et à éliminer définitivement du domaine des re,cherches permises tous les problèmes qui ne comportent qu'une solution transcendante ou qui requièrent l'emploi d'une méthode à priori. Le positivisme n'exclut pas pour cela la philosophie, si l'on désig-ne de ce nom une vue d'ensemble de la nature et de l'homme ; mais il lui assigne pour matière exclusive le contenu de l'expérience et, pour seule fin, la détermination des lois les plus générales de l'apparence. — Ainsi entendu, le positivisme date de très loin; il se présente sous toutes sortes de formes et s'affirme en tous genres de travaux. C'est pourquoi aussi il est impossible d'en séparer l'histoire de l'histoire générale de l'esprit moderne. Il faudrait, pour en décrire les progrès, suivre en détail l'évolution de toutes les sciences les unes après les autres : ce serait une tâche infinie. Mais il est une doctrine où cet esprit >>'affirme avec plus de précision et où il s'exprime avec une pleine conscience de lui-même : c'est la philosophie de A. Comte. Le positivisme ne s'y définit pas seulement avec netteté, il s'yjustifie4 ts'y achève en pénétrant de son esprit, après la se lence et la philosophie, la pratique elle-même en ses formes les plus générales, — la morale et la politique. On ne peut donc comprendre le positivisme avec ses caractères, ses prétentions et la justification dont il est susceptible; on ne peut surtout le juger, qu'à
la condition de Tenvisag-er d'abord dans le système où il s'exprime avec toute sa force, c'est-à-dire dans la doctrine de A. Comte. Cette doctrine sera l'unique objet de cette étude.