LA VIE DE A. COMTE
La connaissance de la vie de A. Comte n'est pas indispensable, quoi qu'on en ait dit parfois, à l'intelligence de son œuvre. Aussi nous contenteronsnous d'en rappeler ici, pour n'y plus revenir, les dates essentielles. — Né à Montpellier, le 19 janvier 1798, admis à qui nze ans à l'École polytechniq ue, où il n'entra, à cause de son âg-e, qu'un an plus tard, il en sortit bientôt, l'école ayant été licenciée pour une révolte à laquelle il avait pris lui-même une part très active. Vivant à Paris de quelques leçons de mathématiques, il fit, v. rs 1817, la connaissance de Saint-Simon et s'épri aussitôt de ce génie dérég-lé et incohérent, touj ours en travail de quelque invention et découvre nt tous les ans quelque nouveau moyen de réorg-aaiser la société. A. Comte devint son élève, se paraat, à l'occasion, de ce titre et collaborant à ses publications, jusqu'au jour (1825) où, pour des raisons mal connues, de caractère et de doctrine, il se sépara de lui et s'institua réformateur à son tour. — En possession, dès c(i moment, de ses idées directrices, exposées en un certain nombre d'opuscules qu'il devait
réimprimer plus tard à la suite de son Système de politique, connu déjà et apprécié de quelques hommes distingués, il se résolut (avril 1826) à exposer son système de philosophie en un cours ouvert dans son appartement du faubourg- Montmartre. Ce cours fut interrompu après la troisième leçon. A. Comte avait été pris d'une crise de folie. Néanmoins, il put reprendre, en 1828, ses travaux et son cours, qu'il exposa par deux fois, d'abord en janvier 1829 dans son nouvel appartement de la rue Saint-Jacques, puis en décembre 1829 à l'Athénée. C'est ce cours qui, précisé et quelque peu développé en ce qui concerne la philosophie sociale, fut pubUé par Comte en six volumes, de 1830 à 1842. Dans l'intervalle de cette pubhcation. Comte, qui vivait de ses leçons, avait été nommé répétiteur (1832), puis examinateur (1837) à l'École polytechnique. Mais son caractère difficile, ses idées, bonnes ou mauvaises, sur l'enseignement des mathématiques, ses critiques sans modération de quelques mathématiciens ou astronomes illustres, son orgueil et ses prétentions de réformateur, lui aliénèrent les sympathies de son milieu et lui firent perdre coup sur coup (en 1844 et 1852) les deux fonctions qui le faisaient vivre. C'est alors (à dater de 1844) que A. Comte, de plus en plus pénétré de l'utilité sociale et de la grandeur morale de sa mission réformatrice, sur le point d'ailleurs de transformer sa philosophie en une religion dont il devait être le grand prêtre, s'avisa qu'il avait le droit d'être mis, par tous ceux qui donnaient leur adhésion à ses idées, en état de continuer son œuvre, sans en être détourné par les soucis de la
vie matérielle. On peut lire dansLittré la curieuse histoire du subside (environ 7000 francs) fourni au maître par ses disciples durant le reste de su vie . — C'est après l'achèvement du Cours de philosoph ie positive et au milieu de ses embarras d'argent que se place l'événement le plus important, eu égard à ses conséquences intellectuelles et morales, de la vie de A. Comte : sa passion pour Clotilde de Vaux (1845-1846). Peu g-âté sous le rapport de l'affection, séparé depuis 1842 d'une femme qu'il avait bien inconsidérément épousée en 1825, il s'abandonna de toute son âme à une passion que la prompte mort de Clotilde devait maintenir platonique et qui ne fit que s'exalter dans les méditations sohtaires de Comte et ])ar l'effet du culte quotidien, fait de prières et de méditations, qu'il rendit à la mémoire de son amie jusqu'à la fin de ses jours. C'est sous cette influence, dont la véritable mesure est très diversement appréciée, qu'il écrivit le second de ses grands ouvrages, le Système de politique positive (1851-1854). Il méditait de le fciire suivre de toute ime série d'écrits complémentaires, dont il n'avait fait paraUie que le premier, — Synthèse subjective ou Traite de logique positive, — quand la mort le surprit en 1857. Son testament donna lieu, entre M"^ Comte elles exécuteurs testamentaires, à un procès quasi-scandaleux dont la mémoire du philosophe et l'honneur de sa veuve eurent ég-alement à soulfrir. — Au demeurant, homme d'énergique labeur et de vaste science, esprit puissant sinon fécond, mais orgueilleux, entêté et de bonne heure maniaque, A. Comte a mis dans ses écrits tout ce qu'il y avait en lui d'intéressant et d'utile,
et c'est là, mais là senlomenl, qu'il est bon de se connaitre et qu'on peut l'admirer ou l'aimer.