‹ Le postillon de Lonjumeau opéracomique en trois actesChapitre 30 sur 46 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, ALCINDOR , une lettre à la main .

Madeleine. On vient!.. ( A part arec étonnement. ) C’est Iîiju!..

saint-piiar, ii part, en se retenant Misérable Alcintlor !

ALCINDOR, d’un ton goguenard. Panlon' paidon ! je vous dérange... vous clief en

LE rOSTILLOK DE LONJUMEAli. 15

affaires. Bas à Saint-Phar. ) Coquin , tu en étais à Fut.

saint-puar. Madame, rassurez-vous ..

c’eai mon intendant... un ancien ami de collège.

alcindor, avec fatuité. Oui... nous avons élé-i-au collège ensemble.

9AINT-PHAR , bas d Alcindor. Pourquoi venir me relancer , maraud ?

alcindor , bas. C’est une lettre pressée qu'on vient d’apporter de Fontainebleau , et que M' 1 * Rose , la jolie suivante , m'a remise pour toi.

SAINT-PHAR , à Madelaine. Madame , vous permettez que devant vous... tKegarduat lasuscriptionde la lettre) de Mailelaiue ! quel contre-trmps !

M \DELAINE , à pari. Rose a bien fait de la remettre à Biju. ( Haut à Saint- l 1 /iar. ) Mais qu'avez-vous? vous paraissez troublé?

Est-ce que cette lettre...

SAINT-PHAR. C'est un bulletin de répétition.

madelaine. Vous cherchez à me tromper ! je suis sûre que c’est un billet d’amour.

SAlNT-niAR. Une lettre d'amour?., dis donc , Alcindor , une lettre d'amour

ALCINDOR. Madame veut goguenarder !..

■adelaine. Eh bien ! Saint-Phar, pour me rassurer, lisez ce billet tout haut.

SAi.vr-ruAn. Mais , madame , il est inutile...

MADELAINE. Remettez-le-uioi. .. Vous refusez... je le prends.

( Elle lui arrache le billet Jet mains.}

SAINT-PHAR, bas à Alcindor. Je crois que je vais me trouver mal.

madelaine. En voilà bien long pour un bulletin de répétition ! ( Usant : ) « Lonm jumeau , 6 mai 170G. Depuis trois mois « je t’écrivonstousles jours que Dieu fait, > et tu donnes pas réponse à moi , qui te « garde mon coeur, depuis dix ans , et qui « te pleure comme une Madelaine que je « suis. C’est la dernière fois que je t’écri- ■ vons, car t’as pas pitié d'une femme « qui t'adore. Ta légitime ,

• Madelune Birotteau. •

Vous êtes marié ! ! !

SAINT-PHAR. Moi! marié ! quelle horreur!.. comment ! vous ne voyez pas, madame, que c’est une mystification; que quelqu'un, jaloux de mon bonheur, aura imaginé ce vieux tour de comédie pour désunir deux tendres coeurs faits pour s’aimer... Je ne connais pas plus celle Madclaine Barotteau... Miroltrau...

ALCINDOR , à part. En voilà de l’aplomb !

SAINT-PHAR, feignant de s'attendrir. Et vous ajoutez foi à une si basse calomnie !

Allez, madame , vous ne m'a imez pas !

( Il pleure jvous ne m'aimez pas ! ( il sanglatir ) vous ne m’aimez pas!

ALCINDOR , piewant aussi. Non , vous ne nous aimez pas !

S vtvr-lMIAR, bas a Alcindur . Finis donc. .. tu es trop laid quand tu pleures.

MADELAINE. Saint-Phar , je ne sais si vous dites la vérité , mais vos larmes me touchent !.. mes soupçons vous offensent, dites-vous!., mettez-vous à ma place , et jugez si je ne dois pas être effrayée...

SAINT-PHAR , aerc explusiun. (Quelles preuves voulez-vous de tua sincérité ?..

parlez.

MADt.DAiNE, à par/. Y consentira-t-il?..

( Haut. ) Sans cette circonstance , je vous eusse caché encore que mon seul boulieur serait de vous voir accepter ma fortune et ma main !

alcindor , bas U Saint- Phar, Tire-toi de là si tu peux.

SAINT-PHAR , tombant aux genoux de Madelaine. Ab ! madame , pardonnez à mon trouble... l'ivresse où vos paroles me jettent... tant de félicité... Oui, madame , aujourd'hui même... à l’instant , les liens les plus fortunés vont nous unir.

ALCINDOR , à part. Nous nous perdons !

MADELAINE. F.h bien ! je vais avertir ui chapelain qui demeure près d’ici , et dam la chapelle de ce château...

SAINT-PHAR. Oh ! lion , non , madame-, permettez que je vous présente moi-méme celui qui bénira notre heureuse union ; c’est un vénérable pasteur qui a pris soin de mon enfance... il est exempt de préjugés... un autre ferait peut-être des difficultés pour marier un comédien, et je ne voudrais pas , pour ma vie entière , retarder mon bonheur d'un seul jour !

MADELAINE. Vous avez maintenant le droit d’ordonner ici... allez , Saint-Phar, prévenir le saint homme... moi, pendant ce temps, je vais faire avertir quelques bons amis du voisinage ; ils nous serviront de témoins... au revoir, mon ami.

SAINT-PHAR , lai bntsant la main. Pour la vie !.. pour la vie.

MADELAINE, à part, sortant. Tu me le paieras !

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