SCÈNE II
LANCY, seul. -
Elle l’aime aveuglément, c’est clair, et voici ce qui va se passer : au premier mot do l’ingénieuse épreuve, le galant fait la grimace et la pauvre femme s’écrie en tremblant : « Rassurezvous, ils sont toujours noirs comme du jais. » — Alors, qu’estce que j’attends ici? Leur billet de faire part? < S'asseyant au coiu du feu.) Quel semblant d’espoir me cloue à cette place? Qu’on a de peine à se tenir pour battu! — C’est vrai que cette cheminée fume encore... mais du diable si je la fais réparer ! C’est bien bon pour ce favori des dames... car c’est ici qu’il établira probablement son fumoir... au-dessus du mien. J’entendrai tout le jour le bruit insolent de ses boites ; les planchers sont si minces dans ces satanées maisons neuves! (11 se lève.) Mais j’v pense... les deux appartements ont exactement la mémedistribution! Et elle a encore celui-ci pour six mois! Je vais avoir toute sa lune de miel sur la tête! Un supplice do Tantale... trés-perfeclionné! — Je n’ai qu’un parti à prendre, c’est de passer ces six mois-là hors de Paris. — Je n’ai pas de veine ; il n’y avait qu’une femme au monde qui me convînt, elle en aime un autre! C’est toujours comme ça! — Bah! je renonce au mariage. J’ai essayé de payer ma dette à la patrie; on a refusé mon offrande, je la garde.— Oh! les femmes! dire qu’elle me préfère un pareil... un pareil quoi, en somme? Il en vaut bien un autre. Ce n’est pas un brave à trois poils, voilà tout... et encore je n’en sais rien! L’explication de madame de Verlière change bien les choses. — Allons, Lancy, aie le courage de t’avouer la vérité : tu as dénigré Mauléon par pur dépit. Eh bien, c’est pitoyable, ce que tu as fait là. Ce n’est pas d’un homme d’esprit, tu t’en moques bien, mais ce n’est pas d’un galant homme, et tu ne t’en moques pas. Voilà une jolie cam-
n LE POST-SCRI PTUM.
pagne, mon bonaini! Tu en sors plus mécontent encore de toi que des autres... Va l’installer dans tes bois avec tes chiens et n’en bouge plus.