‹ Le postscriptum comedie en un acte, en proseChapitre 12 sur 21 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

I,A NC Y.

Triple butor! Vous avez bien raison de ne pas m’aimer, je ne vous mérite pas. Je vous ai offensée bêtement.

MADAME DE VE R LIE RE

Oui, mais vous ne m’avez pas déplu. Votre mouvement du moins n’était pas banal. Il prouve que mon honneur vous tient au cœur.

LA NC Y, descendant en scène.

Votre bonheur aussi, soyez-en sûre.

MADAME DE VERLIERE,

Je n’en doute pas.

LANCY

Alors, permettez-moi une simple question : Savez-vous qu’à peine installé dans son consulat, M. de Mauléon arecherchéla fille d’un riche négociant?

MADAME DE VERLlÈ*RE.

Je le sais. — Après?

LANCY

Puisque vous le savez, je n’ai plus rien à dire.

MADAME DE VERLIERE.

Je n’étais pas libre, alors. Fallait-il queM.de Mauléon sacrifiât toute sa vie à un amour sans espoir? Il n’a pas de fortune; le mariage fait partie de sa carrière, et je suis bien sûre qu’il n’aurait pas manqué celui dont vous parlez s’il n’v avait pas apporté la nonchalance d’un cœur endolori.

LANCY

A la bonne heure. Vous avez des indulgences que je ne m’explique guère.

MADAME RE VERLIERE.

Et vous, des sévérités que je m’explique trop bien.

LE POST-SCRIPTUM

.. LA NC Y.

Je suis suspect de partialité, je l’avoue. Ah! je donnerais gros pour être votre frère ou votre oncle pendant cinq minutes.

MADAME DE VERLIÈRE

Mais vous ne l’ôtes pas.

LANCY

Aussi je me tais. — Adieu, madame; soyez heureuse.

MADAME DE VERLIÈRE.

Et moi, je veux que vous parliez! Que signifient ces réticences a propos d’un homme que vous connaissez à peine?

LANCY

A peine, mais à fond. J’ai été témoin do son adversaire dans un duel qui s’est arrangé sur le terrain, et je vous prie de croire que ce n’est pas nous qui avons mis les pouces.

MADAME DE VERLIÈRE.

Témoin de M. de Saint-Jean?

LANCY

Vous connaissez aussi celte affaire-là?

Parfaitement. Tous les torts étaient du côté do M. de Mau-léon, mais il n’en voulait pas convenir et c’est moi seule qui ai obtenu de lui qu’il fit des excuses. Ce n’est pas la moindre marque d’amour qu’il m’ait donnée. J’en ai été si touchée, que c’est le moment où j’ai senti la nécessité de l’éloigner. Vous n’êtes pas heurëux dans vos attaques, mon pauvre Lancy; — mais vous avez raison , je le fais attendre. Adieu.

Elle sort.

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