‹ Le potager d'un curieuxChapitre 23 sur 111 · CC-3A · texte numérisé non relu

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coup d'aulres, exceptionnellemeot délicat et choisi, sur leurs tables, je ne me sentirais que trop heureux d avoir été utile en appelant sur lui leur attention. J'espère aussi réussir à envoyer dans mon pays des spécimens vivants de l'espèce asiatique, qui, d'après la température des localités où elle croît, serait incontestablement tout de suite naturalisée dans les lacs et dans les marais du nord et du centre de l'Europe et fournirait, sans demander aucun soin particulier et sans empiéter sur le terrain occupé par d'autres récoltes, une nourriture saine et agréable. V Hydropynim esculentum a été acclimaté en Angleterre et en Ecosse. »

Notre attention a été appelée sur cette plante par M. Eugène Simon, ancien consul de France en Chine, qui en avait envoyé du plant au ministère de l'Agriculture. Ce plant ayant été confié aux bons soins de M. Hardy, nous avons demandé des renseignements à Téminent directeur de l'Ecole nationale d'Horticulture de Versailles, qui nous a répondu :

« Le 20 novembre 1857, nous a-t-il dit, j'ai reçu une certaine quantité d'un Roseau comestible venant de Chang-Hai.

« Ce Roseau portait le nom mandarin de Kao-paé el celui de Co-ba en langue vulgaire.

« Le Co'ba^ paraît-il, ne produit pas de graines; aussi, n'ai-je reçu que des plants qui étaient en fort mauvais état. J'ai cependant pu en conserver un qui a végété assez misérablement pendant deux ans et qui a fini par périr, malgré les soins assidus dont il avait été l'objet.

« La plante n'a pu être déterminée scienlifiquement.

« Voici quelques renseignements que j'ai eus, à cette époque, sur le Co-ba. J'ai la pensée qu'ils vous intéresseront.

« Il y a deux sortes (1) de Co-ba : le Cchba de Fou- Tcheou, le Co-ba de Chang-Haï. Ce sont des plantes aquatiques végétant dans toutes les eaux courantes ou stagnantes du nord de la Chine.

« La première sorte donne deux récoltes par an. Ses racines ne tracent pas. 11 faut avoir soin, à chaque récolte, de séparer des grosses tiges leurs jeunes rejetons et de replanter ceux-ci dans la vase.

« La seconde ne donne qu'une récolte par an, à moins d'un automne long et chaud ; mais les racines tracent et s'étendepten tous sens; elle croît spontanément une fois plantée.

« On consomme la base de la tige sur une longueur de 0",25 à 0'",30, soit crue en salade, soit cuite en mets divers.

« Le CO'ba n'est bon à récolter que lorsqu'il est entièrement blanc. Son goût délicat participe du Chou palmiste et du Bambou. Il est aisé à conserver pendant plusieurs mois et est d'un transport facile.

« Quant à la culture, elle serait la suivante :

« Les chinois arrachent des plants de Co-ba qu'ils font sécher (?) au soleil pendant quelques jours; puis, du 15 novembre au 15 décembre, ils mettent les racines eu terre ou plulôt dans de la vase, en eau courante ou stagnante. C'est dans la période du 15 septembre an 15 octobre de l'année suivante qu'a lieu la récolte. Cette culture s'applique au Co-ba ordinaire, qui ne produit qu'une seule fois par an et dont la racine est traçante.

« Pour le Co'ba dont la racine ne trace pas, il est

(1) Il serait intéressant de savoir si Tune de ces deux sortes ne correspondrait pas justement à VHydropyrum esculentum (Zlzania aquatica), qui ne semble pas différer beaucoup de VHydropyrum latifolium.

soumis à une culture régulière. Il demande également un terrain inondé et donne deux récoltes par an. On le replante chaque fois et on le fume.

« La matière employée pour la fumure est, en général, le résidu du Pois oléagineux appelé, en chinois, TéoupinUy qu'on répand dans la proportion de 60 kilos par demi-hectare. »

M. Eugène Simon, ancien consul de France en Chine, nous a donné les renseignements suivants sur les essais d'introduction du C(hba en France :

« Des envois de Co-ba élaient faits par M. de Montigny et par moi. Je n'ai pas fait d'envoi en 1838.

« En 1861, j'ai fait un envoi au ministère de TAgrîculture. Les pieds de Co-ba étaient plantés dans de la terre humide et dans une serre à la Ward.

« Je ne connais pas la variété non traçante qui ne donne qu'une récolte.

« J'ai expédié l'espèce cultivée dont on obtient deux récolles par an. Mon envoi a été remis à M. Hardy, qui, en 1864, m'a montré des pieds encore vivants, mais en mauvais état. »

Depuis cette époque, aucune nouvelle tentative d'introduction n'a élé faite. Nous avons enfin réussi à nous procurer la planle, grâce à l'obligeance de la maison Vilmorin, et nous l'avons confiée \\ un amateur sérieux, M. Lalour-Marliac, de Temple-sur- Lot, pour qu'il en expérimente la culture dans le midi de la France.

Dans une lettre que nous avons reçue, notre correspondant nous dit que la plante a résisté aux 16'' de froid de l'hiver 1891-1892; qu'elle pousse vigoureusement, mais qu'il n'a pas encore pu en dégusler les liges ; par ses belles feuilles dressées, elle présenterait certainement quelque intérêt au point de vue ornemental.

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