CULTURE DÉCORATIVE
« Lewisia rediviva (Spalulum). Plante 1res remarquable et très belle, pour rocaille, ressemblant au Pourpier.
« Elle est très naine, n'ayant qu'un pouce environ de hauteur, et présente deux petites touffes de feuilles étroites, du centre desquelles s'élèvent les tiges à fleur.
« Les fleurs sont grandes relativement aux dimensions de la plante, mesurant de 1 pouce à 2 pouces 1/2 de diamètre, et variant du rose foncé au blanc. Les racines sont succulentes et ont la propriété de conserver, dans les conditions les plus défavorables, leur principe vital.
« Il lui arrive quelquefois de ne pas développer ses feuilles annuelles, et il s'ensuit que souvent on la croit morte et d'un traitement difficile, quoique ce ne soit pas le cas.
« Lorsqu'on la cultive en pot, elle doit êlre plantée dans des pierres cassées et ses racines doivent plonger dans un ioam (2) léger, sablonneux, avec de la tourbe.
« Après la floraison, la plante se recroqueville et présente comme un amas de bouts de ficelles desséchés et tordus ; mais telle est la nature de la plante et de là vient son nom (3). »
(1) Botanical Magazine, pi. 5395. Notre dessin est tiré de la figure coloriée, publiée dans cet ouvrage.
(2) Le ioam des Anglais est une terre franche d'excellente qualité. Le même nom s'applique aux « composts » ayant pour base la terre franche.
(3) HobinsoD, The EnglUh flower garden, Londres, 1883.
Notre obligeant et savant correspondant, M. HavarJ, chirurgien de Farmée des Etats-Unis nous écrivait le 14 juin 1888 : « Je vous ai envoyé par la poste un pelit
Fig. 42. — Lewisia rediviva.
paquet de racines de Lewisia rediviva (Portulacées), Tune des plantes indigènes ;les plus recherchées des Indiens de l'Orégon. J'ai reçu ces racines de Tun de mes correspondants et il est assez probable que,
LEWISIA 327
si VOUS le désirez, je pourrai vous en envoyer un autre paquet.
(( La plante était en pleine floraison au moment de Tarrachage, ce qui explique probablement la maigreur de ses racines. Elles doivent être beaucoup plus charnues au printemps, à la poussée des premières feuilles, époque à laquelle elles sont arrachées par les Indiens. C'est une plante très vivace, comme son nom l'indique, et, par conséquent, j'espère qu'en dépit des circonstances défavorables, les racines retiendront leur vitalité jusqu'à ce que vous puissiez les mettre en terre. »
Nous avons planté ces racines à la réception, et, dès l'automne, bien qu'absolument privées d'eau, elles laissaient voir des Teuilles naissantes. Elles nous ont donné des fleurs au mois de mai.
Autre lettre de M. Havard, en date du V^ septembre dernier : « Je vais répondre autant qu'il me sera possible à vos questions touchant le Lewisia rediviva. Les Indiens ne cultivent pas cette plante ; ils l'arrachent dans les terres incultes au printemps (avril), aussitôt que la première rosette de feuilles leur permet de la reconnaître, par conséquent avant sa floraison. Ils mangent cette racine séchée ou cuite au four, ce four consistant tout simplement en un trou en terre, revêtu de pierres. Le résultat, après enlèvement de l'écorce, est ce que vous voyez dans le petit paquet ci-inclus, reçu du Washington lerritory. Ces racines cuites vous donneront la réponse à votre question touchant leur grosseur maxima. De tous les échantillons reçus, je n'en ai pas vu de plus grosses. Lès Indiens les mangent telles quelles, ou en font une farine qu'ils consomment, soit comme pain, soit en soupe.
« Personne ne s'est jamais avisé de semer des graines de Lewisia. Quoique plante vivace, il est plus que pro-
bable que des racines de grosseur moyenne seraient produites la première année. Reste à savoir si Tamidon, qui constitue la partie principale de ces racines, serait accumulé en quantité suffisante pour les rendre excellentes.
« La plante a-t-elle des souches divisibles ? Je crois que les nombreuses branches de la souche mère pourraient être séparées sans que leur vitalité en souffre.
tt Les blancs de TOrégon et du Washington lerrilory n'en sont pas friands ; ce n'est pas un article ordinaire de leur cuisine.
a En résumé, ces racines sont nourrissantes, mais leur saveur farineuse n'a rien qui les recommande d'une manière spéciale, et elles semblent beaucoup trop petites pour qu'on les cultive avec profit, à moins que la culture ne puisse les modifier, ce qui est tout à fait possible.
« Si le Lewisiaesl un désappointement comme plnnle potagère, il mérite d'être cultivé comme plante d'oriiement. Je compte en recevoir un paquet avant loiiglemps, de manière que je pourrai vous en envoyer encore quelques racines et probablement aussi des graines. »
Nous avons reçu ce paquet; il contenait des graines qui ont été semées immédiatement.
Désirant nous assurer des propriétés alimentaires du Lewma^ nous avons employé à cette fin les racines cuites que nous avons reçues, et nous les avons remises à M. Arnaud, chimiste au Muséum (1), qui s*est offert très obligeamment à les examiner.
Nous ne mettions pas assez de racines à sa disposition pour qu'il pût en faire une analyse quantitative, mais assez cependant pour qu'il ait pu nous donner celle
(1) Successeur de Chevreul comme professeur à la chaire de chimie norganique.
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réponse : « La racine de Lewisia redimva ne conlienl pas de malière azotée el , par conséquent, pas de maliëres aibuminoldes, ni d'alcaloïdes dont la présence puisse expliquer la valeur nulrilive qu'on lui attribue. On ne peut donc la considérer que comme une malière amylacée, analogue à beaucoup d'autres racines ou tubercules.
Comme nous venons de le dire, M. Arnaud ne disposait pas d'une assez grande quantité de racines pour en faire une analyse complète; mais nous en avons reçu depuis, de M. Havard, l'analyse suivante, publiée par M. H. Trimble, professeur au Collège de Pharmacie de Philadelphie :
Matière grasse, résine et cire 4.98
Gomme de mucilage 14.80
Mbuminoïdes 3.58
Amidon 8.57
Eau 12.17
Gendres 2.53
Fibre ligneuse et matières indéterminées. . 53.37
et le chimiste américain accompagne son analyse de l'observation suivaule, approuvée par M. Arnaud : « La quantité d'amidon trouvée peut sembler faible lorsque l'on considère Tusage qui est fait de la racine du Lewisia, mais la grande quantité de gomme et de mucilage supplée à ce qui manque. »
Nous pouvons donc croire sans nous charger de résoudre la question, que les Indiens se sentent réellemeut nourris par le « spatulum » et que la puissance alimentaire qu'ils lui attribuent n'est pas imaginaire.
iNous terminerons en recommandant la culture du Lewisia^(\\i^ rend facile son extraordinaire vitalité, soit
dans le but d'obtenir de plus grosses racines que n'en présente la plante sauvage, soit pour ajouter une très jolie fleur aux richesses actuelles de nos jardins.
La Flore des serres et des jardins de r Europe a publié (vol. VI, 1850-1851, p. 145) une très intéressante note du savant botaniste Fischer, ainsi conçue :
« Sur les Liliacées alimentaires de la Sibérie. Le désastre qui a frappé, dans ces dernières années, la récolte de la Pomme de terre a dirigé Tatleution des botanistes et des agriculteurs sur les plantes qu'on supposait pouvoir remplacer, en quelque façon, ce végétal précieux. Malheureusement, aucune des espèces proposées aux cultivateurs ne réunit toutes les qualités précieuses de la Pomme de terre : facilité de culture, multiplication prompte et féconde, abondance de matière nutritive, saveur agréable, digestion facile. L'Igname, la Batate douce, le Manioc, exigent des températures tropicales, et leur culture, qui seule pourrait être mise au niveau de celle de la Solanée, est rigoureusement exclue des latitudes septentrionales.
« Les Capucines à tubercules ont un goût trop prononcé ; le Topinambour^ dont le mérite, sous d'autres rapports, est incontestable, et les Oxalis sont trop aqueux; VApios exige un vaste terrain pour sa culture et devient bientôt dur et immangeable; lePsoralea esculenta ne répond guère aux espérances qu'on avait conçues à son sujet ; le Camassia esculenta a peut-être plus de droits à la protection de l'agriculture que les deux
derniers de ces végétaux, si toutefois sa multiplication est prompte et facile.
C'est la seule de toutes les plantes cilées qui pourra être mise en ligne de comparaison avec les Liliacées de la Sibérie, qui, de tout temps, ont servi d'aliment aux habitants et qui méritent d'être mieux connues sous ce rapport.
x< V Erythronium Dens-canis^ dont la belle variété à grande fleur est généralement répandue dans le midi de la Sibérie occidentale, y est recherché et récolté comme une nourriture excellente, dont on envoyait même autrefois annuellement une certaine provision à la cour de Saint-Pétersbourg. La multiplication par graines est très sûre, la plante en produit beaucoup; semées dès leur maturité, ces graines lèvent toutes, mais il faut trois ans pour que le bulbe ait atteint sa grosseur normale. Le nom du pays est Kandyk.
« Les Lis portent, en Sibérie, le nom de Sarana^ et c'est surtout le Lilium tenuifolium L. et le Sarana kamtschatica Fisch. {Lilium kamtschaticum^ Fritillaria kamtschatica des auteurs) qui sont les espèces mangeables par excellence. Le L, spectabile Fisch. est également employé comme nourriture. Ces trois plantes se •multiplient avec une facilité extraordinaire : le£. tenuifolium L. se reproduit presque exclusivement par graines, mais aussi comme les deux autres, par caïeux, et il parait que chacune des écailles du bulbe, allongées et pointues dans le L. spectabile^ grosses, courtes et arrondies en forme de tubercule dans le Sarana du Kamtschatkay forme une nouvelle plante ; ce mode de multiplication est même essentiel pour le Sarana di( Kamtsckatka^ aHendu qu'il porte rarement graine, un grand nombre de fleurs devenant stériles par avortement du pistîL II y a au Kamtschatka encore un Lis très
rapproché du L. canadense, que je nomme L. avenacetiniy d'après le nom qu'il porte dans le pays elà cause de la forme des écailles du bulbe, ressemblant à de grosses graines d'Avoine ; celle espèce n'est pas encore introduite dans nos jardins ; dans son pays natal, on la mange comme le Sarana ordinaire, qui lui est cependant préféré.
« Nulle part, en Sibérie, ces plantes utiles ne sont cultivées ; partout, c'est le bulbe de la plante sauvage qui est récolté, et récolté en abondance.
Les Lilium tenuifolium et spectabile se rencontrent dans la partie orientale du gouvernement de Tomsk et sont répandus autour du Baïkal et dans toute la Sibérie transbaïcalienne(Daourie), jusqu'à l'océan oriental. Le Sarana du Kamtschalka se trouve dans le littoral de rOcéan oriental, au Kamtschalka même et aux îles de la côte occidentale de l'Amérique.
« Il n'est pas impossible que, lorsque la culture, et surtout une culture soignée, une culture ad hoc s'en mêlera, on n'obtienne des résultais satisfaisants d'amélioration.
(( Les steppes méridionales de la Russie sont couvertes au printemps d'une brillante floraison Ae Tulipes ; parmi ces Tulipes^ il y a une espèce assez connue sur le Don qui ne diflère pas essentiellement du T. suaveolens (1) et qui est uvidement recherchée et mangée par
(i) Ailchison, Noies on Products of Western Afghanistan and Nor^ theastem Persia^ dit que le Tulipa montana couvre les plaines arides de rAfgbanistan. Les bulbes sont recueillis et mangés; débarrassés de leurs tuniques extérieures, ils sont, paraît-il, vendus à Bombay sous le nom de Salep.
Le même voyageur cite les Eremunu aurantiacus et OlgXf autres Liliacées, dont les jeunes feuilles sont cuites et mangées comme légume dans les districts de Kuran Valley (Afghanistan). Le D' Aitchison et ses compagnons de voyage disent que c'est un légume
les habitants, qui savent parfaitement la distinguer des autres, auxquelles ils ne touchenl point. »
Nous extrayons, en outre, les renseignements suivants
Fig. 43. — Lis doré {Lilium auratum).
de l'ouvrage du D' Mène : Des productions végétales du Japon, pages 295 et suivantes :
« Lilium awatum Lindl., classé dans le Somoku-
savoureux, réellement bon et qui mériterait de prendre place dans les jardins d'Europe.
Une autre Liliacée, le Smilacina oleracea Hook. f. et Th. (Tovaria oleracea Baker, est signalée dans le Botanical MagazinCy pi. 6313, comme étant le légume favori des Lapcbas duSikkim Himalaya, sous le nom de Chakli'bi.Ce sont lesjeunes inflorescences encore entourées des feuilles les plus tendres qui sont recherchées pour cet usage. Décrit par Glarke dans la relation de son voyage de Darjeling à Tonglo.
Dusets (1) SOUS le nom de Horaiji-Yuri et dans le PhonzO'Zoufou (2) sous ceux de Yochino et de Tametomo. Ce magnique Lis croit à l'état sauvage dans les buissons, dans les fentes des rochers, dans les bois, sur les montagnes, jusqu'à une altitude assez grande ; il résiste à 8 et à 10 degrés au-dessus de zéro ; il fleurit de juin à juillet. Il est commun dans presque toute rétendue de l'île de Nippon, surtout près des villes de Yokohama et de Yokoska. Ses bulbes alimentaires sont
Fig. 44. — Lilium speciosum,
usités dans la cuisine japonaise. 11 est très cultivé par les horticulteurs japonais pour ses belles fleurs, qui font l'ornement des jardins et qui sont souvent placées dans les vases, dans l'intérieur des appartements ; on le trouve reproduit sur les dessins, les peintures et sur les porcelaines du Japon.
« Lilium speciosum Thunberg. Indiqué dans le
(0 So'MokoU'Zoussetz (Traité de botanique avec planches), par Yenan-Si et Razan ono Kiakou Ibou, 1856.
(2) PhonzO'Zoufou (Traité de botanique avec planches), par Iwasaki Tsounemassa; Yédo, 1828.
Lis COMESTIBLES 335
Somoku-Dusets sous les noms de Shiratama-Yuri, de Okina-Yuri et de Kanoko-Yuri. Le Phonzo-Zoufouh marque sous les noms de Liu-Kin-Yuri et Kanoko- Yuri. Il n'esl peut-êire pas indigène, mais est fréquemment cultivé dans les jardins pour ses bulbes alimentaires ; il est continuellement reproduit sur les peintures, les porcelaines, les laques, les émaux cloisonnés et les broderies du Japon.
« Lilium Thunbergianum Rœmer et Schultes, est désigné dans le Somoku-Dusets sous les noms de Natsu- Sukashi'Ymn^ de Haru-Suhashi-Yuri et de Hiratori- Yuri, et dans le Phonzo-Zoufou sous les noms de Skachi et de Hogaku. On le rencontre dans les champs, principalement dans Tîle Parry, Il existe aussi dans nie de Nippon et est commun aux environs de la ville de Yokohama, où ses bulbes comestibles sont employés dans la nourriture japonaise.
« Lilium tigrinum Gawler, classé dans le Somoku- Dusets et dans le Phonzo-Zoufou sous les noms de Oni-Yuri. Très commun dans les îles de Nippon et de Yeso. Les bulbes comestibles du Lis tigré sont mangés par les Japonais, cuils, bouillis et confits.
« Lilium callosum Sieb. et Zucc. Hime-Yuri ou L. pomponium Thunb. D'après Kaempfer et Siebold, cette espèce est fréquente, à Tétat sauvage, dans les régions montagneuses peu boisées du Japon, à une altitude de 165 à 650 mètres. M. Maxime wicz dit qu'il est communément cultivé dans Tlle de Kiusiu, aux environs de la ville de Nagasaki. Les Japonais utilisent dans leur nourriture les bulbes comestibles du L. callosum et les mangent cuits, bouillis et confits. Ils retirent de ces bulbes une fécule blanche qui était représentée à FExposition universelle de 1878, classe 69 (Céréales, produits farineux du département d'Iwaté,
province de Rikuchiu). Cette espèce est aussi nommée Yama-Yuri par les Japonais. »
Le D' Mène cile encore parmi les Liliacées alimentaires du Japon :
« Erythronium grandiflorum (qui n'est qu'une variété de VE. Dens-canis^ comme le fait remarquer Fischer dans la noie ci-dessus). Cette plante figure dans le SomokU'JJusets et dans le Phonzo-Zoufou sous les noms de Katakuri et de Katako-Yuri. On la rencontre sur les collines boisées des provinces septentrionales deTlle de Nippon, d'après le D' Kramer et le D' Savatier. Le botaniste japonais Keiske Ta marquée comme existant dans l'île de Yeso. Les bulbes contiennent une fécule qui est employée dans Talimentalion japonaise. On lemarquait des flacons de cette fécule à l'Exposition universelle.
a Orythia edulis Miquel, cité dans le SomoA'u-Dusets, le Phonzo-Zou/ou et le Kwa-wi (1), sous les noms de Amana et Mugi-guwai.
« Hemerocallis minorMill.; synonyme H. graminea Andr., selon Baker, indiqué dans le Somaku-Dusets sous le nom de Beni-Kuwandzo, Les fleurs de cette espèce, séchées, sont usitées quelquefois dans l'alimentation japonaise ; mais c'est principalement en Chine qu'elles sont employées dans la nourriture et elles constituent un plat favori des Chinois. On a remarqué des échaotillons dans l'exposition chinoise, n^ 3098, provenant des douanes chinoises de Chinkiang. La province du Shantung exporte une quantité considérable de fleurs séchées de \ Hemerocallis graminea. »
Dans la Note explicative des objets exposés par F École agricole et forestière de Komaba à F Exposition univer-
(1) Kwa-vH (choix de plantes), 1759.
us COMESTIBLES : 337
sellede f 889 (Ministère derAgricullure et du Commerce, Tokio, Japoo), on Irouve ce qui suit :
tt Le Lis : Ouri (Liiium). 11 est ordinairement cultivé comme plante d'ornement, mais on emploie aussi ses bulbes en cuisine. Ceux-ci ont le goût excellent ; aussi y a-t-il des cultivateurs quilescultiyentspécialemenl. Le Lis a plus de vingt variétés, mais il n'y en a que deux on trois dont on utilise les bulbes. Le Lis est planté autour de la ferme et on récolte les bulbes au bout de deux ou trois ans. Il y a des bulbes qui ont une circonférence do presque 33 centimètres. Les fleurs de Lis sont vendues aux marchands de fleurs. Quant aux bulbes qu'on aime à goûter, les cultivateurs se les réservent, soit pour les manger, soit pour les vendre. y>
En 1878, le D*^ H*** nous faisait un envoi dans lequel se trouvaient des bulbes de Yama-Yuri {Liiium callosum) et de Wasei-Yuri^ accompagnés de la note suivante :
« Le Yflma-yun est l'espèce de Lis la plus cultivée comme légume au Japon, du moins dans le centre et le sud. Je crois que, dans le nord, c'est le L.awra/w/n qu'on cultive comme plante alimentaire ; mais je n'en suis pas sûr, n'y ayant pas voyagé.
« Le nom japonais du Wasei-Yuri veut dire Lis précoce; on le cultive moins que l'autre; au Japon, on plante celui-ci en automne et le Yama-Yuri au printemps. »
Notre obligeant correspondant nous a donné, h diverses reprises, d'intéressants. renseignements sur les Lis comestibles du Japon. Nous les reproduisons cidessous :
« La plupart des Lis japonais sont comestibles, mais
noD pas tous. Dans la partie du Japon que j'habitais, on ne cultive pour la table que le Yama-Yuri et le Wasei- Yuri. Tous deux sont très bons ; j'en mangeais tout rhiver, une Tois ou deux par semaine, et c'est réellement un très bon légume.
a Les pauvres gens récoltent à Tétat sauvage les bulbes du L. japonicum Thunb. (en japonais Sasson Yuri^ c'est-à-dire à feuille de petit Bambou), très commun dans les montagnes ; c*est un manger médiocre.
« Ils mangent aussi quelquefois le L. tigrinum {Oni- Yuri, c'est-à-dire : Lis du Diable), mais c'est un manger détestable, extrêmement amer. 11 est cependant assez abondant sur les marchés do Japon, du moins à Yedo et à Yokohama. Pendant que j'étais au Japon, j'ai cultivé dans mon jardin le L. tigrinum et, malgré les protestations de mon cuisinier japonais, qui me disait que ce n'était pas bon pour un homme riche comme moi, j'ai voulu le goûter. C'est bien mauvais et franchement amer, malgré qu'il avait été préalablement blanchi deux fois à l'eau bouillante. Je ne suis pas suspect de trop de sévérité à l'égard de ce plat, car je déclare le L. callosum un excellent légume Tarineux, égal à nos meilleurs.
« Dans l'extrême sud, les lies Liou Kiou^ on mange dit-on, les bulbes du L. longiflorunij qui y est sauvage; maisje n'en parle que par ou!-dire.
« La préparation des bulbes de Lis pour la table est des plus simples. On les sépare écaille par écaille, puis on les lave soigneusement et on les blanchit légèrement àTeau bouillante salée. Puis on les accommode, soit en les faisant sauter au beurre frais, soit dans une sauce rousse avec du jus de viande, soit en sauce blanche. Voilà de la cuisine européojaponaise.
« La vraie recette japonaise est celle-ci : après les avoir blanchis comme ci-dessus, on les fait cuire quelques minutes dans une sauce composée uniquement d'eau, deShoyouel dun peu de poisson sec, râpé. Ils sont assez bons accommodés ainsi ; mais au premier abord, un palais européen trouve élrange des sauces sans corps gras. »
Nous trouvons, dans le Bulletin of micellaneous information du Jardin royal de Kew, 1889, page 116, les détails complémentaires suivants sur les fleurs et bulbes de Lis employés comme nourriture :
t II est bien connu que, dans les pays où les Lis sont indigènes et abondants, ils sont quelquefois utilisés comme plantes alimentaires. Pendant quelques années, les fleurs séchées de certains Lis ont été un article important de commerce en Chine, et, dans le rapport consulaire sur le commerce de Ghinkiang pour l'année 1886, page 10, il est dit: « L'exportation des fleurs de Lis a augmenté de 7,033,000 livres à 7,677,622 livres; c'est l'exportation la plus considérable de bien des années. La récolte a été très bonne, et les prix, durant la plus grande partie de Tannée, furent rémunérateurs. Il n'y en a pas plus des deux dixièmes consommés ici ; le reste va dans le sud, où on l'emploie pour donner du goût à la soupe. La culture de cette plante augmente annuellement dans le nord de cette province. >
Dans une lettre adressée à Kew par M. Pelham L. Warren, consul à Taiwan, datée du 16 août 1883, on donne les indications suivantes, relativement à la provenance des fleurs de Lis dont on se sert en Chine :
<;: Les fleurs de Lis mentionnées dans le rapport consulaire de M. Watter, sur lesquelles vous demandez des renseignements, sont les fleurs séchées de VHemerocallis fframineael duLilium bulbiferum. Elles sont employées par les Chinois pour parfumer la soupe; ils les mangent aussi comme légume. Les fleurs de Lis sont aussi considérées comme efficaces dans les affections pulmonaires, comme ayant des propriétés toniques. Ci-joint un petit échantillon de celles qu'on importe ici. Hankow est la principale ville de Chine pour l'exportation ; de grandes quantités viennent aussi du Japon. >
L'échantillon envoyé par M.Warren était évidemment une fleur à'Hemerocallis^ et M. Baker dit que cela pouvait bien être, en effet, VU. graminea Andr. {U. minor Mill.), le Lis asphodèle. 11 n'y avait point d'échantillon des fleurs du Lilium bulbiferum.
Les Japonais font beaucoup usage des Lis comme aliment, d'après le professeur Penhallow, qui donne de leur emploi, dans Y American Naturaliste volume XVI, page 1 19, l'intéressant récit qui suit : € Diverses espèces de Lilium abondent dans les forêts et sont utilisées comme une source d'aliment farineux. Au commencement de l'automne, on peut voiries femmes retournant à leurs villages, chargées de bulbes. Ils sont complètement écrasés dans un grand mortier de bois ; après quoi, l'amidon est séparé de la masse cellulaire pur des lavages répétés. Alors, Tamidon est suspendu dans des sacs, pour être employé l'hiver, tandis que la masse cellulaire est séchée en gâteaux ronds, perforés, ressemblant un peu à des meules de moulin en miniature, et suspendus pour sécher. »
Des efforts furent faits par le Musée de Botanique appliquée de Kew pour obtenir des gâteaux de Lis du Japon. Voici la copie d'une lettre adressée à cet éta-
LIS GOMBSUBLBS 341
blissement par M. Power Le Poer Trench, au ministère des Affaires étrangères, à Tokio :
c J'ai fait les plus grands efforts afin d'obtenir, pour le directeur du Jardin royal de Kew, des échantillons de gâteaux de bulbes de Lis, qu'on dit être employés comme nourriture par les Japonais; mais, en dépit de toutes les recherches que j'ai faites, je n'ai pas pu en trouver à Tokio ou à Yokohama.
« Cependant, M. Wooley, qui passait par Yokohama en décembre dernier, en retournant à son poste, se chargea de s'informer si on pourrait s'en procurer dans quelque village ou ville dans la partie nord du Japon , et, l'avant-demier mois, il écrivit qu'il ne pouvait s'en procurer dans Hokodate, et que les Japonais disaient n'en avoir jamais vu.
« Il était porté à croire que le professeur Penhallow les avait confondus avec les gâteaux Fu^ qui sont faits de froment et suspendus dans des boutiques pour être vendus, et que ceux auxquels il fait allusion ne se trouvent que dans la contrée de Aino. Il avait cependant écrit à M. Brooks, botaniste attaché à VAgrïculturai Collège, à Sapporo, et lui avait demandé d'essayer d'obtenir les échantillons demandés.
« Plus tard, je reçus une autre lettre de M. Wooley, disant qu'il avait enfin réussi à obtenir les gâteaux demandés, et il m'envoya un petit paquet contenant un spécimen de la plus petite sorte, les plus grandes étant, dit-il, d'une dimension embarrassante pour le transport et courant davantage le risque d'être cassés. »
Voici la description des échantillons explicatifs de l'emploi économique de bulbes du Lilium cordifolium : Ubor-Yuri (nom japonais), Kiu (nom Aïno), expédiés au musée du Jardin royal de Kew :
« l"" Fibre dont l'amidon a été en partie extrait.
« Après que les bulbes ont été bien lavés et trempés dans Teau deux jours et deux nuits, ils sont piles dans un mortier de bois, puis transférés dans une cuve remplie d'eau. La masse est entièrement pétrie avec les mains, et on la laisse reposer une nuit pour permettre à l'amidon de déposer, après quoi la masse cellulaire est enlevée et sécbée.
« 2'' Les gAleaux sont faits des fibres ci-dessus, en les pilant dans un mortier avec un peu d'eau, puis en pétrissant la masse et en lui donnant sa forme avec les mains. Les gâteaux sont accrochés pour sécher dans les buttes des Ainos. La coloration est causée par la fumée. Les gâteaux ne sont pas mangés par les Japonais. Les Aïnos les font bouillir elles mangent, soit au naturel^ soit mêlés à du Riz. (Les gâteaux sont de tailles variées, les plus grands ayant plus d'un pied de diamètre.
« 3*" Amidon fait par les Japonais des bulbes d'Uba- Yuri. Celui fait par les Aïnos est semblable, mais plus grossier.
« 4" Confiserie d'Uba-Yuri faite par les Japonais. »>
Des diverses espèces de Lis comestibles passées en revue dans le cours de cette étude, le Lilium tigrinum est le seul qui pousse vigoureusement dans nos jardins, et l'on peut même ajouter qu'il résiste parfaitement à nos hivers les plus rigoureux. Mais, comme on a pu le voir dans les renseignements fournis par notre correspondant, le D' H***, ses bulbes ne constituent qu'un manger des plus médiocres. Quand bien même il en serait autrement, sa culture, comme plante alimentaire, ne pourrait être conseillée qu'à titre de curiosité.
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faut un temps beaucoup trop long pour obtenir des bulbes de Lis en état de développement suffisant pour être utilisés. La même observation s*applique à VErythronium grandiflorùm^ au Sarana kamtschatica et à un grand nombre d'autres plantes bulbeuses qui offrent des ressources parfois importantes dans les régions où elles croissent naturellement et où on peut les récolter abondamment autour de soi.
Il nous a semblé intéressant de montrer que, néanmoins, certains Lis, dont nous ne connaissons généralement que la haute valeur pour la décoration de nos parterres, pourraient, à la rigueur, nous fournir un légume qui ne serait pas à dédaigner.
lAGA (Nom indigène en langue quichoa»)
Lbpidium Mbtbnii Walpbrs.
Fam. des Crucifères.
En septembre 1893, MM. Vilmorin- Andrieux et C*® ont bien voulu nous associer à l'essai qu'ils allaient faire d'une nouvelle plante alimentaire : a Un de nos clients est venu nous offrir, nous écrivaient-ils, des graines d'une plante cultivée et indigène dans le haut Pérou, appelée la Maca dans le vieux dialecte péruvien (langue quichua), et qui servirait à l'alimentation de l'homme. Elle produirait une racine tuberculeuse comestible, qui tiendrait du Navet par sa forme et de la Patate comme goût.
« Rien qu'à voir la graine et à la déguster, nous
croyons qu'il s'agit d'une Crucifère et que cette graine esl tout fait conformée comme celle du Cresson alénois; mais qu^est-elle réellement ? c'est ce qu'un essai nous dira.
« Nous pensons qu'il vous intéressera de votre côté d'en faire autant, et dans ce but nous vous adressons ri-joint un échantillon de ces graines. Vous voudrez hien nous tenir au courant du résultat que vous obtiendrez. »
Peu après, MM. Vilmorin-Andrieux et C^* recevaient, de la même personne, une lettre qui leur apportait de précieux renseignements :
« Nous vous avons remis, il y a quelques jours, un paquet de semences de Maca du Pérou.
« Nous venons de recevoir quelques indications sur cette plante et sur le mode de culture.
« Maca : nom quichua.
« Cette plante appartient à la famille des Crucifères. Elle a beaucoup de points de ressemblance avec le Cresson alénois, cultivé dans nos jardins. Sa feuille est découpée et dégage une odeur forte.
« La tige ne monte pas au moment de la floraison, mais elle se ramifie et s'étale à la surface du sol.
« La racine pivotante esl charnue et sucrée. Elle sert d'aliment aux Indiens des hauts plateaux de la Cordillère des Andes.
« Les graines ont été récollées dans le Pampa de Junin, dont l'altitude varie entre 4.000 et 4.100 mètres au-dessus du niveau de la mer, où il gèle comme en France.
(( Les Indiens cultivent la Maca dans un sol noirâtre, tourbeux et qui, par conséquent, ne doit pas renfer-
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mer de calcaire. On remplacera, en France, ce terrain par un mélange de terreau et de (erre de bruyère. La plante est cultivée sur des lignes en dos d'âne. On croit que ce procédé est nécessaire là-bas, parce que le sol est tourbeux et en même temps très marécageux. Si on élève les racines au-dessus du sol, c'est probablement pour les mettre à l'abri de Thumidité.
« On en a semé en Dauphiné, en août 1885, et la récolte aurait été satisfaisante, si cette culture n'avait été négligée à Tftitrée de l'hiver.
« Les Indiens disent qu'il faut laisser les racines deux années en terre. »
L'essai qu'il s'agissait de faire n'était pas des plus simples.
La lettre ne dit pas à quel moment les Indiens sèment la Maca; les saisons dans les Andes sont renversées relativement aux nôtres ; notre altitude au-dessus du niveau de la mer est insignifiante ; le sol des environs de Paris, n'est ni tourbeux, ni humide.
Nous avons semé d'abord sous verre, à froid, au mois d'octobre 1893.
Les graines ont germé promplement et ont produit de petites plantes grêles, dont la plupart ont résisté aux gelées, quoique faiblement protégées.
Au printemps, ces plantes se sont peu développées, se sont étalées sur le sol, ont de bonne heure fleuri et donné des graines fertiles, mais leurs racines étaient d'une ténuité telle qu'elles n'étaient pas utflisables.
En 1894, nous avons semé des graines de notre récolte et le résultat a été le même, quelques plantes avaient une souche un peu plus épaisse, de la grosseur d'une noix, mais trop dure pour être consommée.
346 LB POTAGSa D*UN CURIEUX
En 18P5 de nouveaux semis ont été faits à l*air Ubre.
Les plantes ont parfaitement résisté aux rigueurs de Thlver ; bien qu'ayant été dévorées en partie par les Attises, elles ont fleuri au printemps et ont disparu après avoir mûri leurs graines, sans nous donner le résultat que nous en attendions, et que nous faisait espérer la lettre reproduite ci-dessus. Nous attribuons notre insuccès aux invasions d'Altises qui rendent presque impossible la culture des Crucifères dans le jardin de Crosnes. La Maca nous semble parfaitement adaptée à notre climat.
lAGBB A DEUX GOBIBS
Ling-Kio.
Trapa bigornis L. ûl.
Fam. des OnagraricLcées.
Plante aquatique annuelle. Tige grêle ; feuilles, les unes submergées, réduites à Tétat de lanières linéaires, les autres en rosettes flottant à la surface de Teau, à pétiole assez long, d'abord cylindrique, puis yésiculeux vers leur milieu, au moment de la floraison, à limbe en forme de losange, entier ou à peine denté. Fleurs blanches, petites, brièvement pédonculées, placées à Taisselle des feuilles supérieures; calice à deux divisions accrescentes, devenant plus tard les cornes du fruit ; corolle à quatre pétales ; étamines au nombre de quatre ; style grêle, terminé par un stigmate capité.
MACRE A DEUX CORNES 347
Fruit ligneux, à deux cornes opposées, épaisses, obtuses, recourbées au somoieL
« Le grand lac Talo est célèbre par son fruit aquatique nommé Linkio. Ce fruit ressemble un peu an Trihtdus « ad instar triangularis pyramidh undequaque prominens », Son écorce est verte, épaisse, rougeâtre aux pointes et devient noire en se desséchant. Sa subs-
Pig. 45. — Trapa bieornU,
tance intérieure est très blanche ; sa saveur est celle de la Châtaigne .« magnitudine très çuatuorve castaneas œquat ». La plante est cultivée dans les eaux stagnantes de toute la Chine. » (Martini, Novus atlas sinensisy 1655).
« Elle a de petites feuilles qui flottent à la surface de Teau, à Textrémité de très longues tiges. Les fruits, nombreux, restent cachés sous Teau. Cultivé sur une grande échelle dans les lacs et dans les rivières de la Chine septentrionale. » (Roxburgh, Flora indica).
Robert Fortune rapporte qu'il a vu récoller les fruits de Ling-Kio : « Étant revenu pour quelque temps à Shanghaï, je résolus de pénétrer, s'il m'était possible,
dans le district de Kwey-chotv-Foo. En remoDlant la rivière dans la direction du snd-ouest, j'arrivai, peu après avoir dépassé Kea-Hing-Fo, cité d'environ 270.000 habitants, à un immense étang qui, je le suppose, communique avec le célèbre Taï-Ko. L'eau était Irès peu profonde et couverte de Trapa bicomis^ que les Chinois nomment Ling, et dont le fruit, de forme assez bizarre, comme on le sait, ressemblant assez à une tète de bœuf armée de ses deux cornes, est très estimé en Chine. J'en observai là trois variétés bien distinctes, dont une qui donne un fruit d'une belle couleur rouge.
<t Des femmes et des enfants, en grand nombre, naviguaient dans de petits batelets de forme circulaire, à peu près comme noscuviers à lessive, et étaient occupés à pêcher le Ling. Au fait, on ne pourrait rien imaginer de plus convenable pour ce genre de travail que ces singulières embarcations qui, assez vastes pour contenir le pêcheur et tout le produit de sa pêche, se dirigent tout doucement au milieu de toutes les plantes saus les briser. La vue de celte immense quantité d'individus naviguant ainsi sur ce marais, chacun dans son cuvier, formait pour moi un coup d'œil des plus divertissants. i>
a Le Trapa bkornis, dit un autre voyageur, M- Marchai, de Lunéville (1), est très estimé en Chine. Il forme la nourriture des populations où la récolte du Riz est insuffisante. Leur cueillette rappelle les vendanges en France. On sème le Ling à la fin de l'automne, dans les parties des étangs oii l'eau est peu profonde, où elle est claire et dans les endroits les plus exposés au midi.
(1) Voir Touvrage inlilulé : De Vamidon du Marron d^Inde^ Ad. Thibierge et D' Remilly, i857.
MAGRB A DEUX CORNES 349
Les Chinois assurent que cette culture absorbe les émanations putrides qui s'élèTent à la surface des eaux stagnantes. Si la récolte est très abondante, on donne le Trapa aux oiseaux de basse-cour ; ceux-ci engraissent promplement et leur chair acquiert un goût exquis. »
Cent ans se sont écoulés depuis que l'abbé Grosier, que nous citons plus loin au sujet du Pitsi, Heleocharis tuberosûy auquel, comme Duncan, il donna le nom de Châtaigne d'eau, recommandait la culture du Ling-Kio {Trapa bicornis). « Nous avons et nous négligeons, disait-il, dans quelques provinces de France, une espèce de Châtaigne aquatique que les Latins ont nommée Tribulus. Les missionnaires pensent que cette plante pourrait être celle que les Chinois appelent Ling-Kio et dont ils tirent un très grand parti ; si cette idendité était constatée, il serait facile d'en étendre partout la culture, qui offrirait une ressource nouvelle dans les temps de disette :
<c 1* Cette autre Châtaigne d'eau, le Ling-Kio^ est un fruit rafraîchissant, agréable en été. Lorsqu'il est vert, ou le vend à Pékin, sur les marchés, comme les Noisettes en Europe ;
€ %'* Séché et réduit en farine, il donne une très bonne bouillie, surtout lorsqu'on y joint un peu de farine de Froment ; on peut même en mêler un tiers dans la farine dont on fait le pain ;
(( 3"" Cuit au four, confit au sucre ou au miel, il devient une nourriture saine et agréable ;
a 4"* Il fournit un aliment convenable pour les oies, les canes et autres oiseaux de basse-cour.
« La culture du Ling-Kio n'exige aucun soin. Cette
plante se reproduit d'elle-même dans tous les lieux où elle existe. Quand on veut la lancer dans un étang, dans un ruisseau, on jette la graine à la fin de l'automne dans la partie de Tétang où l'eau est peu profonde. Il faut choisir un endroit où l'eau soit claire et le rivage tourné au midi. Plus le Ling-Kio reçoit de chaleur, plus il est sain, savoureux, et plus il donne de fruits. »
MAGRE A DEUX ÉPINES
Singhara.
Trapa bispinosa Roxb., PL oftke Coast of Coromandel, pi. 234.
Cette espèce diffère de la précédente par son fruit à cornes droites, à pointe aiguë, et par ses feuilles dentées.
Elle croit dans l'Asie centrale et méridionale, où on
Pig. 46. — Trapa bispinosa.
la nomme Singhara^ jusqu'à Geylan et au Japon ; on la rencontre aussi dans le sud de l'Afrique, jusqu'au Zambèse. Ses fruits sont souvent convertis en amidon, on en peut faire aussi des gâteaux et des soupes d*un excellent goût, on peut les emmagasiner et les conser-
MAGRE A DEUX ftPINBS 381
yer pour s'en nourrir. La production esl abondante et économique, la plante se ressemant spontanément. Elle Til plusieurs années. Dans quelques contrées, dans le Cachemire par exemple, les fruits du Trapa constituent pour la population un approvisionnement alimentaire important. A cette espèce appartiennent probablement le Trapa cochinchinensis Lour. et le Trapa incisa Sieb. et Zucc.
M. L. Bouley, directeur des jardins du Maharadja de Cachemire, à Srinagar, a publié, dans la Bévue horticole (16 mars 1884), l'intéressante note suivante :
« Les Trapa natans et bicornis (1) sont en si grande quantité dans les lacs du Cachemire et y croissent avec une telle vigueur que les parties où ces plantes se trouvent ont l'aspect d'immenses prairies plutôt que d'un lac ; aussi est-il impossible d'y naviguer, même avec la plus frêle embarcation.
« Les produits que donnent ces deux plantes sont considérables; à Tautomne, la récolte occupe des milliers de gens.
« Avant de les livrer à la consommation, ces Châtaignes sont passées sous des pilons qui les débarrassent de leurs enveloppes ligneuses et piquantes, et sont ensuite moulues. La farine grossière qu'on en retire est consommée en bouillie.
« Cette farine est vendue très bon marché, ce qui s'explique par l'absence des frais de culture ; aussi, la consommation qui s'en fait pendant tout l'hiver est-elle énorme. On voit tous les jours de grands bateaux chargés de fruits de Trapa qui arrivent à Srinagar. »
M. Ermeus, prédécesseur de M. Bouley dans les (i) Ceit certainement du Trapa bispinoêa (ju'il sagit.
fonctions de directeur des cultures du Maharadja et qui a longtemps habité le Cachemire, nous a très obligeamment fourni les détails complémentaires sui?anls sur la culture du Singhara :
« Après une grande famine^ le gouverneur du district dans lequel est le Woorlake y introduisit la culture du Trapa. Ce lac, qui mesure au moins 2^000 hectares, on est tellement rempli que la navigation y est impossible. On recueille les fruits par bateaux entiers, et le gouverneur eu tire un grand profit, car chaque cultivateur lui paie une redevance. Il s'en fait une très grande consommation et, dans les dernières famines, cette récolte a sauvé la vie d'un grand nombre d'habitants.
« A l'état frais, on consomme les fruits du Trapa comme les Noix, cuits à l'eau; c'est un aliment usuel. Il est très indigeste, et les Hindous, pour obvier à cet inconvénient, placent sur leur estomac une chaufferette nommée kangreii^ qui, selon les médecins du pays, facilite la digestion ; d'où il suit que leur estomac est noirci et comme fumé par ce procédé. »
Les notes qui précèdent ont été publiées par nous, en 1888, dans le Bulletin de la Société nationale (P Acclimatation ; peu de temps après, M. P.-L. Simmonds, F. L. S., dont le nom est connu de tous ceux qui s'occupent de botanique appliquée, nous adressait un exemplaire du Journal of the Society ofthe Arts, numéro du 31 août 1888, contenant un article signé de lui et intitulé : Plantes aquatiques alimentaires. Nous y avons trouvé des détails qu'il nous parait utile de reproduire :
« Daus le dernier numéro du Bulletin de la Société (f Acclimatation de Paris a paru, sur les plantes aquatiques alimentaires, un article qui mérite l'attention par la
MACRE A DEUX ÉPINES 353
nouveauté des renseignements qu'il fournit, et auquel, tout en y prenant un ou deux passages, je puis ajouter quelques détails supplémentaires qui seront intéressants.
« On dit que le Trapanatans formait une grande partie de la nourriture des anciens Thraces, comme, de nos jours, le Trapa bispinosa pour les habitants du Cachemire et le T. bicornis pour les Chinois. Le D' Royie dit que le premier produisait jusqu'à 12,000 livres par an de revenu au gouvernement de Rnnje Singh, la laxe étant prélevée sur 96,000 à 128,000 charges d'ânes, du grand lac deOaller
« A Gugerat, ses fruits forment un important article alimentaire. Aux jours de fêle, on en fait une teinture rouge que Ton mélange avec une couleur jaune tirée des fleurs du Butea frondosa.
« Le colonel Sleeman a donné sur le Trapa bispinosa l'intéressante relation qui suit, dans ses Voyages dans les provinces du Sud-Ouest : « Ici, comme dans la plupart des autres parties de l'Inde, les réservoirs sont gâtés par la Châtaigne d'eau (Singhara), qui est partout plantée et cultivée dans des champs couverts d'eau, d'une grande étendue, aussi régulièrement que Test le Blé ou rOrge sur les plaines sèches. Elle est cultivée par une classe d'hommes appelés « Dheemurs », qui sont partout des pêcheurs et des porteurs de palanquin. Us ont des bateaux pour planter, sarcler et récolter le Singhara. I^es tenures de chaque cultivateur sont soigneusement indiquées par de longs Bambous enfoncés dans l'eau, et ils payent tant l'acre pour la partie qu'ils cultivent.
€ Les longues tiges de la plante atleignenl la surface de l'eau, sur laquelle flottent leui^ feuilles vertes, et leurs fleurs d*un blanc pur s'épanouissent agréablement au
milieu d'elles, dans la dernière partie de raprès-midi. Les noix croissent sous l'eau, après que les fleurs se sont flétries. Elles sont de forme triangulaire et couvertes d'un tégument brun, grossier, adhérant fortement à l'amande, qui est blanche, comestible et d'une texture fine et serrée.
« Ces noix sont très estimées. Elles sont portées au marché à dos de bœuf, souvent à 200 ou 300 milles. Elles mûrissent à la fin des pluies de septembre et peuvent être mangées jusqu'à la fin de novembre.
« Le loyer payé pour un réservoir ordinaire est d'environ 100 roupies (L. 10) par an. J'en ai connu un très grand pour lequel on payait 200 roupies et même 300 (L. 30) par an; mais la vase s'accroît si rapidement par la culture, qu'elle détruit promptement tout réservoir dans lequel elle est permise ; et, là où Ton croit désirable de conserver le réservoir pour en utiliser l'eau, elle doit êlre expressément prohibée. » Des colliers faits avec les noix du Singhara sont vendus à Benarès et considérés comme sacrés.
« Le capitaine J.-P. Pogson, de Simia, se fit, il y a quelques années, l'avocat d'une culture et d'un emploi plus étendus de cette plante : « Ayant l'exemple du Cachemire sous nos yeux, dit-il, il est très ningulier que les réservoirs si vantés, les grands lacs et la mer intérieure d'eau douce de la Présidence de Madras, et aussi les immenses « Vheels » des provinces nord-ouest et ouest ne soient point régulièrement employés d'une manière plus profitable parla culture du Singhara. Les noix séchées se garderaient, je crois, bien des années et se vendraient toujours en Angleterre comme Arrow-root ou fécule de Singhara, pour l'alimentation ou pour des emplois industriels. Tout vieux magasinage de Singhara pourrait être ainsi transformé et vendu.
MAGRE A DBUX ÉPINES 355
« Comme le grain de Blé, l'amande du Singhara peul soutenir la vie de Thomme pendant un temps déterminé et est agréable au goût, assaisonnée avec du sel et du poivre, ou en soxx^e (porridffs) avec du sucre, « ghoor ou jaggery » (1). Si les amandes sont cassées en petits morceaux, elles peuvent être réduites en Tarine au moyen d'un moulin à main, et le produit peut être pétri en une pâte dont on fait des petits a: chuppaties y> ou des gâteaux.
« En faisant tremper les amandes une nuitdansTeau froide, il suffit, le matin suivant, de les faire bouillir pour en faire un aliment. Les cuire à la vapeur serait peut-être aussi bien, peut-être mieux, mais je n'ai encore essayé les amandes Irempées que bouillies. J'ai mangé, il y a quelques années, un « Hulwa y> fait de farine de Singhara, et il était plus agréable que celui qui est fait de fleur de farine de Blé.
^ La Présidence de Madras possède d'anciens et magnifiques ouvrages hydrauliques, le réservoir deViranum(2), d'une étendue de 35 milles carrés, avec 12 milles de digues ; le réservoir de Cauverypank, dont les digues, de 4 milles, sont consolidées avec des pierres dans toute leur longueur; le réservoir de Chembrumhankam, semblable à une pittoresque mer intérieure, ouvrage dont Texéculion remonte à des temps inconnus. Le premier de ces lacs artificiels a 22,400 acres de surface, et le troisième, comparé à une mer intérieure, peut avoir dix fois cette étendue. C'est un fait officiellement cons-
(1) Le « ghoor » est le résidu du sucre de l'Inde ; lo « jaggery » est le résidu du sucre de Gbine.
(2) Le mot anglais tank ne peut èlre traduit que par le mot réservoir, qui cependant n'est pas applicable, en français, aux étangs, lacs, mers intérieures, c'est-à-dire aux vastes étendues d'eau dont il s'agit
talé, qu'au Cachemire 30,000 créatures humaiDes se nourrissent de la noix de Singhara pendant cinq mois par an, et si la pittoresque mer intérieure dont nous parlons mérite son nom, son lit et la surface de son eau pourraient être utilisés d une manière profitable par la culture du Singhara. Le réservoir de 35 milles carrés pourrait devenir une pépinière de première classe pour approvisionner Madras de noix pour semence.
« Le rendement de la Noix d'eau, par acre, est, jusqu'à présent, inconnu ; mais, en supposant la récolle de 4 quarlers (480 livres) chacun d'amandes de noix par acre, les 22,400 acres donneraient 43,800,000 livres d'aliment, et, en comptant 60 livres par adulte et par mois, la quantité ci-dessus suffirait pour nourrir 716,800 personnes pendant un mois, ou 143,360 pendant cinq mois.
<c Le coût de cet abondant et permanent approvisionnement alimentaire serait insignifiant. Il y a 4,000 yards carrés dans un acre et, en accordant une noix de semence par yard, le prix des noix et du transport par chemin de fer pourrait être facilement calculé. La récolte de la première année ferait plus que couvrir les frais, et on aurait ensuite à perpétuité une moisson qui n'aurait plus à couvrir que les frais de sui*veillance, de garde et de ré col le.
(( La récolte appartenant à l'État, on obtiendrait un revenu considérable par la vente des noix, même si les amandes ne se vendaient qu'à moitié prix du Riz ou d'un autre grain.
(iDans les bonnes années, les populations agricoles feraient largement usage de cet aliment nourrissant et économique, et vendraient et exporteraient leurs récoltes de Riz, etc., et dans les mauvaises années de famine, la récolte de noix serait une ressource ; enfin, leur pré-
MACRE A DEUX ÉPINES 357
sence aurait une grande influence pour prévenir la production arlificielle de Tamine locale.
« Les noix, une fois semées, se ressèment d'ellesmêmes, de sorte queleyard carré pourrait bientôt produire neuf piaules ou davantage. La mer intérieure, lorsqu'elle sera couverte de ces noix, sera une source de richesse pour TÉtat et un profit pour le public. Comme l'extension annuelle, spontanée ou artificielle de la culture esl une chose très simple, le gouvernement de iMadras se trouverait en quelques années propriétaire d'une plantation de Singhara de grande valeur. »
Le capitaine Pogson, écrivant de Simla, dit encore : a La Noix Singhara de l'Inde et de l'Europe étant une plante aquatique vivace, les vieilles racines portent du fruit annuellement. Si elles croissent dans une eau profonde de 2 pieds, on entre dedans pour les recueillir, en allant de l'une à l'autre, et on les dépose dans un récipient flottant, comme, par exemple, une barrique de 5 gallons. Si l'eau est plus profonde, on devra employer n'importe quel radeau ou canot et cueillir les noix. »
« En ce pays-ci (l'Inde), on les recueille plusieurs fois pendant la saison, et les dernières récoltées, c*està-dire celles qui sont les plus grosses et dont les amandes sont dures, se mangent bouillies. D'autres sont pelées, séchées et réduites en farine, tandis que d'autres sont enterrées entières, pour être employées comme semence Tannée suivante. Par exemple, la mare ou la dépression du sol qui a fourni une récolte de noix peut se dessécher par le temps chaud ; au commencement des pluies, cet endroit redeviendra une mare ; les noix pour semence seront alors déterrées et semées à 12 pouces de dislance dans l'eau encore un peu profonde, en plaçant chaque noix à environ 2 pouces de
profondeur dans le sol submergé, et on continue à semer ainsi chaque jour, à mesure que les eaux montent. Les noix germeront en leur lemps et fourniront la récolte de Tannée.
« Naturellement, si Tenu ne tarissait pas, les vieilles racines vivraient et, dans la saison, donneraient une nouvelle pousse de tiges qui porteraient du fruit comme à Tordinaire. Il s'ensuit que, lorsqu'on veut une récolte perpétuelle, il faut semer les noix dans le lit d'une mare d'eau douce, peu profonde, ne se desséchant jamais. »
HAGRE VEEBANAISE (1) Lagana.
Trapa natans L., var. verbanensis Jaggi.
Sous le nom de Trapa verbanensis^ De Nolaris a décrit une plante qui croît dans le lac Majeur et dont le fruit n'a que deux cornes obtuses et non barbellées.
M. Jaggi, dans une note qu'il a publiée sur les Macres (2), établit d'une manière très nette qu'il s'agit tout simplement d'une variété du Trapa natans dont les cornes médianes sont avortées.
(1) Nous avons présenté les fruits de cette espèce dans Tune des séances de la Société botanique de France (Bull. Soc. Bot,, 1888), comparativement avec des fruits de Trapa natans ne présentant que trois cornes. La parenté entre ces deux plantes ne fait aucun doute pour nous.
(2) Die Wassernuss {Trapa natans L.) und der Tribulus der Allen Zurich, 1883.
MAGRE YBRBANAISE 359
Nous ne pouvons reproduire ici toutes les raisons qu'il donne à l'appui de sa thèse ; mais Tnne des plus probantes est certainement ce fait que Ton trouve dans le même lac des fruits tantôt à deux, tantôt à trois cornes, mêlés avec le Trapa naians à quatre cornes. On trouve donc toutes les gradations de lavortement.
Fig. 47. — Trapa verbanensis.
M. le professeur Gibelli, de Bologne, qui a transplanté le T. verbanensis h Modène, a obtenu des fruits pourvus tantôt de deux, tantôt de trois cornes.
Leysser, Mertens et Koch, dans leur flore de Halle; Boehling , dans sa flore d'Allemagne, disent que le Trapa natans présente quelquefois des fruits à deux cornes. Ils n'ont pas pensé qu'il y eut lieu de faire une espèce de cette variété. Quant au caractère tiré des cornes qui sont obtuses, il n'a également que peu
d'importance, car on trouve parfois des Macres à quatre cornes plus ou moins arrondies au sommet. Les essais de culture faits à Modène prouvent que le
Fig. 48. — Trapa verbanensis.
Feuille vue en dessous, et jeune fruit, de grandeur naturelle.
Trapa verbanensis se reproduit au moins pendant quelque temps.
Voici les renseignements que nous avons recueillis
MACRE VERBANAISE 361
sur cette variété. Nous les devons à M. Rovelli, président de la Société horticole verbanaise de Pallanza; k M. D. Lamperlico, secrétaire du Comice agricole de Vicence, qui a bien voulu consulter pour nous M. le professeur Saccardo, de TUniversité de Padoue, et à M. le D*^ Mattirolo, de TUniversité de Turin.
Le Trapu verbanensis se nomme Lagana sur le lac Majeur et sur le lac de Yarèse, et vulgairement aussi Châtaigne du lac et Châtaigne (Teau {Castagna del lago^ Ca^tagna d'acqua).
On le trouve en grande quantité dans la baie d'Angera, lac Majeur, là où le fond est visible.
Il végète admirablement sans aucun soin dans les jardins botaniques; il est un peu moins productif que le Trapa natans.
Ses fruits mûrissent à la fin d'octobre, époque à laquelle on s'en procurerait aisément.
On les mange, soit verts comme des Noisettes, soit cuits ; ils exigent un assez long temps de cuisson.
Ils ne sont pas très recherchés; on les rencontre rarement sur les marchés.
Avec ces mêmes fruits, on confectionne des chapelets que Ton vend fréquemment à Arona, à Varèse, etc.
Nous avons immergé dans une mare des pieds enracinés de la Macre verbanaise que nous avait offerts M. Latour-Marliac, de Temple-sur-Lot. Ils ont bien végété et nous ont donné quelques fruits verts , le 15 septembre, époque à laquelle M. Latour-Marliac obtenait, de son côté, une certaine quantité de fruits roûrs.
Le Trapa verbanensis a les feuilles plus grandes que celles du T. natans^ bien connu dans nos régions de
l'Ouest. Ses pétioles sont rouges; la variété est plus belle que le type.
Il existe une autre variété de Trapa natàns que Areschouga nommé T. natans, var conocarpa (1). Elle est originaire du lac Immeln, àShonen, en Suède, et diffère du type par la façon dont s'insèrent les cornes, qui sont pea cohérentes, les latérales se détachant du fruit à pii-hauteur, les médianes au quart inférieur : le fruit est donc nu sur une grande partie de sa hauteur.
HANGAEIDE Taye^ Tayove, Chou Caraïbe,
Mangareto (Brésil). — Toya, Ouaheu (Caraïbe). — Tayo (Arouage). — Tayoba (Indien du Brésil). — Toloman (Antilles). — Qualtisa (Pérou).
Xanthosoma sagittifolium Schott.
Bot, Mag,, tab. 4989; Engler, Flora brasiliensis, p. i9l; Arum sagittifolium L.; Descourtilz, Flore des AntilleSy 8, t. 553; Arum xanthorrhizon Jacq., Hort, Vindob,^ 11, 73, tab. 157; Hortus Schœnbr,, 11, 32, tab. 188; Caladium xanthorrhizon Willd.; Caladium sagiltœfolium Vent.; Caladium utile Hort. ; Xanthosoma utile G. Koeh et Bouché; Xanthosoma xanthorrhizon G. Koch (Engler, Monographiœ phanerogamarum, vol. II, Araceœ, p. 469).
Fam. des Aroïdées.
A la demande de la Sociélé nationale d'Acclimatation, M. D. Albuquerque a eu la bonlé de nous adresser
{{) Mémoires de l'Académie royale des Sciences de Siockholm,
MANGARIDE 363
des tubercules du Mangareto branco^ avec promesse de rechercher la variété violette à notre intention.
Vigneron -Joiisserandier cite la Mangaride comme étant cultivée au Brésil et donnant de vingt à trente petits tubercules, et V.-L. Baril, comte de Lahure, dans un ouvrage intitulé : L Empire du Brésil^ s'exprime ainsi à son sujet : « L'Aroïdée appelée Mangareto branco croît en petites touffes. Le tubercule principal est de la grosseur d'une Pomme. Il est entouré de plusieurs autres petits tubercules gros comme des Noix et souvent moins. Ce sont ces petits tubercules qui sont comestibles. Le goût en est assez agréable et ils sont farineux, moins pourtant que la Pomme de terre. »
Le Mangareto branco est une des variétés du Xanthosùma sagittifolium, Aroïdéequi, dans F Amérique tropi-. cale, joue le même rôle, mais à un degré beaucoupmoindre, que les T^aro^ {Colocasia)ddinsVlnde^en Egypte, et principalement dans TOcéanie.
Dans les régions chaudes, la plante est d'une culture facile, mais peu productive; elle a été, de toute antiquité, cultivée parles Indiens indigènes.
Le D' P. Sagot a publié, dans le Journal de la Société, nationale d Horticulture^ 1871, pages 506-514, une Notesur les Tayes ou Tayoves à la Guyane, de laquelle nous extrayons ce qui suit :
« Les espèces américaines (Xanthosoma) se distinguent à ce que leur suc est laiteux et à ce que le pétiole s'insère au bord de la feuille et non pas à Tinlérieur du limbe, par-dessous la feuille, h une certaine distance du bord inférieur.
« Dans les espèces asiatiques et océaniennes {Colocasia antiquorum et C. esculenta)^ Kouchou (Inde),
Kulcas (Égypie), Alcolcalz (midi de l'Espagne), l'allus (Java), Tallo, Taro (Océanie), le suc est limpide el les feuilles sonl pellées, c'esl-à-dire portées par un pétiole qui s'insère par-dessous, à l'intérieur du limbe.
« Les variétés cultivées à la Guyane sont : Taye banane, Taye blanche, Taye violette, Touca, Grande Tayove.
« 11 y a peut-être d'autres races à la Guyane, que je n'ai pas vues ; mais, en général, je crois pouvoir affirmer que les Tayes sont inférieures, pour Tabondance et la qualité, aux produits des Taros.
a Les tubercules, de bonne qualité, cuits à l'eau et accommodés, sont sains et agréables. On les regarde comme plus nutritifs que les autres racines farineuses. Les plus délicats sont ceux qui sont jeunes et qui ont poussé bien cachés sous terre : par exemple, les tubercules latéraux du rhizome, qui forment des excroissances arrondies autour de la racine principale.
« Les feuilles, choisies jeunes et tendres, blanchies et cuites dans l'eau bouillante, sont bonnes à manger, mais ont peu de goût. On en met souvent quelques-unes dans divers plats d'usage fréquent dans les colonies. J'avoue néanmoins que cette manière de les employer ne me parait justifier que très incomplètement le nom prétentieux de Chou Caraïbe^ que l'on a donné à ces plantes. >
Nous avons planté dans les premiers jours d'avril, sur couche et sous verre, les tubercules de Mangareto branco envoyés par M. Albuquerque.
Les plantes ont vigoureusement végété, ont été abondamment arrosées pendant toute la saison, qui a été assez chaude, et n'ont été arrachées que le 6 octobre, après une forte gelée blanche. Nous n'avons trouvé que des
NARANTA ARUNDINAGÉ 365
tubercules ea petit nombre, et gros comme des Pois.
La culture de TAroïdée américaine est donc impossible sous le climat de Paris, même avec le secours des couches et des châssis.
Nous avons d'ailleurs échoué de même avec tous les Taros de la Nouvelle-Calédonie et de Tlnde, dont nous avions reçu de nombreuses variétés, présentant des différences comme qualité, forme de tubercules, fertilité, hâtiveté, les unes exigeant des terrains inondés, les autres pouvant être plantées en terre sèche.
Cependant y *il semble que les tubercules récoltés auraient atteint leur complet développement sous Tinfluence d'un mois de chaleur de plus.
HARANTA ARUNDINAGÉ (HERBE A LA FLÈCHE)
Maranta arundinacea L., Redouté, Liliac, I, tab. 57; Bot. lUag.y tab. 2307 ; Maranta indica Tussac, Flore des AntilleSy I, Ub. 26.
Fam. des Scùaminées.
Souche produisant des drageons souterrains, charnus, cyhodriquesy écailleux, longs d'environ 30 centimètres sur 2 à 3 centimètres de diamètre. Tiges hautes d'environ 1 mètre. Feuilles glabres, ovales-la ncéolées, pétiole engainant. Panicule Iftche; fleurs blanches.
Cette espèce, au témoignage de Tussac, a été introduite de l'Inde aux Antilles, où on la cultive en grand comme plante alimentaire. C'est de ses drageons charnus qu'on extrait la fécule connue sous le nom
d'Arrow-root. Ces drageons se mangent aussi en nature, soit bouillis, soit préparés de diverses manières.
La fécule arrow-root du Maranta arundinacea est nommée aussi : A. de la Jamaïque^ A. des Antilles, A. des BermudeSy A. de Saint-Vincent. Ce produit féculent nous arrive principalement de l'Amérique : il est également l'objet d une culture importante dans l'Inde et dans certaines parties de l'Afrique, notamment à l'Ile Bourbon ou de la Kéunion.
Il lire son nom de l'usage qu'en faisaient les indigènes pour guérir les blessures produites par les flèches.
Le M. arundinacea eslle Toulola des Caraïbes. Il est cultivé aux Antilles à la Jamaïque, dans l'Amérique du Sud où il est appelé Anvert^ à la Guadeloupe, à la Réunion, à la Guyane et dans les Indes. La fécule que contient son rhizome est désignée sous le nom de Arrow-root des bides occidentales. Cette fécule y existe dans la proportion de 22 0/0.
Le Maranta présente deux variétés au Brésil et à la Jamaïque: Tune qui porte le nom à'Anvert Atone et l'autre celui à'Anvert rouge; ce dernier est moins estimé. Au Brésil, la variété à racine allongée est plus estimée dans la province de Para que la variété à rhizomes arrondis.
A la Guyane, les Caraïbes mangent sa racine après l'avoir fait cuire sous la cendre. Ces rhizomes sont acres et rubéfiants, mais la cuisson les rend comestibles.
Les Marantas demandent un sol profond et toujours frais sans être humide. On les multiplie k l'aide de leurs ^•hizomes rampants et vivaces. Les tronçons doivent être plantés sur des terrains divisés et défoncés. Ouïes espace les uns des autres de 1 mètre à 1"',20.
Ces plantes, pendant leur croissance, n'exigent que des binages; on arrache leurs rhizomes à la fin de la première ou de la seconde année.
MARANTA ARIJNDINACÉ 367
Un hectare donne en moyenne 500 à 600 kilogrammes d'arrow-rool et 1,500 à 2,000 kilogrammes de couac ou résidu pulpeux.
L'arrow-rool est un aliment nutritif et léger. Il convient spécialement aux personnes délicates et aux enfauts.
A Cuba, la fécule de Maranta sert à faire d'excellentes crèmes qui se conservent longtemps dans les bouteilles.
En Angleterre, chaque année, on consomme de grandes quantités d'arrow-root importées de Ceylan, de THindouslan, des Antilles, des lies Bermudes, du Nicaragua et de la Mélanésie.
Le couac, ou farine grossière, est utilisé dans Talimentation des animaux domestiques.
On lit, dans le Botanical Magazine ^ loc. cit. :
« Le Maranta arundinacea est une plante d'un intérêt considérable, fournissant pour la table un aliment distingué, vendu sous le nom de Arrow-root de rinde, extrait de ses racines, non comme on Ta dit en les faisant sécher et en les broyant, mais en les Taisant macérer dans Teau, de la même manière qu'on extrait l'amidon du Blé, de la Pomme de terre et d'autres substances amylacées.
<r Dans ces dernières années, l'amidon de Maranta a été importé en grande quantité des Antilles en Angleterre, et recommandé comme aliment pour les jeunes enfants, et comme nourriture légère des malades.
a La plante est originaire de l'Amérique du Sud et cultivée dans toutes les lies des Antilles. Elle doit, chez nous, être tenue en serre, où elle donne en juillet et août ses fleurs, qui passent très vite. » Introduite par le D*^ William Houston, avant 1732.
Nous avons tenté sans succès la culture du Maranta arundinacea.