‹ Le potager d'un curieuxChapitre 65 sur 111 · HAB60SE A PIQUANTS · texte numérisé non relu

HAB60SE A PIQUANTS

Pandipa)ie, Galole, Caïquadu Pérou, Momordique à feuilles de Vigne. Momordique Papaieb, Papareh Herya, Melon de San-Gaëlano. Rarela (Hindostani), Karala (Bengalais), Khu qua (Chine).

MoMORDiCA Gharantia L., Spec.,éd. 1, p. 1009: DJ., Prodr., III, p. 331; Naud., Ann. se. nat., sér. 4, vol. XII, p. 131 ; Revue hori., 1859, p. 620, fig. 13i et 135; Flore des serres, X, p. 193, lab. 1047; The Garden, XII, p. 161 ; Cogniaux, Çucurbit., Monogr. Phanerogam.j vol. III, p. 436.

Synonymes : M. Dalsamina Descourt, (non Linné), FL des Antillesj III, p. 62, lab. 164; M. operculata Vell., FL flum., X, lab. 980 (non Linné) ; Momordica jagorana C. Koch, Belgique horlicole, XI, p. 92.

Fam. des CtAcurbitacées.

Plaote originaire de rAsieetderAfrique, naturalisée dans les régions tropicales des deux mondes; annuelle, à tiges grêles, grimpantes^ pouvaul atteindre 2 mètres de hauteur, rameuses, poilues, munies de vrilles ordinairement simples. Feuilles alternes, profondément 5-7lobées, d'un vert foncé en dessus, vert pâle en dessous, quelquefois presque glabres, excepté aux nervures* plus souvent pubescenles aux deux faces ; lobes ovales, aiguSy déniés. Fleurs Jaunâtres, monoïques, portées par des pédoncules aussi longs, dédéchis; pédoncules des fleurs mâles portant une bractée cordi forme, entière, insérée vers leur milieu ou à la base; pédoncules des fleurs femelles pendants après Tanthèse. Fleurs mâles groupées ou solitaires, plus grandes que les femelles; calice à cinq divisions moitié plus coudes que celles de la corolle. Fleurs femelles solitaires, à pédicelle un peu

MARGOSÊ A PIQUANTS

plus court, assez grandes, d'un jaune pâle. Fruit pendant, oblong, long de 10 à 15 centimètres, aminci aux deux

Fig. 49. — Margose à piquants {Momordica Charantia).

extrémités, obscurément Irigone, couvert de tubercules disposés en lignes régulières ou crêles enlre lesquelles

se trouvent d'autres lignes de dents plus petites et de dimensions inégales. Ce fruit, qui d'abord est vert,

Fig. 50. — Fruit de la Margose à piquants.

devient d'un beau jaune orangé à la maturité. Sou écorce, épaisse et charnue, se déchire en trois lambeaux

PETITE MARGOSË A PIQUANTS â7l

irrégulîers sur lesquels adhèrent les graines enveloppées d'une tunique pulpeuse qui est d'une teinte sanguine éclatante.* Les graines sont plates, échancrées en écusson aux deux bouts, couvertes sur leurs deux faces d'un dessin en relief d'une chinoiserie parfaite. C'est cette structure de la graiue, qui paraît comme rongée et mordue, qui a fait donner au genre le nom de Momordica.

PETITE MâBGOSE â PIQUANTS

Momordica Charantia L., var. abbreviata Ser., in DC, Prodr. III, p. 311; i/. 3ey /amca Miller, DicL des jardiniers y n** 3 ; M. senegalensis Lamk., Fnq/clop, méth,, IV, p. 239; M. mûri" cola Willd., Spec, IV, p. 602; Belgique hort., XI, p. 93; M. Roxburghiana Don, Gen. syst, gard.^ III, p. 35; M, Charantia^ var. minor Naudin, Ann. se, nat.; M, Charantia, var. muricata Griseb., fl. Brit, W. ind. isl.y p. 287.

Cette plante n'est qu'une simple variété de la précédente, dont elle ne diffère que parce qu'elle est un peu plus petite dans toutes ses parties. Elle est originaire des mêmes contrées.

Le M. Charantia est une plante potagère cultivée sous divers noms, en Chine, en Cochinchine, au Malabar, au Pérou, à Maurice, à la Réunion, etc.

Elle est connue à la Réunion sous le nom de MargosSy et l'on y cultive principalement la variété de peti volume, nommée par M. Naudin M. Charantia^ var. minor.

Sa culture est celle du Melon de châssis, la taille exceptée; et cependant, lorsqu'un très grand nombre

de Truits sont formés, il convient de pincer les tiges, de couper une partie des feuilles pour aérer Ja plante, et de modérer les arrosements pour éviter la pourriture.

La végétation de la Margose est très active, et sa fructification, jusqu'à la fin de la saison, est d'autant plus abondante qu'on ne laisse jamais les fruits mûrir et qu'on les emploie h l'état vert.

On peut, à la rigueur, après avoir fait lever les graines sous châssis, mettre le plant en place, à l'air libre, vers le 1*"^ uin, près d'un mur exposé au midi; mais les fruits qu'on obtient sont souvent courts et difiTormes. Nous ne pouvons pas conseiller la culture en plein air sous le climat de Paris.

On cultive quelquefois en France le M. Charantia comme plante cmiense. Ses fruits bien mûrs sont d'un beau jaune-orange, s'ouvrent d'eux-mêmes et laissent voir des rangées de graines enveloppées d'une pulpe rouge-cerise très appétissante. C'est, sans contredit un admirable plat de dessert, et l'on suce volontiers ces graines; malheureusement, la pulpe qui les couvre est peu abondante et de saveur nulle.

L'usage que l'on fait des Margoses dans les pays chauds est tout autre et beaucoup plus intéressant. Nous ne savons pas comment on les prépare pour la table en Chine, au Pérou, etc.; mais nous devons à l'obligeance de M. Edouard Wilmann, membre de la Société des Botanistes français, des renseignements précis sur l'usage qu'on en fait à la Réunion :

€ Ce fruit, qui atteint une longueur moyenne deO"',07 à O'^jlO, se cueille et s'emploie toujours avant maturité. Mûr, il ne vaut rien au point de vue culinaire. Quelques-uns Taiment tout tendre, d'autres le préfèrent lorsqu'il a déjà quelque consistance; il est, en tout cas, excellent jusqu'à la maturité.

PETITE MARGOSE A PIQUANTS 373

« Pour la table, on le prépart? :

< En achards : Il suffit de retirer les graines et de mettre le fruity fendu en deux sur la longueur, dans la sauce préparée à cet effet : vinaigre, huile d'Olive, Gingembre, Ail, Piment, sel, etc. On y ajoute oi-dinairement : Concombre, Choux, Carottes, Mangues, etc.;

« £n rougaille : On coupe par rouelles, toujours après avoir éliminé les graines, et Ton assaisonne avec jus de Citron, Piment, Gingembre, etc.;

« Fn cari : On fait cuire le fruit, partagé en deux, avec du lard frais ou salé, du poisson frais ou salé; avec ou sans la poudre de cari, mais avec les condiments ordinaires de la cuisine créole. »

DaiisTIiide, on mange le Truit coupé par tranches, et frit; mais il nécessaire de le faire cuire préalablement dans Teau pour lui enlever toute son amertume.

Nous devons dire que nous avons tenté sans succès d*introduire dans nos Pickles les fruits de la petite Margose à piquants* Leur extrême amertume les rend impropres à cet usage.

mârgose pomme de merveille

MoMORDiCA Balsamina Lin., Spec, édit. 1, p. 1009; Lamk.f Fncycl. mélh., IV, p. 237, tab. 794, fig. 1; Dict. se. nal., tab. 208, 209; Revue kort.y 1857, p. 180, fig. 75; Naudin, in Ann. se. nai., sér. 4, vol. XII, p. 132; sér. 5, vol. V, p. 20; Cogniaux, Gucurb., Monographiœ Phanerog.y voL III, p. 237.

M. vulga7Hs Tournas. y Inst,, p. 103, lab. 29; Cucumit agreslU Miller, Dict, des jardiniers; Neurosperma cuspidata Raf., Journ. phys.y 1819, p. 101; Momordica Charantia Descourt., non L., FI. des Antilles^ VIII, p. 335, tab. 594.

Cette espèce diffère du M. Charantia par ses feuilles, qui sont glabres et d'un vert luisant, par la bractée des fleurs mâles, qui est dentée et insérée au sommet des pédoncules. La plante entière est plus petite dans toutes ses parties. Le fruit est ovale-arrondi et ne dépasse jamais la grosseur d'un œuf de pigeon.

« Les fruits du Momordica ont des propriétés balsamiques et vulnéraires, qui leur valurent une réputation d'autant plus grande qu'ils venaient de Tlnde, pays des jongleurs et des miracles.

« Ils sont, à la rigueur, comestibles comme les Concombres. » [Die, se, nat,, t. V, p. 387.)

Nous n'avons pas de renseignements sur Tusage de la Pomme de merveille considérée comme plante potagère. I£lle pourrait sans doute être employée aux mêmes usages que les autres Margoses.

MATAMBALA 375

LeMomordica dioica Roxb., counu dans l'Inde sous le nom de Gol Kandra, est une espèce vivace à souche tubéreuse. Le jeune fruit est mangé par les Hindous. La racine est également comestible, mais celle de la plante femelle est plus grosse que celle de la plante mâle.

MATAMBALA

Plectbanthus ternatus Sims; Botankal Magazine, tab. 2460; Bojer, Hort. maurit., p. 253; DC. Prodr. XII, p. 65.

Fam. des Labiées.

Le 15 juillet 1884, notre correspondant dans le Transvaal, M. Mingard, nous écrivait : « Avec cette lettre, je vous expédie quelques tubercules de la Pomme de terre fade ou sauvage, appelée par les Magwamba : Matambala. C'est la même culture et les mêmes emplois que la Pomme de terre ordinaire. Les natifs Tapprécient beaucoup et la préfèrent à tout autre tubercule. Ils conservent les semences (1) dans le sable, ou suspendues dans leurs huttes. Ils la plantent au moment de la semaille du Mais ».

M. Mingard nous écrivait encore le 20 octobre 1884: « Je remets à la poste un petit sachet de Matambala, Ce seront les dernières que je pourrai vous expédier. Les natirs les ont plantées depuis quinze jours. Elle aime les terrains légers, a la même durée de végétation que la Pomme de terre, mais les tiges sont sensiblement différentes ; elles s'élargissent dès la naissance.

(i) Lisez tubercules.

370 LE POT\(iER d'un CURIEUX

La fleur est petite, de couleur jaune ou bleue (1). Un tubercule planté en entier donne de dix à vingt pour un. La Matambala s'apprête comme la Pomme de terre. Pas de saveur.

« J'ai remis la lettre et le paquet à la poste le 29 octobre courant. Les tubercules commencent à germer. J'ai choisi, selon votre conseil, les plus mûrs et les plus durs. i>

Les tubercules de ce dernier envoi ont cependant pourri en roule; mais, fort heureusement, ceux qui nous avaient été adressés au mois de juillet précédent se sont bien conservés dans le sable, et nous avons pu en planter quatre sur couche et sous verre, le i5 mars suivant. Trois pieds ont végété admirablement ; un seul est demeuré chétif et est mort à la fin de juin. Nous l'avons arraché le 1*"' juillet, et nous avons trouvé, à notre grande surprise, une douzaine de petits tubercules formant un groupe serré immédiatement au-dessous du collet delà plante. Ces tubercules paraissaient être mûrs et se sont bien conservés dans le sable.

Les trois autres pieds ont végété vigoureusement, ont étalé sur le sol leurs nombreuses tiges, qui s'y sont marcottées spontanément, et ont empli le coffre dans lequel ils étaient plantés ; mais, lorsque nous les avons arrachés, à l'automne, ils ne nous ont donné qu'une récolte à peu près insignifiante.

La plante reprend très Tacilement de boutures, ce qui nous a permis d'en obtenir un grand nombre de pieds qui ont été distribués au Muséum et à diverses per-

(1) M. Mingard a certainement confondu les fleurs de plusieurs espèces. Il «xisie. en effet, Mir la côte orientale d'Afrique, plusieurs ColetAS et Pleciranthtu k tubercules comestibles, les unes à fleurs bleues, les autres à fleurs jaunes. Celle nous que avons reçue avait les fleurs bleues.

MATAHBALA 377

sonnes. La floraison en a été obtenue l'hiver suivant dans les serres du Muséum et dans celle du Jardin botanique de l'École vétérinaire d'Allbrl.

Le D' Sagot, dans son Manuel des culturefi tropicales^ p. 84, dit avoir vu le Matambala dins le jardin de M. PaillieuXy à Crosnes, mais seulement en feuille. Cest après Texamen d'un échantillon fleuri, que nous lui montrâmes Tannée qui suivit sa visite à Crosnes, qu'il lui appliqua le nom de Solenostemon den nflonn Benth., nom écrit de la main de Bentham sur l'étiquette qui accompagne un échantillon conservé dans l'herbier du Muséum, et qu'il considéra comme étant de tous points comparable à notre plante. L'échantillon du Muséum nous parut n'être qu'une forme à inflorescences compactes du Coleus iuberosus, nom sous lequel nous avons désigné le Matambala àdiDsln seconde édition du Potager dun Curieux, et que nous rectiflons aujourd'hui après la comparaison que nous avons pu faire de notre plante avec des échantillons vivants de Plectranthus tematm cultivés dans les serres du Muséum et la flgure de cette plante, publiée dans le Botanical Magazine, planche 2460.

Le Plectranthus tematus est originaire des lies Comores et de Madagascar, d'où il a été introduit à Maurice et probablement dans d'autres pays, puisque M. Mingard nous l'a envoyé du TransvaaI.

M. Daruty de Grandpré, président de la Société d'acclimatation de Tlle Maurice , nous écrivait de Port-Louis : « J'ai lu avec beaucoup d'intérêt vos notes ddius le Potager d'un Curieux. Je n'y ai pas vu mentionner une plante à laquelle je m'intéresse en raison de ses qualités alimentaires. Je veux parler du Plectrane-

thus madagascarienm^ que nous appelons ici Oumime (1).

« VOumime donne un tubercule que nous consommons absolument de la même manière que la Pomme de lerre, quoiqu'elle possède un petit goût particulier qui peut-être ne conviendra pas au premier abord à des palais européens. Cependant, je suis sûr qu'il serait facile par la culture d'arriver à retirer complètement ce goût particulier, en môme temps qu'on parviendrait à augmenter le volume des tubercules.

« Je vous adresse par la poste quelques tubercules d'Oumime^ afin que vous puissiez en tenter la culture en France. »

Dans son Histoire de la grande Isie de Madagascar j De Placeur l parle des Houmimes ou Voamitza : « Ce sont, dit-il, petites racines grosses comme la poulce. qui multiplient extrêmement, car d'une plante il en viendra plus de deux cents ».

Le Matambala exige trop de chaleur pour qu'il soit possible de le cultiver avec profit sous notre climat.

Mais si l'envoi de notre aimable correspondant n'a pas donné de résultat utile pour la France proprement dite, il a permis de doter notre colonie du Gabon-Congo d'un excellent légume très apprécié, qui, de là, se répandra dans toutes les régions ayant un climat analogue.

(1) M. N.-E. BrowD, auteur d'une note intitulée : Tuberwu Labiatœ, parue dans le Bulletin de Kewj numéro de janvier 1894, établit que VOumime n*est pas le PleclrarUhuê madagoêcariensiSj mais le P. temattu Sims.

Le nom appliqué par M. Daruty de Grandpré se rattache à VOumime bâtard ou Ôumime êouvaget qui ne produit point de tubercules.

MATAMBALA 379

Les tubercules que nous avions donnés au Muséum ont été multipliés, et deux d'entre eux furent remis par M. le professeur Max Cornu à M. Pierre, qui parlait pour occuper le poste de directeur du Jardin colonial à Libreville (Gabon-Congo).

M. Pierre cultiva le Matambala. et le succès qu'il obtint fut tel qu'il s'employa activement à propager la plante dans la colonie. Il en remit des tubercules à M. Thollou, attaché à la mission Brazza, qui les transporta à Brazzaville, où ils se multiplièrent et se répandirent rapidement. Dans un voyage qu'il a fait à Paris, M. Thollon nous a donné les renseignements suivants sur notre Labiée :

« Le Matambala croît avec une vigueur extrême pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche (de juin à octobre), la plante végète, mais a besoin d'être arrosée pour produire des tubercules. C'est pendant cette période que les fleurs se montrent.

« La récolte doit être faite de décembre en janvier. On obtient par touffe une douzaine de tubercules de la grosseur d'une Noix, et beaucoup d'autres plus petits.

« La plante n'a pas encore été, jusqu'à ce jour, soumise à une culture raisonnée. On se contente de détacher des rameaux qui, mis en terre, s'enracinent avec la plus grande facilité et qui, abandonnés à eux-mêmes, sans aucun soin, donnent cependant le résultat indiqué plus haut. »

M. Thollon considère le Matambala comme un des légumes lés plus utiles à propager dans nos possessions équatoriales de l'Afrique ; il y tiendrait lieu de la Pomme de terre dont la culture est impraticable^ le rendement y étant à peu près nul. Il en a lait manger à un grand nombre de voyageurs qui ont éprouvé un plaisir extrême, car sa saveur a une telle analogie avec

ceMe de la précieuse Solanée, qu'ils croyaient retrouver ce légume favori, dont Tabsence dans les régions iK^icales constitue lune déplus dures privations pour les Européens.

Voici enfin de nouveaux renseignements que M. Pierre a adressés à Tun de nous :

« De retour d'un voyage dans Tintérieur et le sud du Loango, je viens de trouver votre lettre qui m'a suivi jusqu'ici.

<r C'est en 1887 que j'ai apporté dans la colonie deux tubercules de Matambala, gros comme de gros Pois, que M. Cornu m'avait confiés. J'en remis un à M. Thollon, qui le transporta dans l'intérieur de l'Ogoué, à Brazzaville. Il y en a maintenant dans TOubanghi par 6"* de latitude nord et W de longitude est. La plante s'est propagée dans ces pays avec une rapidité extraordinaire.

« La mission Crompel, qui, paratt-il, en a trouvé vers le 4"" de latitude nord, en a mangé les tubercules et l'importera peut-être jusqu'au lac Tchad. J'ai remis à M. Grampel, à son départ du Gabon, des graines de Bdsella alba^ plante qui va également se trouver importée dans le centre de l'Afrique.

<r Le Matambala existe également dans Loango, où Mgr Carrie l'a introduit de pieds venant de Brazzaville.

<c La plante s'est améliorée dans l'intérieur. On a obtenu des tubercules gros comme une Noix, et je suis certain que, si la culture était mieux faite, on obtiendrait encore de bien meilleurs résultats. Il faudrait planter en terrain bien préparé, pas trop sec, bumeux, et surtout laisser plus de Hislance entre les plantes.

« Le goût du tubercule rappelle beaucoup celui delà Pomme de terre. C'est une plante d'avenir, surtout dans l'intérieur de notre colonie. A Libreville, où nous sommes

MATAMBALA 381

par 5"" plus au uord, je n'ai obtenu que des résultats médiocres.

a La plante est connue, dans tout Tiulérieur et h la côte, sous le nom de Pomme de terre de Madagascar^ que doit lui avoir donné M. ThoUon. Ce nom étant impropre, je fais mon possible pour le combattre. »

L'existence de plusieurs Labiées à tubercules comestibles nous est maintenant connue, à savoir :

Le Crosne (Stachys affînis) ;

Le Matambala ou Oumime {Pcectranthus ternatus Sims) ;

Le CoLEUs TUBERosus Bcuth., auquel xM. N.-E. Brown (1) rattache le C parvi/loriis Benih. (DC. Prodr. XII, p. 72 ; Hook. fil. Flora of Brit.India, IV, p. 625), espèce dont Forigine est un peu incertaine.

Cette plante est cultivée à Java, Amboinc, dans d'autres îles de TArchipel Malais et à Ceylan, où, suivant une note de Gardner, de l'Herbier de Kew, elle est « cultivée par les indigènes comme des Pommes de terre ».

Thwaites dit aussi que les Cingalais la cultivent pour ses tubercules que Ton mange comme légume.

Rumphius parle de cette plante d'une manière assez étendue ; il dit qu'elle a été récemment introduite de Java et de Baly à Amboine, et que Ton mange les tuber-

(i)N.-E. Brown, Tuberous LabiatsSy Bulletin of miscellaneous infor^ moHon. Rùf^l Gardens Kew^ 1894, p. 10.

cules bouillis ou rôtis. Il ajoute qu'elle fut probablement introduite dans l'ile, de la péninsule malaise. D'autre part, il dit que le nom vulgaire employé par les Portugais pour cette plante est Gotte Keligam ou Gotte Kelim, probablement parce qu'on la cultive beaucoup sur la côte de Coromandel, dont on appelle les habitants Kelin ou Quellin. Ni Roxburgh, ni Wîghl et Arnot, cependant, ne mentionnent cette plante dans leurs ouvrages, quoiqu'il y ait des spécimens dans l'herbier de Kew, recueillis par Wight et Quilon (numéro 2105, Wight, distribution de Kew), mais les étiquettes ne disent pas si elle était sauvage ou cultivée. M. le D' Treub, directeur du Jardin botanique de Buitenzorg (Java), a eu l'amabilité de nous adresser des tubercules de cette espèce. Nous n'avons malheureusement pas pu obtenir la floraison de cette plante intéressante qui a, de nouveau, disparu de nos cultures;

Le CoLEus EDUUs Vatke (Linnaea XXX VII, p. 319), que Richard avait désigné sous le nom de C.tuberosus (Flore d'Abyssinie, 11, p. 185) mais qui est distincte de celle à laquelle Bentham avait déjà donné ce nom. Le C. edulis e^tle Baunech des Abyssins; selon Richard (1). il croît dans les lieux montueux, près du village de Kouaieta, dans les provinces de Chiré et de Godjam. Il porte des tubercules charnus, assez semblables à ceux de la Pomme de terre, non seulement par la forme, mais par la saveur. Aussi cette plante est-elle abondamment cultivée dans les nombreux jardins qui entourent Kouaieta, situé à une altitude de 6.000 à

(1) Paillieux et Bois, Revue des Sciences Naturelles appliqués (Bulletin de la Soc. nat.d'AcclimatatioD, 20 août 1890): De quelques plantes alimeniaires de VAbyssinie.

matambâlà 383

7.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Schimper (Vatke, loc. cit.), aurait récollé la plante aune altilude de 8.200 pieds.

Nous ayons demandé le C. edulis à diverses sources, et jusqu'à ce jour les efforts que nous avons faits pour l'obtenir sont restés sans résultat. Dans l'état actuel des relations qui s'ouvrent entre l'Ethiopie et l'Europe, nous pourrons ne pas tarder à recevoir cette intéressante Labiée ;

Le CoLEUs BARBATUS Bcuth. (Plectranthus barbatus Andr.), de l'Inde, de l'Arabie et de la côte orientale tropicale d'Afrique. D'après la Flore de Dalzell et Gibson, et une étiquette du D*^ Ritchie, de l'herbier de Kew, cette plante est cultivée dans le Deccan, pour ses racines charnues que les indigènes font mariner;

Le Plectranthus esculentus N.-E. Brown, espèce à racine tuberculeuse, à fleurs jaunes. Des échantillons de cette plante furent d'abord envoyés à Kew , par M. J.-M. Wood, conservateur du Jardin botanique de Durban, à Natal (numéro 3633), en novembre 1886, sous le nom de UmbonMve ou Kaffir Potato^ avec une note disant que les indigènes sont très amateurs des lubercules. La plante a été cultivée à Kew.

M. Medley Wood, curateur du Jardin colonial de Natal, a eu l'amabilité de nous adresser quelques tubercules de cette plante, lesquels ont pourri dans le sol avant ]d'avoir donné aucun signe de végétation;

Le Plectranthus floribundus N.-E. Brown, espèce à fleurs jaunes, très voisine du P. ^^a//^/î/w5, dont le type est originaire de Natal, mais dont une variété (longipes) croit dans diverses parties de l'Afrique tropicale : Man-

ganja Hills, lac Nyassa, Blantyre, vallée de la rivière Umzingwaniy Angola, etc. M. N.-K. Brown, pense que les racines de celte espèce sont luberculeuses comme celles du P. esculentus^ mais il n'en a pas la preuve;

Le Lycopus lucidos Turcz. ou Inou Sirône des Japonais, plante vivace qui rappelle quelque peu notre Lycopus europœus^ mais à tige donnant naissance à de nombreux stolons. Cette plante aété envoyée du Japon au Muséum par M. Tabbé Faurie, et M. Maxime Cornu a eu l'obligeance de nous en offrir du plant.

Les rhizomes tubéreux atteignent jusqu'à 20 conmètres de longueur sur 1 cent, et demi à 2 centimètres de diamètre, et rappellent assez bien ceux du Stachys palustris^ dont M. Chappellier a cherché à propager la culture comme plante alimentaire ; mais, bien que leur saveur soit meilleure, et qu'ils soient produits eu grand nombre, il n'y a pas lieu d'en recommander l'usage, leur consistance fibreuse les rendant désagréables à consommer. Le Lycopus lucidus s*esl montré d'une rusticité absolue, sous notre climat ; il est regrettable de ne pouvoir en tirer un meilleur parti.

MBLON DUmiM 386

MELON DDDÂIM

MeloD de la reine Anne, Melon des Canaries, Melon de senteur, Citrouille odorante, Pomme de Brahma.

iiucuias Melo L., var. DldaTm Ndn. {Meio rotundus parvus

G. Bauhin; C. Dudaim L.; C. sativus Schemmam Porsk.; C.

pictvs Jacq.; C. pedatifidui et C. reginœ Schrad.; C. Schrade-

rianus Rœm.; C. odoratistimus Mœnch).

Véline du Muséum, t. LXI, tab. 24, 25, 26, 28; Morr., Belg,

hort., t. II, p. 205.

Fam. des Cucurbitacées,

w Les Duddims, si Ton s'en lient à la forme type, constituent une des races les mieux caractérisées et les plus stables dans Tespëce du Melon; mais, comme ils se croisent facilement avec toutes les autres, ils ne tardent pas à dégénérer et à perdre leur caractère lorsqu'on les cultive quelques années de suite dans leur voisinage. On voit alors naître des métis qui, par leurs variations de forme, de taille et de couleur, rappellent toutes les modifications qu'on observe dans les autres Mêlons comestibles.

« Le type de cette variété a le fruit sphérique, légèrement déprimé d'avant en arrière^ jaune orangé plus ou moins vif à la maturité, avec des macules ou bariolures longitudinales d'un rouge terne, exhalant une odeur de Melon extrêmement prononcée. Celle odeur est quelquefois si forte, que certaines personnes se trouvent incommodées (!e la présence d'un ou deux fruits de celte variété dans un appartement. Sa taille varie du volume d'un petit Abricot à celui d'une Orange. Il se détache du pédoncule dès les premiers symptômes de

à86 LE t>OTAGfiR D*UN CURIEUX

maturilé. La chair en est peu épaisse, d'un blanc jaunâtre ou légèrement rosée, faiblement sucrée et laissant toujours un arrière-goût qui suffit pour la rendre immangeable.

« Cet arrière-goût se retrouve dans lous les métis que le Dudàim produit avec les autres Melons, quelque excellente que soit la variété. On devra donc l'éloigner des melonnières quand on tiendra à conserver aux bonnes races les qualités qui les distinguent.

Fig. 51. — Melon DudaTm.

« Le Dudaïm bien franc mérite, pour la gentillesse de ses fruits, qui peuvent servir à orner les desserts, de trouver place dans quelque coin écarté du jardin; mais il ne saurait jamais être pour nous qu'un objet de simple agrément ou de curiosité.

<c Probablement à cause de son arôme si développé, le Duddim est en grand honneur dans la plupart des pays musulmans. Il abonde en Perse, en Egypte et dans tout le nord de l'Afrique. Je l'ai même vu vendre sur les marchés de l'Algérie. Les Espagnols l'ont depuis longtemps porté dans leurs colonies d'Amérique, où ils lui donnent le nom de Melonsito de olor, ainsi que nous

MELON DUDAIM 387

rapprennent Giliiel Xuares. Oo en trouve d'assez bonnes figures dans divers auteurs. » (Naudin , Espèces et variétés du genre Cucumh. Plxlrait des Ann. sciences naturelles.)

Nous venons de cultiver pour la seconde fois un Melon dont les graines ont élé envoyées de Pékin, sans observation particulière, par M. le D' E. Bretschneider. Le docteur les availantérieurement adressées à M. Decaisne, qui les avait considérées comme appartenant au Cucumis Dudatm.

Nous avons récollé des fruits de la forme et du volume d'une grosse Orange, à écorce lisse, zébrée de dix raies d'un vert foncé tranchant sur un fond jaune-orange et descendant du pédoncule à l'ombilic. Hauteur du fruit, environ 0'",8 ; largeur des raies variant de 0",01 et 0™,015 à 0™,02; poids moyen, 310 grammes.

Le petit volume du fruit le ferait ranger parmi ces Melons portatifs auxquels on a donné le nom de Melon de poche ou Melon chasseur, s'il pouvait avoir le même emploi; mais il manque de sucre et ne peut être mangé qu'au dessert.

En Chine, il est bon, sucré et parfumé.

M. Naudin reconnaît qu'au dessert il peut faire l'ornement de la table. Il nous apprend qu'il est en grand honneur dans la plupart des pays musulmans, qu il abonde en Perse, en Egypte, dans tout le nord de l'Afrique; qu'il Ta trouvé sur les marchés d Algérie; qu'il existe depuis longtemps dans les colonies espagnoles d'Amérique.

Il n'est donc pas immangeable.

Sa chair est blanche, juteuse, parfumée, iorsquil est très mûr.

Nous proposons d'en faire l'usage que voici : Pour une table de vingt couverts, on étageraen pyramide ou l'on disposera dans une corbeille douze à quinze fruits, qui formeront un (rès beau plat de milieu et qui charmeront les regards des convives.

Au dessert, le maître d'hôlel enlèvera le plat, coupera les fruits en deux, remplacera rapidement les graines par du sucre en poudre et servira à chaque personne un demi-fruit en forme de coupe, qui sera mangé à la cuillère comme une glace. Ce dessert sera bon et très élégant ; nous nous en sommes assuré.

Un de nos correspondants nous confirme dans cette appréciation. Il nous écrit de Setubal (Portugal) : <( Hier, je mis la main sur un Melon zébré de Chine, que j'avais exposé depuis quinze jours sur une étagère; il était devenu à peu près tout jaune, même dans sa partie verte, qui avait pris cette teinte : il était à point pour ce que j'en voulais faire. Je le partageai, j y goûtai et je lui trouvai un semblant de goût d'Ananas. Je mangeai ainsi une moitié, tout en me disant qu'on pourrait bien en faire autre chose. Poursuivant Texpérience, je vidai de ses graines l'autre moitié, et, dans ce vide, je mis du sucre, puis d'un vin de liqueur très bon, qu'on appelle ici bastardo. Je laissai infuser un quart d'heure, puis, avec une cuillère à café, j'entamai comme on fait d'une glace, et la pâte y ressemblait fort. Ce fut délicieux. Je me dis alors qu'on pourrait glacer ces moitiés de Melons ainsi préparés de diverses façons.

« Je vous livre mon essai; c'est par ces moyens tout de hasard qu'on arrive aux découvertes. Je suis un converti, et je me hâte de vous le confesser. Ne fût-ce que pour manger ainsi ce petit Melon, je le cultiverai. »

Le C. Dudaim ne produit que douze à quinze fruits

Page 1