V. — Le Soya en France
Buffon fut chargé de la direction du Jardin des Plantes en 1739, et, peu de temps après, les Pères missionnaires de la Chine lui adressèrent les spécimens les plus intéressants de la végétation de ce pays : le Soya avait nécessairement sa place dans leurs envois, et, sans pouvoir en faire la preuve, nous n’avons pas de doute à ce sujet.
Quoi qu’il en soit, nous retrouvons au Muséum le sachet qui a contenu, en 1779, des graines de Soya. 11 porte les dates de récolte de 1834, 36, 37, 38, 39, 41 , 43, 44, 46, 47, 49, 50 à 55 inclusivement ; de 1 857, 58, 59 ; de 1862, 65, 66, 67 ; de 1870, 71 ; de 1873 jusqu’à ce jour.
En fait, le Soya a été cultivé au Muséum depuis
SOYA
1740 très probablement, 1779 certainement, et plus tard, de 1834 jusqu’à ce jour sans interruption. La plante a toujours végété et fructifié à souhait, cultivée sans soins particuliers.
Elle a prouvé sa rusticité et le peu d’influence qu’ont sur elle les accidents atmosphériques.
Depuis 1855, les abondantes distributions de graines, sans cesse renouvelées par la Société d’Acclimatalion, ont permis d’essayer en France, sur tous les points, la culture du Soya ; mais il est difficile, sinon impossible, de se procurer des renseignements sur les essais faits antérieurement.
M. Rlavet a cependant retrouvé un document intéressant, dans une brochure intitulée : Séance publique
de la Société d' Agriculture cl' Etampes, année 1832, page 84.
Un chapitre porte ce titre : « Compte rendu par M. C. Brun des Beaumes, membre de la Société d’Agriculture d’Élampes, chevalier de Saint-Louis, docteur en la Faculté des sciences de France, de quelques essais de culture faits par lui en 1821, sur diverses espèces de Céréales, dans sa propriété de Champ-Rond, près Etampes. » Une note finale dit : « La chaleur de l’été 1821 a été si favorable aux plantes exotiques, que, cette année, j’ai vu fructifier abondamment à Champ-Rond, près Etampes, dans mes cultures en pleine terre, le Dolichos de la Chine, le Dolichos Labial), le Dolichos Soja ; la Niouelle (?) du Sénégal y a montré pour la première fois ses longs épis, etc. »
A partir de 1855, un grand nombre de participants reçoivent les graines de la Société d’Acclimatation et les expérimentent. La plupart ne rendent aucun compte de leurs essais ; d’autres s’acquittent de cette dette, et,
parmi eux, nous citerons MM. Lachaume (1857), Vilmorin (1859), Delisse (1863) ; mais leurs cultures ne sont pas progressives, et le Soya ne prend pas encore pied en France.
En 1868, M. Chauvin, vice-président de la Société d’Horticulture de la Côte-d’Or, cultive plusieurs variétés de Soya et persévère jusqu’aujourd’hui.
En 1874, la Société d’Horticulture d’Etampes reçoit des graines de la Société d’Acclimalalion, et les expérimente en culture jardinière jusqu’en 1 880. Ces cultures ont été dirigées avec un zèle extrême par M. Blavet, président de celte Société.
A la même époque, M. le Dr H*** apporte du Japon les meilleures variétés de Soya et les cultive. Il échoue dans cette tentative, qui porte sur des sortes trop tardives. Il se borne alors à cultiver le Soya jaune de Chine. Il n’éprouve plus de difficultés et fabrique luimême du Shoyu pour l’usage de sa maison.
En 1878, nous recevons des graines de deux sortes de Soya : l’une du Japon, à tleurs blanches, à graines d’un jaune très pâle et verdâtre; l’autre de Chine, jaune, faisant partie de la série chinoise Rouang-teou et que nous assimilons aux graines reçues de M. de Montigny et autres donateurs, et à celles qui ont été cultivées au Muséum, à Etampes, à Marseille, un peu partout.
Les graines du Japon donnent de belles touffes, mais les plantes ne mûrissent pas leurs fruits. L’espèce chinoise réussit chez nous comme ailleurs.
En 1879, Marseille reçoit directement de Chine des graines de Houang-leou , sème, cultive et récolte sans accidents.
En 1880, MM. Vilmorin-Andrieux et Cie introduisent dans leur catalogue une variété cultivée en Autriche-
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Hongrie, et rendent ainsi très facile la propagation du Soya.
M. P. Olivier-Lecq, de Templeuve, reçoit de M. Jules Robert, président delà Société des fabricants de sucre, d’Autriche, à Séclowitz (Moravie), un lot de Foin vert, composéde Maïs, de Millet et surtout de Soya, conservé dans une ancienne glacière en un tas de 120,000 kilogrammes. Il fait don à l’Ecole de Grignon de l’échantillon qu’il avait présenté au concours de Melun et qui avait attiré au plus haut point l’attention des agronomes.
Des essais se font dans diverses régions et le résultat permet de tirer cette conséquence que le Soya jaune hâtif peut être utilement cultivé en France depuis Paris jusqu’à Marseille, et que le succès est certain partout où le Maïs mûrit ses graines, partout où la Vigne mûrit ses grappes.
Pendant longtemps, on a ignoré la valeur nutritive du Soya. Si nos chimistes avaient connu la plante et constaté sa richesse dans des analyses qui auraient fait foi pour tout le monde, il est certain que cela aurait beaucoup aidé à sa propagation.
Mais ces analyses n’auraient pas suffi. Alors même qu’elles seraient comprises de la masse du public, alors même qu’on prouverait qu’une poignée de graines de Soya nourrit autant et répare aussi bien les forces que deux poignées de Pois, de Haricots, de Fèves, etc., on préférera pendant longtemps la quantité à la qualité.
11 est regrettable que le Soya ait été présenté simplement comme légume nouveau, car il est d’une cuisson un peu plus difficile que celles des autres Légumineuses ; sa saveur est bonne, sans supériorité; frais, on l’écosse avec plus de peine ; sec, il exige
une immersion de vingt-quatre heures dans une eau non calcaire. Dans l’ignorance où l’on était de ses propriétés nutritives, on n’a pas eu de motif déterminant pour le cultiver. On s’en est tenu aux anciens légumes.
Les Austro-Hongrois ont été plus avisés ; ayant acquis la preuve, incontestable d’ailleurs, de la valeur du Soya pour l’alimentation du bétail, ils n’ont pas eu d’autre objectif. Ils semblent, tout au moins, avoir considéré comme secondaire l’usage du Soya pour la nourriture de l’homme. Il s’ensuit qu’aussitôl qu'ils ont eu assez de semence, ils ont cultivé des hectares, tandis que nous ne cultivions encore que des planches de potager.