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BASELLE A FEUILLES EN CŒUR

Basella cordifolia Lamk., Dict., 1, p. 3K2, n° 3 ;

B. crassifolia Wight.

Cette espèce diffère des B. rubra et B. aida par la forme de ses feuilles, qui sont grandes, presques arrondies et échancrées en cœur à la base. On la cultive dans les jardins, au Malabar. Elle est charnue et succulente, d’une saveur comparable à celle delà Poirée, mais un peu inférieure ; elle est laxative et nourrit peu. On en mange les feuilles cuites et mêlées avec la Brède (Amarante épineuse), à peu près comme nous mangeons nos Epinards (Lamk., loc.cit.).

MM. Vilmorin-Andrieux et Ci0, dans leur ouvrage

Les Plantes potagères , p. 32, désignent celle plante sous le nom cl q B as elle de Chine à très larges feuilles , el disent qu’elle a été importée de Chine, en 1839, par le capitaine Geoffroy. D’après les mêmes auteurs, « celle plante serait certainement préférable aux autres espèces de Baselles à cause de l’ampleur de ses feuilles et de l’abondance de son produit. La culture ne paraît pas cependant s’en être répandue, probablement à cause de la difficulté qu’on éprouve à la faire germer en France. »

MM. Yilmorin-Andrieux et Cic, dans la Liste des Nouveautés qu’ils ont mises au commerce en janvier 1897, ajoutent que « celte Baselle est précieuse pour remplacer les Épinards dans les endroits où la production de cet excellent légume est presque impossible en été par suite de la sécheresse. Semée courant avril sur couche et repiquée en mai, de préférence au pied d’un mur au midi, il suffit de quelques pieds pour obtenir, avec un léger soutien et quelques arrosages, une ample provision de feuilles qui se renouvelleront pendant tout l’été. »

M. le Dr Trabut, botaniste du gouvernement à Alger, a cultivé le Basella cordifolia dans notre colonie, et les résultats qu’il a obtenus montrent qu’en dehors des régions intertropicales, où la plante a sa place marquée, elle peut avoir un grand intérêt pour les régions tempérées chaudes.

En Algérie, la plante se montre très vigoureuse et se couvre de fruits à la fin de l’été ; « ses feuilles larges et succulentes donnent à la cuisson une pulpe moins sèche que celle des Épinards. Associée à un peu d Oseille, la Baselle constitue un légume qui plaît à tout le monde. » Dans la note qu’il a publiée sur celte plante dans le Journal de la Société nationale d'Horti-

BÉNINCASA CÉR1FÉRE

culture de France , 1896, p. 145, M. le Dr Trabut ajoute que la Baselle doit être ramée. La récolte est ainsi plus facile. Dans le jardin de l'Hôpital d’Alger, sur un carré de 50 mètres, il a élé cueilli, pendant l’été 1895, plus de 350 kilog. de feuilles.

La Baselle prospère dans les jardins des oasis. A Biskra elle a donné de très bons résultats.

M. le Dr Trabut recommande de faire des semis successifs à partir du mois d’avril. En semant de quinzaine en quinzaine pour avoir toujours des plantes jeunes; en donnant une suffisante quantité d’eau, on obtiendra des plantes très vigoureuses qui donneront une production vraiment extraordinaire.

BÉNINCASA CÉRIFÈRE

Bénincasa cerifera Savi; Cucurbita cerifera Fischer.

Fam. des Cucnrbitacées.

Plante annuelle, originaire de l'Inde et de la Chine. Tiges de 2 mètres environ; feuilles cordiformes, à cinq lobes aigus, crénelés; vrilles simples ; en mai-juillet, fleurs jaunes, grandes, pédonculées, axillaires, solitaires; fruit vert, pendant. Inde, 1827.

Nous avons cultivé souvent le Bénincasa et nous n’avons éprouvé aucun échec; mais nous l’avons cultivé sous châssis et nous ne l’avons exposé à Pair qu’à la fin de l’été, lorsque les fruits étaient déjà gros. Nous croyons qu’il est sage d’agir ainsi.

Le Bénincasa cérifère est un aliment délicat, léger,

qui, préparé comme le Concombre, lui est, à notre avis, bien préférable. Les auteurs qui en ont parlé avant nous expriment la même opinion.

M. Naudin, dans les Annales des sciences naturelles , 4e série, tome XII, cahier n° 2, page 9, nous apprend que le B. cerifera est un des légumes classiques et les plus estimés de l’Asie austro-orientale, et particulièrement de la Chine. Il cite Loureiro, qui, parmi toutes

Fig. il. — Bénincasa cérifère ( Benincasa cerifera Savi).

les Courges, n’en connaît pas de plus salubre ni de plus propre à servir d’aliment. Son introduction en Europe, dit encore M. Naudin , remonte à près d’un demi-siècle, et cependant c’est à peine s’il est connu, hors de quelques jardins botaniques. Le volume de son fruit, qui est celui d’une petite Citrouille, quelquefois beaucoup plus gros, sa conservation facile pendant plusieurs mois et quelquefois même pendant toute une année, l’excellence de sa chair et, enfin, la facilité de sa culture, auraient dû depuis longtemps le faire admettre dans les potagers. On s explique difficilement l’oubli dans lequel on l’a laissé. Ce (ruil est remarquable par l’abondante exsuda-

BÉNINCASA CÉRIFËRE

tion cireuse el pulvérulente dont il se couvre à l’époque de la maturité et qui se continue bien longtemps encore après qu’il a été cueilli.

« Je ne connais jusqu’ici, dit M. Naudin, que deux variétés de Bénincasa, et encore très peu différentes l’une de l’autre. La première, qui est celle des nos jardins botaniques, se reconnaît à ses fruits cylindriques, longs de 0'“,25 à 0m,40. Le plus bel échantillon que j’en ai vu avait été envoyé d’Alger à l’Exposition universelle de 1855 ; il mesurait près de 0m,60 de longueur sur 0m,20 à 0m,25 d’épaisseur. La seconde variété, arrivée récemment de la Chine, s’en distingue par des fruits simplement ovoïdes, pins courts et en même temps plus gros. Peut-être aussi la sécrétion en est-elle moins abondante. »

MM. J. Monnier et C°, dans leur livre intitulé: Les Plantes potagères , disent que le Bénincasa est resté longtemps dans l’oubli, mais qu’introduit de nouveau depuis quelques années par la Société d 'Acclimatation, il semble avoir repris, sinon quelque vogue, du moins la place qu’il mérite parmi les plantes potagères... Il a beaucoup d’analogie avec le Concombre et est préféré à ce dernier par de nombreux amateurs à cause de sa chair plus légère et de sa saveur moins prononcée.

Selon Thomas A.-C. Firminger, le Bénincasa est une très grosse et très belle Courge ovoïde (1), qui semble couverte d’une fleur cireuse d’un blanc pâle et verdâtre^ Il ne sait pas si les Européens en mangent beaucoup, mais les indigènes en font une grande consommation. Elle est d’un très agréable effet sur les chaumières, où l’on peut souvent la remarquer dans la situation la plus exposée et la moins protégée. Lorsque j’ai voulu savoir,

(1) Il s’agit ici sans doute de la variété chinoise.

dit-il, si ses fruits n’étaient pas en danger d'être fréquemment dérobés, il m’a été assuré que d’autres fruits en pareille situation seraient assez vraisemblablement volés, mais que le Bénincasa jouissait d’un respect spécial par certaines considérations religieuses qui lui valaient une parfaite sécurité.

Au Bengale, on sème ses graines pendant les pluies et le légume est consommé dans la saison froide.

Le Bénincasa est, selon nous, digne de l'attention des amateurs. Le 20 octobre 1882, nous adressant à la Société nationale d’Horlicullure, nous disions (1): Les fruits du Bénincasa, noués sous le verre, sont toujours très beaux, tandis que ceux qui reçoivent la pluie et qui sont soumis aux influencés atmosphériques sont toujours tachés, déformés. 11 n’est donc pas douteux que la plante ne doive être cultivée de préférence dans les régions du Melon de pleine terre. Et, d’ailleurs, ce ne pourrait être ici qu’une plante d’amateur. On n’obtient sous un panneau que trois fruits, dont la valeur vénale ne saurait égaler celle de Cantaloups, qui auraient occupé la même place.

C’est donc au delà de la Loire qu’il serait avantageux de cultiver le Bénincasa. Ses fruits se conservent aisément tout l’hiver, Aoyagentbien et pourraient se vendre à Paris à un prix modéré et rémunérateur.

M. Charles Naudin nous a envoyé, en 1888, une charmante petite variété de l’Inde, dont la forme est à peu près sphérique; son défaut est de ne fournir qu’une très faible quantité de chair comestible.

(1} Journal de la Société nationale d' Horticulture de France , 3° série, 1882, t. IV, p. 720.

BOLBOI

BOLBOI

Leopoldia II olzmanni, Heldr.

Fam. des Lili.acées.

M. de Heldreich, dans un ouvrage intitulé : Les Plantes utiles delà Grèce , montre l’importance que les plantes comestibles spontanées occupent dans l'alimentation du peuple grec.

« Les jeunes nombreux et rigoureux de l’Église grecque orthodoxe, pendant lesquels on ne peut manger ni viande, ni quoique ce soit d’animal, comme lait, beurre, fromage, œufs, etc., ni poisson à certains jours, ni même d’huile, obligent le peuple grec à recourir souvent tà une nourriture purement végétale, qui chez lui, plus peut-être que chez aucun autre peuple, joue le rôle principal dans le ménage.

« En été et en automne, les fruits de toute espèce, surtout ceux des Cucurbi lacées ; en hiver et au printemps, les légumes et les herbes sauvages sont les aliments dominants. Cependant, les Olives, les Oignons et l’Ail composent, à vrai dire, en toute saison, le fond du repas frugal de la classe ouvrière et du peuple économe des campagnes. Comme ce sont ces deux classes qui observent le plus rigoureusement les jeûnes, et que la culture potagère ne se rencontre que dans les jardins voisins des grandes villes et est presque entièrement inconnue dans l’intérieur du pays, les plantes spontanées surtout servent de nourriture.

« En hiver et au printemps, principalement les dimanches et les jours de fête, c’est une occupation générale pour les femmes et les enfants de recueillir cl d’arracher

ces plantes clans les blés eldans les jachères, quand elles sont encore jeunes et tendres. Cuites à l’eau, ou le plus souvent simplement échaudées et préparées avec du jus de Citron, du sel et de l’huile, comme autrefois chez les anciens, et sans celte dernière les jours de grands jeûnes, elles forment une véritable nourriture sur la table du frugal paysan et non une simple nourriture.

« Ordinairement, le plat consiste en un mélange panaché de plusieurs sortes de ces herbes, ou en une seule espèce, selon les circonstances.

« En outre, on mange crues, en salade ou même sans aucun assaisonnement, beaucoup d’autres de ces herbes. »

Le Leopoldia Holzmanni est, paraît-il, très recherché du peuple grec. Cette plante peut à peine être distinguée botaniquement du Mascari comosum , mauvaise herbe de nos champs ; elle n’a été cultivée par notre jardinier que par obéissance et avec une grande répugnance.

M. de Ileldreich nous donnait, l’hiver dernier, sur ce singulier aliment les renseignements que voici :

« Vous avez vu, dans ma petite monographie du genre Leopoldia ( Bellevalia ), que nous avons en Grèce un assez grand nombre d’espèces qui ont toutes plus ou moins d’affinité avec le Bellevalia comosa ( Hyacin thus comosus JL). , très commun en Europe et que vous connaissez bien. L’espèce la plus commune de la flore grecque est le L. Holzmanni Heldr., mais les bulbes de toutes les espèces se ressemblent beaucoup et le peuple ne les distingue pas; il les appelle collectivement Bolboi ou Borboi (pluriel de Bolbos), et c’est bien sûrement le Bolbos edôdimos, gnôrimos pasin, ou esdiomen, eustomaclius enkoileos purros, etc., de Dioscoride [Mat. med ., lib. 11, cap. 200).

« On ne cullive nulle part les Leopoldia , mais les

BOLBOI

différentes espèces, et surtout le L. Holzmanni , sont si abondantes sur les collines sèches, dans les semis et ailleurs, qu'on en peut ramasser facilement de grandes quantités de bulbes que l’on porte sur les marchés pour les vendre (à Athènes à 20 centimes l’ogat, de 1.250 grammes environ, soit 26 centimes le kilogramme.

« C’est une nourriture très estimée et que l’on regarde (comme le dit déjà Dioscoride) comme très saine et excellente pour l’estomac.

« L’époque où on les mange est le printemps (févriermars), surtout pendant le grand carême avant Pâques. Quant au mode de préparation, il est assez simple. Après avoir nettoyé les bulbes des squames extérieures, on les fait bouillir dans l’eau. Après une bonne cuisson, on fait écouler l’eau et l’on met les bulbes dans le vinaigre avec une certaine quantité de sel. On peut ainsi les conserver assez longtemps, mais ils sont prêts à être mangés déjà après vingt-quatre heures. Après avoir retiré du vinaigre la quantité que l’on veut consommer, on peut les assaisonner avec un peu d’huile d’Olive et du jus de Citron ( ad libitum). On les mange avec du pain dans le carême, ou aussi comme une espèce de hors-d’œuvre avec la viande. Le goût en est toujours un peu amer, mais assez agréable.

« Quant à la culture, j’ai dit qu’ici on ne les cultive pas. On en trouve sauvages de grandes quantités. »

Vivement intéressés par des renseignements d’une telle précision, nous avons prié MM. de Vilmorin de faire venir pour nous une assez grande quantité de bulbes de L. Holzmanni , et ces messieurs les ont demandés au Dr Gennadius, directeur du Jardin botanique d’Athènes, dont l’obligeance leur était bien connue. Celui-ci s’est empressé de leur faire l’envoi, accompagné de celte note : « Le Leopoldia Holzmanni passe pour un aliment

Irès stomachique. Après avoir nettoyé les bulbes, on les trempe dans l’eau pendant quelques heures, puis on les fait bouillir en changeant l’eau une on deux fois, pour leur ôter leur amertume, et on les mange en salade. »

Mis en possession d’une belle provision de bulbes, nous en avons planté la plus grande partie. Ils n’ont pas donné signe de vie l’année de leur plantation parce que leur végétation avait commencé en Grèce.

En 1890, la plante s’est bien développée ; mais notre jardinier, dans son horreur des mauvaises herbes, en a supprimé beaucoup.

La dégustation du Leopoldia Holzmanni ne lui a d’ailleurs pas été favorable. C’est un aliment trop amer. Peut-être ne Pavons-nous pas préparé avec les précautions voulues. Il est certain que les bulbes de celte plante rendent de grands services au peuple grec. On pourrait donc essayer d’utiliser son congénère, le Muscari comosum , si abondant dans nos moissons.

Il serait agréable de se débarrasser d’un ennemi en le mangeant.

BOUSSINGAULTIE

Boüssingaültia baselloides Kunlh.

Farn. des Salsolacécs.

Appareil souterrain très développé, llacines peu nombreuses, fibreuses et charnues. Tubercules abondants, agglomérés et rameux, de forme allongée, irréguliers, pourvus, sur toute leur étendue, d’une quantité de bourgeons souterrains plus ou moins allongés, qui leur

BOUSSIXGAULTIE

donnent une forme irrégulière, et comme hérissés de grosses pointes. Extérieurement d’un gris terreux noir, l’intérieur est homogène, d'un tissu très blanc, abondant en mucilage épais et filant. Les tiges, rameuses et longues, atteignent jusqu’à 10 mètres d’étendue ; elles sont déliées, grêles, feuillées et ne se soutiennent qu’à l’aide d’un support; couchées sur terre, elles s’enracinent facilement; les feuilles sont abondantes et charnues. La plante fleurit et ne fructifie pas, quelque bien exposée qu’elle soit.

La Boussingaultie est originaire du Mexique et du Chili.

Celte plante peut avoir quelque utilité dans les jardins d’agrément ; mais nous n’avons pas à nous en occuper à ce point de vue.

Nous avons dégusté ses feuilles, apprêtées comme les Epinards ; elles sont à peine mangeables. Les tubercules ne valent pas mieux.

D’après Mérat, leur nature visqueuse et leur saveur désagréable ne permettent pas d’en faire usage comme aliment (1).

D’après Philippar, ils ont une saveur très fade et sont tellement abondants en mucilage, même après la cuisson, qu’il est impossible d’en manger (2).

D’après Louis Tellière, lors de l’introduction du Boussingaullia base/loides dans notre pays, on avait pensé que l’on pouvait manger ses feuilles comme celles des Epinards et ses tubercules comme les Pommes de terre ; mais bientôt on reconnut que ni les unes ni les

(1) Notice sur Us tubercules proposés pour remplacer la Pomme cle terre. Librairie agricole de la Maison rustique, rue Jacob, 20.

(2) Notice descriptive, culturale et économique sur deux plantes tuberculeuses Bull, de la Soc. d' Agriculture, 2° série, t. IV, p. 425, 1848).

autres ne pouvaient servir d’aliment, les feuilles étant très sûres et grasses, et les tubercules étant mous et gluants. J’ai mangé, dit-il, des feuilles et des tubercules, et j’avoue que c’est très mauvais (1).

Ces témoignages prouvent suffisamment que la Boussingaul lie n’a droit à aucune place dans le potager, et, par celte raison même, elle nous fournit un sujet de méditation.

Comment se fait-il que, pour remplacer la Pomme de terre, on ait proposé des plantes sans valeur aucune?

Comment a-t-on pu croire un instant que le Dahlia, l’Apios , la Boussingaultie, la Picoliane, l’Olluco, la Poire deterreCochet, pourraient remplacera Pomme de terre?

Parmi ces plantes, les unes se refusent à toute culture, les autres sont immangeables. Les chercheurs de plantes nouvelles sont-ils donc invinciblement enclins à toutes les illusions?

Instruits par leur exemple, nous nous promettons de ne pas céder aux mêmes entraînements que nos devanciers. Le pourrons-nous ?

CAMASSIE COMESTIBLE

Camassia esculenta Lindl.; [Anthericum esculenlum Spr.; Phalangium esculentum Nutt.; Phalangium Quamash Pursh ; Scilla esculenta Sims.). — Flore des serres, 3, 275; Botanical Register , t. 1486; Bot. Mag., t. 1574 et 2774.

Fam. des Lilicicées.

Celle plante tire son nom générique du nom américain Quamash ou C amas h , que porte l’espèce type dans son pays natal.

(1) Boussincjaullia baselloides (Revue horticole, 18G9, p. 419).

CAMASSIE COMESTIBLE

Bulbe moyen, ovoïde, lisse, brun ; feuilles linéaires, pliées en gouttière, d’un beau vert ; hampe de 3 à 5 décimètres, dressée, portant de nombreuses fleurs disposées en grappe allongée, et accompagnées d’une bractée scarieuse ; fleurs bleu violacé dans une variété, blanches dans une autre. Périanlbe à six divisions linéaires lancéolées ; ovaire arrondi, triquêtre, surmonté d’un style plus long que les étamines, terminé par un stigmate trifide.

Fig. 12. — Camassie ( Camassia esculenla Lindl.).

Celte belle plante est digne de figurer dans nos jardins comme plante d’ornement ; elle rappelle un peu par son port le Lis de Saint-Bruno. Elle est originaire du nord-ouest de l’Amérique septentrionale, dans les vallées rocheuses, le long delà Colombie, etc. Elle fleurit en mai-juin.

« La Camassie, dont le bulbe est bon à manger, peut-être cultivée en pleine terre sous le climat de Paris. » (Jacques, Hérincq et üucbarlre.)

« Les sauvages mangent ses bulbes cuits ; ils les récoltent pour l’hiver et en consomment beaucoup. » {Répertoire des plantes utiles , Duchesne.)

« L’herbe disparaît sous les fleurs du Quamasli dans les prairies des environs d’Oregon-Cily. Les indigènes font une énorme consommation de ses bulbes. » (Renseignement donné par un ancien habitant d’Oregon-Cily.)

« Celte plante n’est pas cultivée dans l’Orégon, du moins dans la partie que j’ai habitée. Les Indiens la recueillent dans les prairies un peu humides, où elle croît en assez grande abondance. » (Extrait d'une lettre que nous avons reçue d’un ancien habitant de l’Orégon.)

« Ramais root or Wild Hyacinth ( Camassia esculenta). Cette racine a la forme d’un Oignon et le volume d’une Noix d’Amérique (Cary a alba). Elle donne une jolie (leur bleue et croît sur les collines rocheuses. On l’arrache en juin et juillet.

« Mangée crue, son goût est agréable et mucilagineux. Bouillie, elle ressemble un peu à la Pomme de terre commune.

« Pour la conserver, les Indiens creusent une fosse et la garnissent de pierres sur lesquelles un feu est allumé. Lorsque celles-ci sont suffisamment chauffées, on les nettoie et les racines sont entassées sur elles. On étend d’abord sur le tas de l’herbe ou des brindilles, et finalement on le couvre de terre.

<( Au bout de quelques jours, la fosse est découverte et les racines blanches de la Camassie se sont converties en une masse homogène parfaitement cuite, d’un brun foncé, à peu près de la consistance d’une colle forte molle et aussi sucrée que la mélasse.

« Avec les racines cuites par ce procédé, ou fait souvent, en les brassant et en les pressant, de gros gâteaux qui, légèrement séchés au soleil, deviennent flexibles et souples et ressemblent aux carottes de tabac noir de la marine.

CAMASSIE COMESTIBLE

« Celle préparation n’est pas d’une couleur appétissante, mais sa saveur est douce, mucilagineuse et aussi agréable que celle de la racine fraîche, sauf un léger goût de fumée qu’elle contracte en cuisant.

« Sous cette forme comprimée, la Camassie se maintient plus molle que crue ou simplement cuite, et peut être conservée une année et plus.

« Les racines bouillies dans l’eau produisent une fort bonne mélasse qui est très estimée et dont les diverses tribus font usage les jours de grandes réjouissances. Les Indiens du cap Flattery, les Nez-Percés d’Idaho et ceux de Pill-lliver, en Californie, sont les plus grands consommateurs de cet aliment, sous le nom de racine de Camass (Camass-rool) » (1).

« Il y a huit jours, tandis que je campais à Deer-Park, sur le Power Arrow lake (développement dé la rivière Columbia), j’eus l’occasion d’être témoin de la manière dont les Indiens cuisent le Camassia esculenta. Cette espèce de Camassie est très abondante le long de la rivière Columbia, entre les Upper and Lower Arrow lakes, y fleurissant pendant les premières semaines de mai.

a Les Indiens recueillent les bulbes avant que la graine soit complètement mûre; ils considèrent cette époque comme la meilleure. Les individus dont je parle en avaient au moins de vingt à vingt-cinq boisseaux (bushels).

« Pendant deux ou trois jours, avant que la cuisson fut commencée, les femmes furent occupées à couper et apporter au camp des branches d’Aulne et d’Érable ( Alnus rubra et Acer glabrum). Plusieurs bottes des larges feuilles de Lysichilon kamchatcense (Skunk cab-

(1) Extrait du rapport du rommissaire de l'agriculture pour d 87 0 ; Washington, Government pnnlimj office , 1871.

bage) et deux ou I rois de Âlecloriajubata , Lichen semblable à des cheveux noirs, qui croît en quantité sur le Larix occidentale , avaient été apportées en môme temps.

« Tout étant prêt, leshommmes coupèrent un gros Pin, dans le seul but apparentée se procurer ses plus petites branches, car ils ne firent usage d’aucune autre partie ; puis, près du bord du lac, dans un banc de sable, ils creusèrent un trou d’environ 10 pieds carrés et de 2 pieds de profondeur, qu’ils remplirent de branches de Pin cassées ; par-dessus, ils empilèrent plusieurs cordes de Cèdre et de Pin séchés, qu’ils recouvrirent de petits cailloux ; alors le feu fut mis au tas à plusieurs endroits et il fut abandonné à lui-même pendant plusieurs heures. Quand les Indiens y revinrent, les pierres brûlantes gisaient dans une masse de cendre. Ils enlevèrent les quelques morceaux de bois non brûlés (pii restaient près des bords et les femmes, avec des bêches de bois, tirent sur les côtés du tas une levée de sable en en jetant assez sur les pierres pour remplir toutes les petites crevasses, par lesquelles une langue de tlamme pouvait s’élancer des charbons qui brûlaient encore sous les pierres. Alors, le tout fut couvert d’une épaisseur d’un pied ou plus de branches d’Erable et d’Aulne, après quelles eurent été bien piélinées. Ou plaça par-dessus les larges feuilles du Skunk cabbage, jusqu’à ce que toutes les fentes fussent bouchées. On étendit des plaques d’écorce de Tamarac sur la masse restée fumante et on plaça les bulbes dessus. Il y en avait à peu près une moitié dans des paniers d’écorce fermés, chacun contenant à peu près un boisseau et demi. Ils furent portés au centre du tas ou bûcher. Le Lichen dont j’ai parlé fut alors placé sur l’écorce non occupée, après avoir été bien lavé, et les

GAMASSIE COMESTIBLE

bulbes qui restaient furent répandus dessus. Le tout fut alors couvert de nouveau de branches et de feuilles, et l’on fit un toit de plaques d’écorce sur lequel on jeta deux ou trois pouces de sable. Par-dessus le tout on amoncela les matériaux pour un autre feu plus considérable que le premier, on l’alluma tout juste au coucher du soleil et il continua de brûler toute la nuit.

a Le lendemain, notre camp fut éloigné et je ne pus pas voir le résultat du travail de la journée. Un Indien qui pouvait parler un peu l’anglais me dit cependant que le four aurait un jour pour refroidir et que, quand on l’ouvrirait, les bulbes des paniers seraient convertis en farine dont on pourrait faire du pain, tandis que ceux mêlés au Lichen se seraient unis à lui et formeraient une substance solide, ressemblant, comme consistance et comme couleur, à une carotte (plug) noire de tabac que l’on pouvait rompre et qui se gardait bien pendant très longtemps (1).

Culture.

Cette plante est parfaitement rustique, même sous le climat de Paris; dans les départements plus au nord,, il sera cependant plus prudent d’en conserver quelques bulbes sous châssis ou de garantir ceux qu’on a laissés dehors contre les brusques variations de température et l’excès du froid, au moyen d’une couche de feuilles ou de paille.

On plante les bulbes en pleine terre au mois d’août ou septembre, en terre légère.

La floraison a lieu en plein air de mai à juin, et dès

(1) Sur la cuisson du Quamasli, par M. James M. Macoun [Gardai andForesl, vol. IM, 1890, p. 343).

os

le mois de mai pour les bulbes tenus sous verre.

C’est principalement en Hollande, et comme plante ornementale, que se pratique la culture de la Camassie, et la multiplication ne s’y fait jusqu’ici qu’au moyen des caïeux.

En pratiquant la culture de la Camassie comme on le fait en Hollande, on a pu constater :

1° Qu’elle ne présente pas de difficulté et que la plante est tout «à fait rustique sous le climat de Paris;

2° Que la récolte obtenue tous les deux ans est assez abondante et serait rémunératrice dès que l'excellente matière qu’elle meta la disposition des cuisiniers serait intelligemment employée.

Usages.

En novembre 1880, nous avons reçu 1.200 bulbes de Camassie. Nous en avons planté 750, et nous avons destiné le surplus à des expériences de cuisine, de pâtisserie et de confiserie.

Des tartes confectionnées avec ces bulbes nous ont médiocrement satisfait, mais une pâle sucrée que nous avons présentée à la Société d’Acclimalation était vraiment excellente.

Celle pâle était absolument pure. Elle n’était autre chose que le bulbe cuit, écrasé et additionné de sucre, sans parfum, sans mélange aucun.

Elle constituait un bon spécifique contre la toux, aussi pectoral, aussi adoucissant que la pâte de Guimauve ou que la pâte du Nafé d’Arabie (Gombo). Elle était d’ailleurs beaucoup plus agréable. En voici la formule :

Peler le bulbe avec un couteau d’argent ou d’ivoire ;

CAMASS1E COMESTIBLE

Ne rien laisser qui puisse colorer la pâte ;

Faire cuire à la vapeur entre deux linges;

Broyer au rouleau de bois sur le granit.

Vers ce moment, mettre sur le feu du sucre elle cuire au même point que pour faire du fondant. La quantité de sucre doit être égale à celle de la pâle.

Au moment de travailler le fondant, y joindre la pâte broyée et procéder absolument comme pour tous les fondants.

Mettre en réserve et en disposer au fur et à mesure du besoin.

LaCamassie fournit une matière plus grasse que farineuse, mais d’une saveur si franche et si pure, d’une blancheur si appétissante, qu’elle nous paraît devoir se prêter à maint emploi culinaire. C’est un regret pour nous de n’avoir réussi à faire de la Camassie une ressource pour la table.

Nous n'avons pas à notre disposition l’homme habile qui voudrait bien appliquer son art à créer les sauces, les gelées, les mets (pie lui fourniraient les bulbes.

Les amateurs cultiveront la plante; s’ils ne font pas de ses bulbes une pâte pectorale, ou des tartelettes, ou des entremets sucrés, ils auront du moins au printemps une très jolie fleur de plus dans leurs jardins.

MM. N andin et Mueller signalent, dans le Manuel de V Acclimate ur, le Camassia Fraseri Torr. [Scilla Fraseri. A. Gray) comme produisanlaussi des bulbes comestibles. Cette espèce serait, parait-il, très prolifique. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pu nous procurer que quelques bulbes de celte sorte de Quamas h, et il nous est impossible de nous prononcer sur leur valeur.

Nous avons eu également en notre possession quelques

bulbes dune autre Liliacée, le Calochortus luteus ( Cyclo bothra lutea Lindl.), que les Indiens de l'LItali el de l’Arizona mangent, et que les Américains nomment Wild Sago. Celte espèce, de même que plusieurs autres appartenant h ce genre, est une fort jolie plante; mais elle ne nous a donné aucun résultat au point de vue spécial qui nous occupe.

Enfin, M. le docteur Philippi nous a envoyé du Chili un certain nombre d’oignons de Conanthera bifolia Ruiz el Pavon, el de Cumingia tenella Don, autres Liliacées à bulbes comestibles à peu près sans intérêt.

CANNA COMESTIBLE

Balisier à fécule, Capacho, Achira.

Canna edulis Ker., Roscoe, Monandrian plants of Lhe order Scitamineæ , pl. 5; Bot. Mag., lab. 2498.

Fam. des Scitciminées.

Rhizomes lubéreux, volumineux et féculifères ; tiges de 3 à 4 mètres, arrondies et rougeâtres; feuilles grandes, ovales-lancéolées, à nervures très prononcées; spathe lancéolée aiguë, verte, à bords pourpres; corolle à divisions externes rouge orangé clair, les internes plus foncées.

« Celle espèce est originaire du Pérou, où elle est cultivée comme plante alimentaire. On la nomme souvent Toi oman. »

On extrait de son rhizome une fécule qu’on a appelée

CANNA COMESTIBLE

fécule de Chouchoute , fécule de Toloman , fécule de Tolomane.

Le C. edulis est désigné, à l’île de la Trinité, sous les noms de Toulema ou Tulema (tous les mois). La fécule qu’on extrait est appelée fécule de Tulema (Reuzé, piaules alimentaires, vol. Il, p. 57).

« Un article vendu dans les boutiques sous le nom de Tous les mois présente une très étroite ressemblance, comme qualité et comme aspect, avec Y Arrow-root manufacturé, auquel il est considéré comme supérieur pour l’alimentation des enfants, parce qu’il est moins constipant. Le docteur Lindley suppose qu’il est le produit du Canna edulis. S’il en est ainsi, la plante prospérant parfaitement dans l’Inde, la fabrication en serait extrêmement facile, en procédant comme on le fait pour Y Arrow-root. 11 en serait de même si, comme M. J.-M. Jones le dit (1), il y a une espèce géante d ' Arrow-root (Canna coccinea), dont le produit est connu sous le nom de Tous les mois. » (Firminger, Manual of garclening for Bengal).

« Une sorte d’Arrow-root appelée Tous les mois a été importée en Angleterre de Sain t-K i tts vers l’année 1836, et, comme on a reconnu qu’elle formait un excellent produit alimentaire, on lui a ouvert les marchés nationaux. L’importation en Angleterre s’était faite jusqu’à ce jour exclusivement de Saint-Kilts; mais la plante est maintenant cultivée sur de grandes étendues en Australie » Nicholls et Raoul , Petit traité d' Agriculture tropicale , page 359.

« Je n’ai trouvé dans les étiquettes d’herbier aucune indication sur l’usage alimentaire des racines de Canna et je n’ai aucune idée nette de la distinction des espèces

(1) The naturalist in Bermuda.

72 LE POTAGER ü’UN CURIEUX

dans ce genre très difficile : elles se ressemblent toutes, il y en a dans tonies les parties du monde et l’horticulture ignore leur provenance certaine et a créé des hybrides.

« Je crois que beaucoup de Cannas, tous peut-être, ont le tubercule cuit comestible, au moins la partie nouvelle du tubercule, bourgeon terminal et bourgeons latéraux. Toutefois, il doit y avoir des espèces où le tubercule est un peu plus gros et plus tendre. La culture et le climat doivent influer sur la qualité comestible du tubercule. Eu un sol très fumé, il doit être meilleur et plus gros. Je présume que le climat du Nord est aussi favorable à sa qualité. J’ignore si la qualité marécageuse du sol a une influence.

« Tous les Cannas ont ceci de remarquable, que, quoique originaires de pays chauds, ils croissent facilement l’été, dans nos jardins, y fleurissent en pleine terre (sauf quelques grandes espèces, hautes de 3 mètres, qui ne peuvent fleurir que dans le Midi ou en serre) et, pour la plupart (exceptons les L. liliiflora et iridi fiord), forment un tubercule facile à conserver l’hiver dans une orangerie, une cave ou une serre froide.

« Les petits Cannas ont une élévation de 80 centimètres ou 1 mètre, les grands 3 mètres dans les pays chauds. Le même pays présente souvent plusieurs espèces à 1a. fois. J’en ai vu deux à la Guyane, et en herbier, j’en ai une troisième de ce pays.

Simmonds cite, parmi les Cannas dont le tubercule râpé donne de l’amidon :

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