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CAPUCINE TUBÉREUSE

Il est d'une couleur jaune pâle, bigarrée de lâches sanguines. Sa surface est couverte de mamelons peu saillants.

« On dit que les tubercules de celte plante sont alimentaires dans l’Amérique méridionale. Ici, on n’a pu, jusqu’à présent, en tirer parti. J’ai essayé de les mariner au vinaigre comme les Cornichons, mais sans avoir été satisfait du résultat. Un abonné delà Revue horticole

Fig. 13. — Capucine tubéreuse ( Tropæolum luberosum Ruiz el Pav.).

a eu la même idée et en a apprécié autrement le produit... Que faut-il en conclure? C’est encore apparemment qu’il ne faut pas discuter des goûts, ou bien que mon terrain ne convenait pas à la plante. Notre abonné a laissé mariner ses tubercules pendant trois mois, n’a ajouté aucun assaisonnement, el a trouvé que, « dans cet état, ils offraient une espèce de Cornichons beaucoup plus agréables au goût que les véritables, outre que le vinaigre a acquis un parfum convenable pour servir dans les sauces el dans les salades. »

LE POTAGER ü’UN CURIEUX.

« La culture ordinaire de la Pomme de terre convient à cette plante, que l’on butte légèrement. Les tubercules commencent seulement à se former en septembre, et l’on ne doit les récolter qu’au dernier moment où l’on peut le faire pour leur éviter l’effet de la gelée. » (Capucine tubéreuse , par Neumann, Rev. hort . , 1845-46, p.17.)

« La Capucine tubéreuse, Trppæolum tuberosum , ou Ysano (prou. Ysagno), est regardée par tout le monde en Europe comme un légume si détestable qu’il n’y a absolument aucun parti à en tirer. En effet, lorsqu’on tire du sol les, tubercules de l’Fsflwo, ils sont d’une âcrelé des plus désagréables, àcrelé qui est accompagnée de l’odeur particulière à toute espèce de Capucine.

« Eh bien ! en Bolivie, on a trouvé le moyen de faire disparaître ces défauts, et on a réussi à faire de Y Ysano, sinon un légume usuel, du moins un légume très comestible.

« La coction ne suffit pas pour produire le résultat désiré; on y joint la congélation.

« C’est donc cuits et gelés que l’on doit manger les tubercules du Tropæolum , et encore faut-il les manger avant qu’ils ne dégèlent, c’est-à-dire croquants. A cet état, je puis affirmer, car j’en ai fait l’essai maintes fois, qu’ils constituent un mets assez agréable.

« Il n’y a guère de jour qu’on ne voie sur le marché de La Paz une ou deux rangées de marchandes qui ne vendent autre chose que ces Ysanos gelés, ou Taïachas , comme on les appelle, qu’elles protègent contre l’action du soleil en les enveloppant d’une étoffe de laine ou de paille. Les femmes de La Paz en sont toutes extrêmement friandes et elles ont l’habitude de les prendre comme rafraîchissement pendant la chaleur du jour, en les trempant dans de la mélasse. » (Note de M. Weddell, Rev. hort., 1852, p. 148.)

CAPUCINE TUBEREUSE

Que les tubercules de Capucine, gelés et trempés clans la mélasse, soient un agréable rafraîchissement pendant les chaleurs de l’été, nous n’avons garde de le contester, mais nous n’espérons pas que nos Françaises se le fassent jamais servir chez Tortoni.

Nous serions donc encore en présence d’un beau tubercule, facilement obtenu, mais sans emploi, si V abonné de la Revue horticole , que cite plus haut Neumann, ne nous enseignait pas l’usage que nous en pouvons foire.

Il y a quelques années déjà, nous avons confit dans le vinaigre les tubercules de la Capucine, et le résultat nous a pleinement satisfaits. Ils ont été dégustés par notre famille et par nos amis, et notre préparation a été unanimement approuvée.

Nous étions loin de croire alors que nous avions été devancés et que trente ans auparavant, X abonné avait confit ces tubercules dans le vinaigre, sans addition d’aucun condiment, et avait fait connaître le succès de sa tentative.

Entre l'opinion défavorable de Neumann et celle de X abonné , nous pouvons donc nous prononcer, et nous le faisons sans hésitation : X abonné a raison, cent fois raison.

Nous devons dire que nous avons préparé les tubercules de Capucine comme toutes nos conserves au vinaigre, en leur adjoignant l’Estragon, la Heur de Sureau et le Piment. Ils teignent le vinaigre en rose, mais cette coloration ne se maintient pas longtemps.

La Capucine tubéreuse, confite dans le vinaigre, conserve, un peu atténuée, la saveur qui lui est propre, et c’est un avantage que ne possèdent pas les légumes qu’on associe habituellement aux Cornichons.

Nous avons proposé (1) une nouvelle composition de Pickles dans laquelle entre à juste titre la Capucine tubéreuse, composition qui comprend :

La Ciboule de Chine ou Oignon Catawissa;

Le Concombre angourie des Antilles ;

Le Miôga, du Japon;

Le Slachys tubéreux {Crosne), de Chine;

La Capucine tubéreuse.

Nous croyons qu'à cette liste on pourra ajouter les jeunes fruits très amers des Momordica Charantia , M. Balsamina et M. muricala; le premier se mange en Chine et Cochinchine, et les deux derniers sont égament comestibles. Le M. murïcata se prépare de diverses façons, àla Réunion, pour la table, et entre dans la composition des Acharts.

Les marchands de comestibles vendent la Capucine tubéreuse pour être employée en hors-d’œuvre.

Dans les dîners qui leur sont commandés, ils la présentent dans les raviers, coupée en rondelles extrêmement minces et assaisonnées, comme le Céleri, avec sel, huile, vinaigre et moutarde.

11 est bon que ce hors-d’œuvre soit préparé quelques heures d’avance.

La culture de la Capucine tubéreuse est des plus simples. On plante ses tubercules au commencement du mois de mai, en pleine terre, à 80 centimètres de distance en tous sens ; on bine la plantation jusqu’au moment où ses liges, en s’étendant sur la terre, la couvrent entièrement. Avant la plantation, nous mettons les tubercules en végétation dans des godets que nous plaçons sous des châssis, comme on le fait pour les

(1) Nouvelle composition de Pickles [Bull, de la Soc. nat. d'Accl, 1883, p. 235).

C Ali VI DE GAIRDNER

Cannas el les Dahlias. Celle pratique nous donne d’excellents résultats.

Les feuilles gèlent avant que les tubercules soient entièrement formés; nous employons à couvrir les plantes, dès le commencement d’octobre, les châssis qui, à celte époque, n’ont plus d’emploi. L’arrachage ne doit se faire que dans le courant de novembre.

Les tubercules des Tropæolum polyphyllum Cavan., et eclule Paxl. des Andes du Chili, sont, dit-on, également comestibles. Enfin, d’après F. Mueller [Select extratropical plants), ceux du T. sessilifolium Pœpp. el Endl., autre espèce chilienne, seraient les plus volumineux et les meilleurs.

Au Brésil et au Paraguay, on mange comme herbe potagère les feuilles et les liges charnues du T. pentaphyllum Lamk.

CARVI DE GAIRDNER Carum Gairdnerii Benth. et Ilook.

Fam. des Ombellifères.

Cetle plante est abondante dans les territoires de Washington, Idaho, dans le sud de la Californie et dans l’Utali. Asa Gray dit que ses racines sont un important article d’alimentation pour les Indiens. Elle est bisannuelle.

« Geyer avait probablement cette plante en vue lorsqu’il parlait d’une Ombellifère comme étant du nombre des mets délicats des Indiens dans l’Orégon. Cette racine, vraiment délicieuse, crève étant bouillie el

montre une substance farineuse, blanche comme la neige, d’une saveur douce comme celle de la crème el possédant quelque peu le parfum du Persil. » (Lindley).

Notre correspondant américain, M. le D1' Havard, nous a envoyé des graines et des racines de celle plante, et, pendant plusieurs années, nous nous sommes livrés à des essais de culture en vue de connaître sa valeur alimentaire.

Malheureusement, les résultats n’ont pas répondu à nos espérances: la plante, très rustique sous le climat de Paris, s’est parfaitement développée; elle a même fleuri et fructifié, et de nombreux semis ont supporté sans souffrir l’hiver 1890-1891 .

Au point de vue pratique, le Carvi de Gairdner ne présente néanmoins aucun intérêt; les racines que nous avons obtenues après deux et même trois années de végétation étaient si peu grosses qu’elles ne nous ont pas paru pouvoir être utilisées.

CHAYOTE, CHRISTOPHINE, CHOUCHOUTE

Vegetable pear (Colonies anglaises). — • Chuchu (Brésil). — Chocho (Jamaïque). — Pipinella, Chayola, Chahiola (Madère).

Seciiium edule Swartz — Cuayota edulis Jacq.

Figures: Jaequin, Amer., II, p, 155. — Descourtilz, Flore des Antilles, tab. 328. — Flora Brasiliensis, II, 4, p. III, tab. XXXV. — Gardeners’ Chronicle, 1865, p. 51. — Le Naturaliste, 1891, p. 170-

Fam. des Cucurbitacées.

Plante originaire du Mexique, à souche tubéreuse, vivace, à tiges demi-ligneuses, grimpantes, portant des feuilles quinquélobées. Fleurs verdâtres ou jaunes, les

Fig. 14. — Chayote (Sechium edulc Swartz).

A, Rameau. — B, Fleur femelle. — C, Fleur mâle. — L>, Fruit.

CHAYOTE

unes mâles, les autres femelles, sur uu même pied . Fruit en forme de Poire, de O"1, 10 à 0m,15 de longueur, ne renfermant qu’une seule graine, à surface munie de poils raides, et de couleur verdâtre ou blanc-crème. 11 en existe deux variétés bien distinctes : l’une à fleur et à fruit d’un vert pâle, l’autre à fleur et à fruit de couleur blanc-crème. Le fruit de celle dernière variété est aussi plus gros.

D’après Macfadyen Flora of Jamaica, vol. II, p. 141), la variété blanche est la plus délicate; additionné de jus de citron et de sucre, ce fruit sert à faire d’excellentes tories; la racine convenablement préparée est très saine et très agréable au goût.

Lunan (, H or tus jamaiccnsis , vol. 1, p. 182) dit que le fruit de la Chayote est un légume sain et agréable, mais qu’il est beaucoup amélioré par le jus de Citron. Préparé avec du jus de Citron et du sucre, c’est un excellent succédané de la marmelade de Pommes. Les grosses racines bouillies ou rôties sont farineuses et saines.

Lowe [Flora of Madeira , vol. 11, p. 292) parle en ces termes du Sechium edule : « C’est un légume favori, très estimé. Il ressemble à une jeune Courge plutôt qu’à un Concombre; mais, lorsqu’il est mûr, il est plus ferme et de consistance plus farineuse, avec une saveur de Noix. La variété à gros fruit, de couleur crème ou blanche , a meilleure apparence , mais elle est considérée comme de moins bonne qualité que la variété verte. »

Nous avons cultivé celle plante qui a poussé vigoureusement sans donner de fruits; mais, si la culture de Ja Chayote est impraticable dans le centre de la France, elle donne de bons résultats dans la région méditerranéenne. Cultivée à bonne exposition méridionale, la

CUERVIS

plante prend un grand développement el produit des fruits abondants.

Depuis un certain nombre d’années, quelques marchands de comestibles, et notamment M. Hédiard, vendent des Chayotes pendant l’hiver; mais le prix en est encore très élevé, et cet excellent fruit ne deviendra populaire que le jour où des cultivateurs intelligents en entreprendront la culture, sur une large échelle, dans noire colonie d’Algérie. La Chayote se conserve fort longtemps et peut voyager loin; ce serait un excellent objet de commerce qui trouverait de faciles débouchés. Préparée à la sauce blanche ou comme les Gardons, c’est un excellent mets. Vendue à un prix abordable, elle prendrait rapidement une place importante parmi nos trop rares légumes d’hiver.

La multiplication de la plante se fait en plantant le fruit entier. On peut faire grimper les tiges sur des treillages, mais on peut aussi les laisser s’étendre sur le sol, comme celles des Courges ordinaires.

CHERVIS

Berle des potagers, Chirouis, Girole.

Sium Sisarum Lin.

Fam. des Ombellifères.

Plante vivace à racines tubéreuses, fusiformes, fas ciculées , longues d’environ 0"',20, charnues, roussâtres à l’extérieur, blanches intérieurement. Tiges cylindriques, hautes de 0,M , 30, rappelant celles du Panais; feuilles

LE POTAGER û’UN CURIEUX

pennaliséquées, celles du sommet à 3 segments oblongsaigus, dentelés; involucre à 5 folioles réfléchies ; (leurs petites, blanches, ayant un calice à limbe denticulé ou presque nul. Fleurit en juillet-août.

Jacques et Ilérincq assignent à l'introduction de celte plante en Europe la date de 1548. Elle serait venue de la Chine. On a dit cependant que le Chervis était une des plantes alimentaires des anciens. M. Édouard Martens est loin de l'affirmer (1). Poirel ne le met pas en doute : « Pline, dit-il, nous apprend que l’empereur Tibère, durant son séjour en Allemagne, trouva les racines de Chervis si délicieuses qu’il en exigea chaque année une certaine quantité en forme de tribut; » mais A. Dupuis, après avoir cité Poiret, ajoute : « Il paraît que le Chervis des anciens n'est autre que le Panais. » Dans son ouvrage sur l’origine des plantes cultivées (2), M. Alph. de Candolle fait une élude approfondie delà question, mais sans la résoudre. Nous y renvoyons le lecteur.

Nous avons essayé, à diverses reprises, la culture du Chervis, et nous devons avouer que nous n'avons pas obtenu ces racines tendres et délicates qui faisaient les délices de nos pères. Nous sommes disposés à croire que nous avons été malhabiles et que nous n’avons pas su cultiver le Sium Sisarum.

Dans notre opuscule intitulé : Nouveaux légumes d'hiver (3). nous disions: Le Chervis n’est plus guère connu que de nom dans la région de Paris et dans le

(1) Les plantes alimentaires des anciens, par Edouard Martens (Rev. de l'instruction publique en Belgique, nouvelle série, t. 1).

(2) Origine des plantes cultivées, par Alph. de Candolle; Paris, Germer, Baillière et Cic, 1883.

(3) A. Pai 1 lieu x et D. Bois. Nouveaux légumes d'hiver, expéiences d étiolement pratiquées en chambre obscure. Paris, 1879.

CI1ERVIS

nord de la France. Il était autrefois très estimé et généralement cultivé. On s’en est déshabitué; mais les amateurs des jardins lui rendront peut-être une place dans le potager, lorsqu’ils apprendront que ses racines se prêtent à deux usages très différents. Ce sera encore une culture à deux tins.

En effet, ses pousses étiolées donnent une salade

Chervis ( Sium Sisarum Lin).

Fig. 15. — Port de la plante. Fig. 16. — Racines.

aromatique, d’une saveur agréable, qui peut être mangée avec ou sans mélange. C’est une acquisition intéressante. On reviendrait aussi à la préparation des racines de Chervis, comme la pratiquaient nos pères, et l’on nous permettra de reproduire ici une recette de l’an 1656.

L’auteur des Délices de la campagne disait : « Cette racine est si délicate qu’elle ne veut presque qu’entrer dans l’eau chaude pour ôter sa peau; puis on la frit, l’ayant poudrée de farine et trempée dans la pâte comme

LE POTAGER d’ü'N CURIEUX

la Scorsonère. Le jus d’Orange est sa vraie sauce. Si, étant cuite et pelée, vous la mangez au beurre, à la sauce tournée ou d’Allemagne, ou bien à l’huile, en salade avec du Cerfeuil d’Espagne, au temps qu’il commence à pousser sa feuille, c’est un manger délicat et friand. »

La Corolle, le Panais, le Céleri ont produit de nombreuses variétés ; il n’en est pas de môme du Chervis. Il est immuable depuis son introduction, c’est-à-dire depuis environ trois cent quarante ans. Peut-être a-t-il dégénéré.

Sa culture était générale autrefois ; ses racines figuraient sur les meilleures tables, et Linné rapporte que, de sou temps, on le cultivait dans presque tous les jardins. Grandeur et décadence ! Quelle peut être la cause de l’oubli dans lequel il est tombé?

Nous serions mal venus à enseigner la culture du Chervis après avoir avoué que nous l’avons sans doutemal faite. Nous la décrirons d’après Mm0 Aglaé Adanson :

« Le Chervis demande une terre franche, douce et profonde. On le sème clair au 1er mars, dans une terre nouvellement bêchée, en planches de cinq rayons profonds de 0m,04, qu’on recouvre au râteau. Lorsque le plant est assez fort, on l’éclaircit à 0m,10 de distance ; on le sarcle, on le serfouit, et on l’arrose de temps en temps. 11 est bon à manger depuis novembre jusqu’au moment où il monte. Quoiqu’il soit vivace, on fera bien de le renouveler chaque année ; il sera beaucoup meilleur. »

Selon Mmo Adanson, la durée germinative de sa graine est de quatre ans et, selon M. Vilmorin, elle n’est que de trois ans.

Nous conseillons de cultiver le Chervis ; c’est un

CI1ERV1S

légume d’une saveur excellente, qu’on obtiendrait, semble-t-il, abondant et tendre par une culture attentive.

Publications à consulter :

Note sur le Cherois , par M. le docteur Sacc [Bull, de la Soc. d ’ Acc lima talion , vol. II, 1855, p. 561).

Le Cherois, par M. Huzard (Bull, de la Soc. nationale d’Hort. de France , 2e série, 1856, vol. II, p. 147).

Cherois. Note, par M. A. Dupuis (Beo. horticole , 2e série, 1856, vol. V, p. 302).

Une autre Ombellilere, le Thiguarm sicula Parla tore (Athamantha sicula h., non Ucria), originaire de la Sicile, donne une racine charnue, rappelant par sa forme celle du Salsifis et ayant une saveur aromatique assez comparable à celle du Panais. Nous avons cultivé la plante de graines que M. Todaro, directeur du Jardin botanique de Païenne, nous avait obligeamment envoyées.

La culture du Tinguarra ne présente aucune difficulté, mais ce n’est que la deuxième année après le semis qu’on a des racines assez grossses pour être utilisées. Nous avons récolté de nombreuses graines, mais il ne nous semble pas qu’il y ait intérêt à propager celle plante dans les jardins.

CHUCKLUSA

Peucedanüm Canbyi Coulter et Rose.

Fam. des Ombellifères.

M. Meehan, de Philadelphie, nous a adressé, en 1894, des tubercules de cette plante. C’est le Chucklusa des Indiens Spokane. La lige atteint de 10 à 25 centimètres de hauteur; les tubercules sont globuleux et mesurent de 6 à 12 lignes de diamètre. D’après Coulter et Pose, Révision of north American Umbelliferæ , p. 56, le Chucklusa est, après le Quamash (Camassia esculenla), la plante alimentaire la plus importante dans la région où elle croît à l’état spontané.

M. Meehan avait joint à son envoi deux autres espèces d e Peucedcmum, savoir :

1° le P. farinosum Geyer, ou Tuhuha des Indiens Spokane ;

2° le P. ambiguum Nuit.

Nous avons cultivé ces plantes en pleine terre en les abritant avec des coffres vitrés pendant l’hiver; elles ont fleuri au mois de février, en 1895 et 1896, et ont même fructifié ; mais nous avons reconnu, comme pour le Bunium incrassatum , d’Algérie, qu’il s’agit là de plantes que l’on ne peut utiliser que là où il est possible de les récolter à l’état sauvage et en quantité suffisante. Soumises à la culture, il faut' attendre un temps trop long pour obtenir, par voie de semis, seul procédé de multiplication possible, des tubercules d’un faible volume et sans mérite particulier.

On peut citer encore dans le genre Peuceda?ium, le

CIBOULE CATAWISSA

P. Cous Walson, dont les (ubercules féculenLs sont recherchés par les Indiens sous le nom de Cous (Coulter et Rose, loc. cit ., p. 58).

CIBOULE CATAWISSA

Oignon Catawissa.

Allium fistulosum L., var.

Fam. des Liliacées.

Très grande Ciboule, vivace, bulbifère, c’est-à-dire produisant de petites bulbilles au lieu de fleurs, à la manière de l’Oignon Rocambole. Plantées au printemps ou à l’automne, car la plante est parfaitement rustique sous le climat de Paris, ces bulbilles donnent, la première année, des pieds à deux ou trois liges surmontées de bulbilles qui, à peine constituées, développent ellesmêmes des tiges nouvelles couronnées de nouvelles bulbilles, lesquelles donnent très fréquemment naissance à un troisième étage de pousses, le tout s’élevant de 0m,75 à 0m,80.

Après un an ou deux ans, la végétation se modifie. Les touffes deviennent très vigoureuses, se composant de vingt à trente montants, dont chacun porte dix à vingt bulbilles, mais développant beaucoup moins souvent des tiges secondaires.

Le goût des bulbes et des pousses est à peu près celui de la Ciboule commune. Les bulbilles peuvent aussi être consommées, après en avoir cependant enlevé la

première enveloppe, qui est très dure (Vilmorin-Andrieux et Cic).

L’Oignon Calawissa a été considéré jusqu’ici comme étant d’origine américaine, mais tout récemment, en parcourant le livre du docteur E. Brelsclmeider, intitulé: Early europecin researches into the Flora of China,

Fig. 17. — Ciboule Catawissa [Allium fislulosum). Port de la plante.

nous avons eu la satisfaction de découvrir sa véritablepatrie.

Un Français, nommé Louis Le Comte, jésuite, missionnaire en Cliiue eu 1687, publia à Paris, en 1696, un ouvrage en deux volumes, intitulé : Nouveaux mémoires sur l'état de la Chine.

L’auteur, né en 1655, mourait h Bordeaux, en 1729.

Le Comte parle (I, 178) d’un Oignon chinois particulier dans les termes suivants : « J’y ai vu une espèce d’Oignon qui ne vient point de graine comme ceux

CIBOULE CATAWISSA

d’Europe, mais, h la fin de la saison, on voit sortir de pelils filaments sur la pointe ou sur la tige des feuilles,

Fig. 18. — Plante entière. Fig. 19. — Inflorescence.

au milieu desquelles se forme un Oignon semblable à celui qui germe dans la terre. Ce petit Oignon pousse avec le temps des feuilles comme celles qui le soutiennent, de manière néanmoins que leur grosseur et leur

hauteur diminuent à mesure qu’ils s’éloignent de la terre. »

Celle description ne serait sans doute pas suffisamment probante, si le docteur Bretschneider n’ajoutait ce qui suit : « Cet Oignon paraît être celui qui avait été décrit sous le nom de Loutz’tsung (Oignon poussant en étages), dans le Kiu huant] pen ts'ao , publié à la fin du xivc siècle. On y trouve aussi une bonne figure. La description porte qu’au sommet des feuilles poussent de quatre à cinq petits Oignons, et que sur ceux-ci d’autres Oignons se produisent encore, formant ainsi de trois à quatre élages. Ces Oignons ne donnent pas de graines... »

L’Oignon Catawissa a été importé d’Amérique par M. A. deLentilhac aîné, et mis en vente par M. Gagnaire fils aîné, horticulteur à Bergerac. Nous l’avons cultivé dès qu’il a été introduit et nous dirons plus loin ce que nous en pensons. M. Gagnaire s’exprime ainsi dans la Revue horticole , année 1875, page 57 : « Personne n’ignore quel'Oignon qui se mange en vert au printemps, à Paris comme en province, est, d’un côté, le résultat des semis que les jardiniers exécutent dans le courant du mois d’août, tandis que, de l’autre, et notamment dans notre région, l Oignonvertestoblenu en mettant en terre, en septembre et octobre, des bulbes impropres à la consommation, qui, au printemps, émettent trois ou quatre liges vertes, quelquefois plus, que l’on détache de la souche selon les besoins de la maison ou de la vente.

« Quels que soient les moyens employés, il n’en reste pas moins avéré qu’il faul semer, repiquer et planter annuellement à l’automne l’Oignon que l’on veut consommer en vert au printemps; et si, d’un autre côté, il s’agit d’obtenir au jardin du petit Oignon pour confire, je n’ai pasàdire les soins que ce travail exige,

CIBOULE CATAWISSA

sans compter qu'il n’est pas toujours facile d’arriver à des résultats satisfaisants. Or, avec l’Oignon Catawissa, ces inconvénients disparaissent, puisqu’il possède la faculté de donnera chaque printemps, et pendant trois ou quatre ans, des Oignons verts en abondance, en été des bulbilles en quantité pour confire, et qu’il ne demande d’autre culture que celle que je vais signaler.

« L’Oignon Catawissa est une plante potagère, à souche vivace, émettant à la base, au printemps, de vingt à trente tiges, grosses comme des Poireaux, longues, tendres et excellentes à manger en vert ; plus précoce d'une quinzaine de jours ou même d’un mois que les Oignons plantés à l’automne. On le multiple de bulbilles que l’on met en place depuis le mois d’octobre jusqu’en février et que l’on traite de la manière suivante:

« Le terrain destiné à l’Oignon Catawissa ayant été travaillé et copieusement amendé préalablement à l’aide d’une forte couche de fumier ou d’engrais, on trace au cordeau plusieurs sillons espacés de 0m,40 cà 0m,50 chacun, dans lesquels on place les bulbilles, que l’on distance également de 0m,40 à 0"’,50 les unes des autres. Cette distance, de laquelle on peut tirer aisément parti la première année en cultivant entre les rangs des Chicorées, des Laitues, des Carottes, etc. , est indispensable par la suite à cause du développement que ne manquent pas de prendre les souches à la deuxième année de plantation. Les bulbilles mises en terre d’octobre à février pousseront vigoureusement au printemps, mais elles ne donneront cette première année qu’une seule lige, que l’on maintiendra à l’aide d’un petit tuteur. Dans le courant de l’été, celle lige produira au sommet un ou deux étages de bulbilles que l’on utilisera pour la plantation, ou desquelles on tire

parti en les confisant au vinaigre, à la manière des Cornichons.

« La seconde année est celle de la première récolte. Dès la fin de février jusqu’à la fin d’avril, quelquefois* même jusqu’en mai, à la place des bulbilles que l’on a plantées l’année précédente, on trouve une touffe d’Oignons verts, gros comme des Poireaux, contenant de vingt à trente tiges d’une saveur et d’une qualité qui ne le cèdent en rien aux meilleurs Oignons cultivés; et comme avec cent touffes d’Oignons Cataxvissa un ménage ordinaire ne consommera pas, au printemps, les tiges* vertes qu’elles fournissent, cellesqui reslenlaux pieds se développent, atteignent une hauteur de 0m,80 à 1 mètre et se couronnent au sommet, en été, d’un ou deux étages de bulbilles que l’on utilisera comme je l’ai indiqué ci-dessus.

« A partir de ce moment les touffes d’Oignons Calawissa produiront pendant deux, trois ou même quatre ans, et à chaque printemps, des tiges en abondance, en été des bulbilles en quantité, et cela sans antres soins que quelques binages appliqués pendant le cours de la végétation et un bon labour au printemps, un peu avant l’apparition des tiges.

« L’Oignon Gatawissa est d’une rusticité sans égale, puisqu'il supporte sans altération 20 à 30 degrés audessous de zéro. »

La note de M. Gagnaire est suivie de quelques observations de M. Carrière, qui a reconnu que l’Oignon Gatawissa est absolument distinct de l’Oignon Rocambole, ce qui était contesté.

Nous n’ajouterons rien à ce qui précède, relativement a la culture de l’Oignon Catawissa, si ce n’est pour l’approuver. Quanta ses usages, ilenesldont nousnepouvons ni reconnaître, ni nier l’importance. Nous savons qu’il

CLAYTONE PERFOLIÉE

se consommeune certaine quantité d’Oignons verts, mais nous n’en avons jamais mangé et nous n’avons jamais vu personne en manger autour de nous. Nous n'avons même pas eu la pensée d’employer en cet état le Catawissa. Nous ne savons donc pas si ses tiges ont la saveur de l'Oignon commun, mais nous pouvons affirmer avec M. Gagnaire que ses souches sont d’une grande fécondité.

Nous nous bornerons à apprécier le mérite et Futilité de ses bulbilles. L ’Allium chinois a une saveur qui lui est propre et qui n’est précisément ni celle de l’Oignon, ni celle de la Ciboule, ni celle de l’Échalote; c’est ce qui nous en fait conseiller la culture. En effet, les bulbilles du Catawissa, confites dans le vinaigre, sont excellentes et diffèrent de toute préparation analogue.

De plus, la plante est très curieuse.

D’après le baron von Mueller ( Select extratropical plants), 1 'Allium canadense Kalrn. ( Wild Garlic) , espèce originaire de l’Amérique du Nord, pourrait être cultivé ou naturalisé dans les prairies humides à cause de ses bulbilles aériennes qui sont très recherchées pour la préparation de Pickles d’un parfum supérieur.

CLAYTONE PERFOLIÉE

Claytonia perfoliata Willd. ; C. cubensis Bonpl.

Bol. Mag. t. 1336; Belg. Ilort ., 1.58 Fam. des Portulacées.

Plante annuelle. Feuilles sans nervures, celles du sommet opposées, arrondies, soudées par la base de

LE POTAGER D’üiN CURIEUX

manière à former un cornet, les radicales péliolées, ovales rhombiformes; en mars-juin, fleurs blanches, petites, pédicellées, disposées en grappes, les inférieures fasciculées; pétales entiers ou légèrement échancrés.

Nous avons cultivé la Claytone pour avoir le droit d’exprimer sur son compte une opinion personnelle. L’expérience ne lui a pas été défavorable et, cependant,

Fig. 20. — Claytone perfoliée.

nous ne l’avons pas renouvelée, par économie de temps et d’espace.

La Claytone est un bon succédané des Épinards. Comme la plupart des plantes destinées à remplacer ces derniers, elle n’a ni vices ni vertus. Elle appartient d’ailleurs, et c’est tout dire, à l 'innocente famille des Pourpiers. Le mot souligné appartient à la note qu’on va lire ( Revue horticole , 1829-31, vol. 1, p. 337): « La Claytone. plante annuelle, haute de 12 ou 15 pouces,

CLAYTONE PERFOLIÉE

originairedeCuba(l) aété rapportée par M. de Humboldt en 1804 et donnée au Jardin des Plantes de Paris, où elle s’est presque acclimatée, puisqu’elle y lève toute seule dans plusieurs endroits. Plie avait été considérée jusqu’ici comme une plante inutile, ou plutôt on avait négligé de l’examiner, quoique sa succulence et sa tendreté eussent dû la faire soupçonner d’être bonne à manger; d’autant plus qu’elle appartient à la famille innocente des Pourpiers. Néanmoins, depuis vingt-six ans que les botanistes l’avaient vue reparaître à chaque printemps, l'idée ne leur est pas venue de la soumettre à aucune expérience. Il est vrai que l’utilité des plantes ne les occupe guère ; leur science se borne à en compter et mesurer les parties, rien de plus.

« Heureusement, il y a aussi quelques hommes qui examinent les plantes sous d’autres rapports, qui cherchent à les appliquer à nos besoins, sans toutefois négliger la science un peu aride des botanistes. De ce nombre est M. Madiot, directeur de la pépinière de naturalisation du département du Rhône, à Lyon. Il a expérimenté que la Glaytone à feuilles perfoliées est bonne à manger crue en salade, et, cuite, comme l’Oseille ou les Épinards, sous un fricandeau. C’est ce qu’il nous marque par une de ses lettres, du 4 décembre dernier. Il nous dit, de plus, que la graine de cette plante est mangée avec avidité par les petits volatiles.

« La culture de la Claylone n’offre aucune difficulté. On la sème au printemps, très clair, parce qu’elle se ramifie beaucoup dès sa base, sur une planche bien ameublie, bien terreaulée, à bonne exposition. On arrose et on sarcle au besoin ; elle lève et grandit

(1) Le C. perfoliata est originaire de l’Amérique septentrionale; il a été introduit de Vancouver, par Menzies, en 1790.

promptement, se ramifie tellement dès la base, si elle est semée clair, que M. Madiot a compté jusqu’à 63 branches sur un seul pied, susceptibles d’acquérir 15 et 18 pouces de longueur; mais on les coupe à 2 ou 3 pouces de terre avant la floraison complète et il en repousse d’autres que l’on peut couper encore deux ou trois fois. 11 suffit de laisser quelques pieds pour graines. On fait usage des liges, qui sont tendres et succulentes, et des feuilles, qui sont en coquilles ou en oreille, placées à de grandes distances sur les liges. »

Duchesnc dit de la Claytone: Ce légume aqueux et rafraîchissant est mangé comme le Pourpier dans l’Amérique du Sud.

M. Sahut, de Montpellier, Ja considère comme excellente, fournissant un mets d’une saveur plus fine et plus délicate que l’Épinard.

Selon nous, on peut cultiver la Claytone comme tout autre Épinard d’été.

Nous avons cultivé le Claytonia virginica L., espèce vivace originaire de l’Amérique septentrionale, dont le tubercule est, dit-on comestible.

Le C. virginica est une plante assez ornementale; ses fleurs, petites, mais très abondantes et d’un beau rose, se succèdent sans interruption pendant un temps assez long. Au point de vue alimentaire, il est absolument sans intérêt pour nous. Les plantes que nous avons obtenues de graines ne nous ont donné qu’une souche inutilisable même après plusieurs années de culture. Sous notre climat le C. virginica exige en outre un léger abri pendant l’hiver.

CO-BA

CO-BA

Kou ou Kiao, Kiao paï tsaï, Kiao sun.

Hydropyrum latifolicjm Griseb.

Fam. des Graminées.

Celle plante a été découverte, il y a plus de cinquante ans, par Turczaninow, dans la Russie transbaïcalienne, où elle croît à l'état sauvage. Ce botaniste russe l’a nommée d’abord Zizania palustris. On la cultive dans toute la Chine, dans l’eau, comme le Riz, pour ses liges, dont on mange la partie inférieure (de la jeune plante), près des racines, comme légume. À Pékin, la plante atteint une hauteur de 2 mètres.

Celle plante est mentionnée par: Franchet et Savatier, Enumeratio plantarum in japonia crescentium , II, p. 156 ; Dr Mène, Productions végétales du Japon , p. 230 ; Siebold, Synopsis plantarum œconomicarum japoniæ, 1827, 368 ( Graminea makomo frumentum pro farina in provinciis septentrionalibus cultum).

Le Dr Bretsclineider, à l’obligeance duquel nous avons eu tant de fois recours lorsqu’il s’est agi d’avoir des renseignements sur les productions végétales de la Chine, nous a écrit ce qui suit :

« Dans les livres de botanique chinois, celte plante est décrite sous le nom de Kou ou Kiao. \o\r\e Pentsaokang mou (Bretsclineider, Botanicon sinicum, p. 54, chap. XIX, p. 26) ; le Tchi wou ming shi t'ou K'ao (Bot. sinicum , p. 72, chap. XVIII, p. 13).

« Dans le Kin huang pen ts'ao (Bot. sinicum , p. 49)r ancien livre du xivc siècle, que je possède, je trouve un

article sur la culture du Kiao, accompagné d’une figure (feuilles et racines).

« La plante est aussi figurée et décrite dans la botanique japonaise Phonzo zou fou (Franchet et Savatier, loc. cit . , 1, p. 15, chap. XXXIII, p. 21 et 22). La figure n’est pas caractéristique.

« La culture de Y Hydropyrum en Chine est très ancienne. On le mentionne dans les livres classiques. D’après les livres chinois, on cultive cette plante aussi pour ses graines. Ce n’est pas le cas à Pékin, où on ne la cultive que pour ses jeunes tiges comestibles. Son nom vulgaire à Pékin est Kiao paï tsaï (Chou de Kiao). Ce légume est aussi connu sous le nom de Kiao sim (jeunes pousses de Kiao). »

Sous le litre de On a Chinese culinary vegetable , M. II. -F. Dance a publié, dans le Journal of Botany (année 1872, p. 140), l’intéressante note dont nous donnons ci-après la traduction :

« Parmi les légumes estimés chez les natifs, il y en a un appelé par eux Kan sun , et connu par les Européens qui ne le rejettent pas, comme quelques-uns le font, parla seule raison qu'il est chinois, sous le nom de Cane-Shoots (rejetons de Canne).

« Il est apporléau marché en morceaux cylindriques, blancs, de 2 pouces et demi à 3 pouces et demi de longueur et de 1 à 1 pouce et demi de diamètre. Il est atténué vers le haut en pointe conique, entouré et surmonté par les feuilles et le chaume, dont on le détache sans peine.

« Le goût du Shoot cru rappelle celui d’une Noix à demi mûre, mais il ne se mange jamais que cuit. Les Chinois l’accommodent avec la viande; les étrangers le coupent en long, en deux ou trois morceaux, le font bien bouillir et le servent avec du beurre fondu. Préparé de celte

GO- lî A

manière, il est, à mon goût, un des plus agréables légumes et des plus délicats que je connaisse. Il est difficile d’indiquer exactement sa saveur. C’est peut être celle du Maïs vert qui s’en approche le plus, bouilli comme le mangent les Américains sous le nom de Green corn { Blé verl), quoiqu’elle possède une saveur particulière d’une délicatesse à laquelle je ne connais rien de comparable dans aucun autre légume.

« Un très léger examen fait voir que ces Cane-Shoots , comme on les appelle, consistent en la base solide de la tige d’une herbe ; mais, quoiquej’aie longtemps désiré en déterminer l’espèce, ce n’est que l’autre jour que je réussis à obtenir des échantillons vivants, en fleur. En les examinant, je fus grandement surpris de trouver qu’ils se rapportaient à Y Hyclropyrum lati folium Gri7 seb., plante découverte, il y a environ quarante ans, par Turczaninow dans des lacs, au confluent des rivières Schilkaet Argun, en Amurie, et trouvée depuis sur le ripper Ussuri, dans le lac Kengka, dans le voisinage de Pékin (d’où j’ai eu des spécimens recueillis par M. Swinhœ) etau Japon. Elle n’est pas spontanée dans le sud de la Chine, mais seulement cultivée (dans les eaux stagnantes) pour la table ; et je trouve qu’on la cultive aussi comme légume à Kiu-Kiang, sur le Yang-Tze. Je suppose, quoique je n’aie pas de donnée certaine quand au développement de sa culture, qu’elle est très étendue dans ce pays.

« Comme espèce, elle est très voisine du R.esculentum Link., le Irnlian rice (Riz indien) ou Wateroats (Avoine aquatique), Zizania aquatica L ., de l’Amérique du Nord, avec laquelleTrinius, avec hésitation, la réunit ; et même Grisebach, n’ayant pas de spécimen de cette dernière herbe, ne fut pas convaincu de leur différence. Je suis d’un avis opposé cependant. »

L’auleur fait alors ressortir les caractères qui différencient ces deux espèces ; puis il ajoute ;

« Turczaninow remarque que son espèce diffère aussi parla présence d’un rhizome allongé qu’il assure manquer dans Y H. esculentum.

« Endlicher réunit les genres Hydr opyrum et Hydrochloa, et le docteur Chapman, tout en admettant le dernier genre, ramène Y Hydropyrum au Zizcinia , comme le fait aussi le professeur Asa Gray. Meissner reconnaît et Y Hydropyrum et le Zizcinia comme genres valables, réunissant dubitativement Y Hydrochloa au premier. Il faut admettre que ces genres sont dans une extrême confusion et mal distingués.

« C’est l’extrême connexion de l’herbe soumise à l’examen avec l’espèce américaine qui, bien qu’elle fournisse un grain excellent, ressemblant impeu aulliz, qui était d’un usage général chez les Indiens, spécialement dans les tribus vivant dans le voisinage des grands lacs et n’a jamais, je suppose, été employée autrement, me conduit à penser que l’identification du légume chinois peut avoir de l’intérêt et de l’importance pour les jardiniers américains ; car je ne puis douter que Y Hydropyrum esculentum donnerait un produit identique, en volume et en saveur, à celui de la plante dont il est si voisin.

« J’appelle l'attention des habiles horticulteurs des Etats-Unis sur celte herbe, dans la croyance qu’elle payera la peine de sa culture expérimentale.

« Nos cousins américains sont, en règle générale, plus amateurs et plus connaisseurs en légumes que nous, Anglais, et en aiment une plus grande variété à leurs repas.

« Si l’article précédent avait pour effet l'introduction d’un légume nouveau, et, comme je pense avec beau-

coup d’aulres, exceptionnellement délicat et choisi, sur leurs tables, je ne me sentirais que trop heureux d’avoir été utile en appelant sur lui leur attention. J’espère aussi réussir à envoyer dans mon pays des spécimens vivants de l’espèce asiatique, qui, d’après la température des localités où elle croît, serait incontestablement tout de suite naturalisée dans les lacs et dans les marais du nord et du centre de l’Europe et fournirait, sans demander aucun soin particulier et sans empiéter sur le terrain occupé par d’autres récoltes, une nourriture saine et agréable. L 'Rydropyrum esculentum a été acclimaté en Angleterre et en Ecosse. »

Notre attention a été appelée sur cette plante par M. Eug ène Simon, ancien consul de France en Chine, qui en avait envoyé du plant au ministère de l’Agriculture. Ce plan t ayant été confié aux bons soins de M. Hardy, nous avons demandé des renseignements à l’éminent directeur de l’Ecole nationale d’Horticulturc de Versailles, qui nous a répondu :

« Le 20 novembre 1857, nous a-t-il dit, j’ai reçu une certaine quantité d’un Roseau comestible venant de Chang-Hai.

« Ce Roseau portait le nom mandarin de Kao-paé et celui de Co-ba en langue vulgaire.

« Le Co-ba , paraît-il, ne produit pas de graines; aussi, n'ai-je reçu que des plants qui étaient en fort mauvais état. J’ai cependant pu en conserver un qui a végété assez misérablement pendant deux ans et qui a fini par périr, malgré les soins assidus dont il avait été l’objet.

« La plante n’a pu être déterminée scientifiquement.

« Voici quelques renseignements que j’ai eus, à cette époque, sur le Co-ba. J’ai la pensée qu’ils vous intéresseront.

« Il y a deux sortes (I) de Co-ba : le Co-ba de Fou- Tclieou, le Co-ba de Chang-Hai. Ce sont des plantes aquatiques végétant dans toutes les eaux courantes ou stagnantes du nord de la Chine.

« La première sorte donne deux récoltes par an. Ses racines ne tracent pas. 11 faut avoir soin, à chaque récolte, de séparer des grosses liges leurs jeunes rejetons et de replanter ceux-ci dans la vase.

« La seconde ne donne qu’une récolte par an, à moins d’un automne long et chaud; mais les racines tracent et s’étendent en tous sens; elle croît spontanément une fois plantée.

« On consomme la hase de la tige sur une longueur de O'11, 25 à O"1, 30, soit crue en salade, soit cuite en mets divers.

« Le Co-ba n’est bon à récolter que lorsqu’il est entièrement blanc. Son goût délicat participe du Chou palmiste et du Bambou. 11 est aisé à conserver pendant plusieurs mois et est d’un transport facile.

« Quant à la culture, elle serait la suivante :

« Les chinois arrachent des plants de Co-ba qu’ils font sécher (?) au soleil pendant quelques jours; puis, du 15 novembre au 15 décembre, ils mettent les racines en terre ou plutôt dans de la vase, en eau courante ou stagnante. C’est dans la période du 15 septembre au 15 octobre de l’année suivante qu’a lieu la récolte. Cette culture s’applique au Co-ba ordinaire, qui ne produit qu’une seule fois par an et dont la racine est traçante.

« Pour le Co-ba dont la racine ne trace pas, il est

(I) Il serait intéressant de savoir si l'une de ces deux sortes ne correspondrait pas justement à VHydropyrum esculentum (Zizania aqua-

tica), qui ne semble pas différer beaucoup de VHydropyrum latifolium.

CO-BA

soumis à une culture régulière. 11 demande également un terrain inondé et donne deux récoltes par an. On le replante chaque fois et on le fume.

« La matière employée pour la fumure est, en général, le résidu du Pois oléagineux appelé, en chinois, Téoupinn, qu’on répand dans la proportion de 60 kilos par demi-hectare. »

M. Eugène Simon, ancien consul de France en Chine, nous a donné les renseignements suivants sur les essais d’introduction du Co-ba en France :

« Des envois de Co-ba étaient faits par M. de Montigny et par moi. Je n’ai pas fait d’envoi en 1858.

« Fn 1861, j’ai fait un envoi au ministère de l’Agriculture. Les pieds de Co-ba étaient plantés dans de la terre humide et dans une serre à la Ward.

« Je ne connais pas la variété non traçante qui ne donne qu'une récolte.

« J’ai expédié l’espèce cultivée dont on obtient deux récoltes par an. Mon envoi a été remis à M. Hardy, qui, en 1864, m’a montré des pieds encore vivants, mais en mauvais état. »

Depuis celte époque, aucune nouvelle tentative d’introduction n’a été faite. Nous avons enfin réussi à nous procurer la plan le, grâce à l’obligeance de la maison Vilmorin, et nous l’avons confiée à un amateur sérieux, M. Latour-Marliac, de Temple-sur-Lot, pour qu’il en expérimente la culture dans le midi de la France.

Dans une lettre que nous avons reçue, notre correspondant nous dit que la plante a résisté aux 16° de Iroid de l’hiver 1891-1892; qu’elle pousse vigoureusement, mais qu’il n’a pas encore pu en déguster les tiges ; par ses belles feuilles dressées, elle présenterait certainement quelque intérêt au point de vue ornemental.

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