Vula i Doi
ment que, pour obtenir de grosses et abondantes racines, les plantations doivent être faites dans un sol dur et non préparé. Selon eux, l'Igname doit rencontrer delà résistance, ou, comme ils le disent quelquefois eux-mêmes, s’irriter avant de déployer toute sa force. J’ai même entendu parler d’un pari gagné par une femme qui avait pratiqué ce mode de culture, et qui avait parié qu’elle obtiendrait une racine assez grosse pour nourrir vingt personnes, tandis que l’homme qui pariait contre elle n’en avait produit qu’une insuffisante pour nourrir le tiers de ce nombre, quoiqu’il se fut donné beaucoup de peine pour ameublir et préparer la terre destinée à sa plantation.
« Le signal général donné pour la plantation est la floraison du Drala ( Erythrina indica L.). Aussitôt que ses fleurs commencent à paraître, ce qui a lieu vers le mois de juillet ou au commencement d’août, tous les bras s’y emploient. Le sol ayant été déjà nettoyé pendant les mois précédents, des monticules de 2 pieds de hauteur environ, et distants l’un de l’autre de 4 ou 5 pieds, sont élevés; ces monticules sont connus sous le nom de Buke , d’où la montagne la plus haute de Ivadavu, dont M. Pritchard et moi avons fait pour la première fois l’ascension le 6 septembre 1860, et dont la forme ressemble à celle de ces monticules, tire son nom de Buke levu ou grande butte à Ignames.
« Il n’y a pour labourer ni bêche, ni aucun outil en fer. Tout se fait avec des perches de Manglier et par la seule force des bras. Des tronçons de vieilles Ignames sont plantés au sommet des buttes, et, après le court espace de temps que la plante met à pousser, moins d’un mois, elle exige des roseaux pour y grimper; il suffit ensuite de débarrasser le terrain des mauvaises herbes.
IGNAME
« Vers février, les premières Ignames commencent à mûrir et servent d’offrandes aux prêtres dans les districts païens. En mars et avril se fait la principale récolte, qui est emmagasinée dans des hangars couverts en feuilles de Cocotier. Pendant la saison, le contenu de ces hangars doit être visité au moins une fois par mois; les racines qui présentent la moindre trace de maladie sont retirées, pour éviter qu’elles infectent celles qui sont saines. Les Ignames sont mangées cuites au four, bouillies ou cuites à la vapeur, et les naturels peuvent en consommer de grandes quantités. Des cargaisons entières ont été quelquefois expédiées à la Nouvelle-Galles du Sud et à la Nouvelle-Zélande, et les baleiniers et les navires de commerce ne touchent jamais à Yiti sans en faire d’amples provisions.
« Une autre espèce, le Kawai (XL aculeata L.), est aussi plantée sur des monticules artificiels, quoique moins élevés que ceux où l’on plante l’Igname ailée. Ses tiges rampantes sont rondes et garnies d’épines, mais on ne les élève pas sur des Roseaux, comme celles de l’espèce dont nous avons parlé plus haut. Le D. aculeata mûrit vers le mois de juin; le 27 de ce mois, il n’avait plus de feuilles. Au dire des naturels, il ne donne jamais ni fleurs ni graines, et j’ai cherché en vain dans les champs avec l’espoir de les convaincre d’erreur. On le multiplie en plantant de petits tubercules qui, comme les vieux, sont oblongs, de couleur brûnâlre extérieurement et d’un blanc pur intérieurement.
« Lorsqu’il est cnit, sa peau se détache comme /’ écorce du Bouleau , selon l’expression de Wilkes. Sa racine est très féculente, comme celle d’une bonne Pomme de terre farineuse, mais d’une plus grande blancheur. Son goût rappelle celui de l’Arracacha de
l’Amérique du Sud. 11 possède une légère saveur sucrée, très agréable au palais; en somme, le Kciwai peut être considéré comme la meilleure racine alimentaire qui soit au monde, et je recommande énergiquement sa culture à tous les pays tropicaux qui ne la possèdent pas encore.
« Plusieurs espèces d'ignames sauvages, telles que le Tikau , le Tivoli et le Kaile , sont suspendues en gracieux festons aux branches des arbres et des arbustes de presque tous les bois. Le Tivoli (D. nummularia Lam.) a une tige épineuse comme celle du Kawai cultivé et grimpe très haut. Ses racines sont longues, cylindriques et aussi grosses que le bras d’un homme. Souvent, lorsqu’ils pénètrent dans les forêts, les naturels arrachent ses racines à l’aide d’un bâton, le font griller et le mangent sur place. Us le trouvent excellent.
'< Le Kaile [D. sativa L.) a quelque peu l’aspect du Tivoli et se rencontre souvent enlacé à ce dernier, mais ses tiges et ses branches sont rondes et inermes, et l’âcrelé de ses racines oblige à les macérer dans l’eau avant de les faire bouillir. Le mets préparé avec elles a l’apparence de Pommes de terre, assez écrasées pour ne pouvoir être mangées qu’avec les cuillères que fournissent les feuilles, résistantes comme du cuir, de l’arbre à cuillères ou Tatakia [Acacia laurifolia Willd.), ou tout autres feuilles suffisamment solides qu’on a sous la main.
« Le Kaile-tokatolu ( D . pentaphylla L.) est quelquefois cultivé, selon M. Slorck, et son tubercule est un bon aliment. Je n’ai pas pu me procurer de spécimens de l’Igname sauvage que les naturels nomment Tikau , mais il est établi, dans le Dictionnaire Fidjien (p. 323 et 324), qu’elle diffère du Tivoli et que son nom est en usage dans quelques dialectes du groupe au lieu du nom
IGNAME
générique Uvi. Serail-ce le D. pentaphylla ou bien est-ce une espèce de plus?
« La liste suivante donne la clef des espèces de Viti :
Caule inermi
alato.
tereti.
D. alata.
D. sativa.
Caule aculeato
Foliis oppositis.
Foliis altérais
integris.
digitatis.
D. nummularia.
D. aculeala.
D. pentaphylla. »