‹ Le potager d'un curieuxChapitre 60 sur 111 · LAVAGE DES VÊTEMENTS DE KO · texte numérisé non relu

LAVAGE DES VÊTEMENTS DE KO

« Si on lave ces vêlements dans une eau pure où l’on aura écrasé des feuilles de Meï (Amygdalus nana , suivant M. Abel de Hémusat; Arbutus , suivant le P. d’Enlrecolles), ils resteront empesés pendant tout l’été. Quelques personnes les lavent dans un bassin de porcelaine avec de l’eau bouillante, où elles ont écrasé des feuilles de Meï. 11 est essentiel de ne pas faire usage d’un baquet de bois, autrement les vêtements de Ko deviendraient noirs.

« D’après l’opinion de M. de Jussieu, Ja plante dont

KUDZU

il s’agit paraît êlreune Phaséolée voisine des Dolichos et particulièrement du Dolichos bulbosus. »

Le Kudzu au Japon

Nous lisons, dans le livre intitulé : Le Japon à /’ Exposition universelle de 1878 : « Le Kudzu ( Puer aria Thunbergianci ) est une plan le sauvage dont les racines donnent de l’amidon. Ses feuilles servent à nourrir les bestiaux et ses fibres à faire des étoffes. »

Nous devons à l’obligeance de M. le comte de Caslillon deux notes qu’il a traduites du japonais et qui font connaître, avec les détails les plus instructifs et les plus complets, l’emploi que l’on fait au Japon des racines et des fibres du Kudzu.

Celle de ces notes que l’on va lire décrit le procédé usité pour l’extraction de la fécule. L’autre, publiée dans les Mémoires de la Société des Etudes japonaises , années 1878-1879, décrit la fabrication de la toile de Kudzu. On la trouvera, ainsi que l’avant-propos qui la précède, à la suite de ce chapitre.

le kudzu ko (fécule de Kudzu)

(Extrait de la Notice sur tes plantes à fécule du Japon)

« Le Kudzu ( Puer aria Thunbergiana) est une plante grimpante qui croît l’état sauvage dans les montagnes et les friches. Au printemps, les jeunes pousses sortent de la vieille tige. Chaque pétiole porte trois feuilles semblables à celles de YIngem marne ( Phaseolus vul-

g aris)\ feuilles et pétioles sont garnis de poils. En automne, sortent de l’aisselle des feuilles, des grappes de fleurs semblables à celles des Marne (Légumineuses), de couleur violet vineux, et qui produisent des gousses. C’est à partir des neuvième et dixième mois, et jusqu’au douzième, époque oùles yeux font leur évolution, qu’on arrache ces racines avec un pic de fer ou une houe. On les lave pour enlever la terre, et on les écrase avec soin sur une pierre plate avec un maillet de bois ou de métal. On remplit d’eau un baquet, dans lequel on les malaxe pour extraire les parties solubles. On filtre ; on met la pulpe dans un sac de toile de Chanvre que l’on soumet àla presse. On jette le résidu. Immédiatement après, on filtre au moyen d’un sac de toile de Colon. On laisse reposer un jour. On décante l’eau de dessus et l’on fait sécher le dépôt, que l’on divise au moyen d’un couperet. On racle et l’on jette la fécule noire qui se trouve au-dessous. On met une seconde fois dans le sumasi-oke (baquet à laver) avec une grande quantité d’eau, et l’on remue en tournant. Au fur et à mesure que le dépôt se précipite, on relire successivement le fausset des cannelles superposées, en commençant par celles du haut, pour soutirer l'eau de la partie supérieure. Ce lavage est pratiqué deux ou trois fois. Après avoir fait sécher le précipité, on l’enlève avec une petite truelle ; on l’étend dans le sara-si (caisse plate), garni d’une toile saupoudrée de cendre, et l’on fait sécher au soleil. On a alors le Kai-Kudzu (Kudzu cendré, Kudzu gris), et, pour rendre celte fécule parfaitement blanche, on en met dans un baquet la proportion convenable et l’on agile circulairement dans l’eau comme précédemment. On filtre au moyen d’uu sac à trame serrée; on laisse reposer un jour,, au bout duquel on décante; on change une troisième fois l’eau, on

’KÜDZU ■ - - 307

laisse se précipiter le dépôt, et, en répétant cette opération sept ou huit fois, on enlève toutes les parties solubles. Quand la fécule est sèche, on. la met dans un sara-si tendu de papier épais, et, en la mettant tous les jours cà sécher au soleil, elle forme des grumeaux parfaitement blancs, et l’on a alors le Kudzu ko (fécule de Kudzu). »

En 1879, nous avons semé contre un mur exposé au midi, des graines que nous avions reçues de M. le Dr Hénon. Elles ont donné des liges vigoureuses qui atteignaient bientôt le chaperon du mur. Elles n’ont pas fleuri, et, l’hiver venu, elles ont été gelées. La souche n’a pas souffert.

En 1880, les tiges ont été plus fortes que celles que le semis axait produites, et 30 degrés de froid n’ont gelé que les parties qui excédaient en hauteur lm,50. Les parties inférieures, devenues ligneuses, ont doue résisté au grand hiver; elles n’avaient pas fleuri.

En 1881, les liges, dans toute leur hauteur, ont bien passé l’hiver. La plante n’a pas fleuri.

Depuis celle époque, la plante fleurit tous les ans à la fin de septembre.

Nous avons donc constaté chez le Kudzu une rusticité absolue, une végétation luxuriante, mais en même temps, sous le climat de Paris, une complète stérilité, qui ne permet pas de multiplier la plante par des semis.

Au Muséum, oh il existe quelques pieds du Kudzu, les plantes ont, comme les nôtres, résisté aux hivers; il est vrai qn’elles sont placées dans la partie du jardin qu’on appelle les couches, c’est-à-diredans le lieu le mieux abrité. On a essayé de faire des boutures ; on a échoué. Le couchage de tiges a donné un meilleur résultat,

De noire côté, nous avons obtenu un premier pied parle même moyen ; puis, la plante-mère ayant acquis une vigueur et un développement extraordinaires, nous avons pu coucher uue vingtaine de tiges qui nous ont donné autant de pieds nouveaux. La multiplication est donc facile et illimitée. Ce point est capital, la plante ne donnant pa£ de graines sous le climat de Paris.

On a vu que la souche duKudzu fournit une précieuse fécule et que ses feuilles sont recherchées parle bétail; mais le Pueraria Thunbergiana est d’abord et avant tout une plante textile.

Il ne semble pas cependant qu’au Japon il soit cultivé pour ses fibres aussi généralement qu’en Chine. Questionné par nous à ce sujet, M. le IV Hénon nous a écrit, le 29 juillet 1883 : « Si je ne vous ai pas parlé des usages du Kudzu comme plante textile, c’est que je n’en ai jamais vu faire cet emploi. Dans la partie du Japon que j'habitais, le Kudzu croit partout dans les taillis ; il y végète avec une grande puissance, pousse des tiges de 8 à 10 mètres de long, fleurit très abondamment et se couvre de gousses, lesquelles, à la vérité, contiennent peu de graines. Il n’est pas cultivé ; mais, en hiver, les pauvres gens en arrachent, non sans peine, les racines, et l’on en fabrique un amidon excellent. L’empois obtenu par cet amidon est bien meilleur, plus résistant, sans être cassant, que celui du Riz ou du Blé. On se sert quelquefois de cet amidon comme fécule alimentaire et on le fait entrer dans des gâteaux. »

La culture du Kudzu se pratique donc à deux fins : d’une part, on extrait de ses racines une excellente fécule, et, d’autre part, il fournit la matière d’une fabrication de tissus dont M. Eugène Simon, ancien consul

KUDZU

de France, nous signalait, il y a quelques années, l’importance industrielle.

Les tiges du Pueraria Thunbergiana émettent des jets si longs, si nombreux, si fibreux, qu’on ne peut douter du profil qu’on en tirerait si la plante était naturalisée ou cultivée en France. Nous croyons à l’exactitude des renseignements qui présentent sa toile comme remarquablement belle.

On devrait, ce nous semble, faire venir des pays d’origine des graines de Kudzu ou Ko. Il est assez rustique pour qu’on puisse le cultiver partout en le laissant ramper sur le sol. 11 serait, en effet, impossible de fournir des supports assez élevés à une plante dont les tiges atteignent 8 à 10 mètres de longueur. Il faut donc la laisser ramper, comme le font d’ailleurs les Chinois et les Japonais.

Dans une lettre, en date du 1 6 août 1 883, M. le comte de Caslillon nous disait : « Dans le San kaï met San dzu ye , le Kudzu est figuré à l’état de plante rampante sur le sol, et le dessin représente les paysans japonais en opérant l’extraction. Il n’est donc pas nécessaire de le faire grimper. »

La culture du Kudzu ou Ko se ferait, par conséquent, en laissant ses liges s’étendre sur le champ, et ses souches donneraient, pendant un temps indéterminé, d’abondantes récoltes obtenues à peu de frais.

Une plante vivace, textile et extraordinairement productive mérite une expérimentation sérieuse et décisive. Quant à nous, nous avons cru pouvoir nous autoriser de ses propriétés alimentaires pour en parler aussi longuement que nous venons de le faire.

Page 1