LA. TOILE DU- KUDZU
Notice traduite pour la première fois du japonais par M. le comte de Castillon (Voy. les Mémoires de la Société des éludes japonaises} 1 878-1 879).
Le Kudzu {Puer arm Thunber giana) est une plante alimentaire et industrielle d’une très grande valeur. Elle est en outre ornementale, et la fougue de sa croissance, jointe à l’ampleur de son feuillage, la rend très propre à tapisseries murs et les berceaux. Elle possède aussi des propriétés médicales qui mériteraient d’être sérieusement étudiées. Ses racines, ses fleurs et ses gousses sont employées comme remède en Chine et au Japon. Dans ce dernier pays, on utilise ses feuilles comme fourrage, et ses rameaux longs, minces et très résistants y servent de ficelle'.
La fécule que fournissent en abondance ses longues et volumineuses racines, qui peuvent atteindre une longueur de 3 mètres sur un diamètre de 0m,10 à 0m,12, est d’une qualité tout à fait hors ligne. Sa finesse, sa blancheur éclatante, sa saveur agréable, lui assurent le premier rang parmi les aliments de ce genre. M. Je Dr Filhol, le savant chimiste toulousain (1), a reconnu à celle racine un pouvoir nutritif égal à celui de la Pomme de terre.
Le seul pied de cette plante qui existe, croyons-nous, en Europe, a été introduit par nous, il y a trois ans et demi, au printemps de 1875. (Voy. les Annales de la Société à' Horticulture de la Haute-Garonne , 1875.) Tout fait présumer que ce végétal si précieux s’accom-
(1) La science porte son deuil récent, 188 L
KUDZU
modéra parfaitement de notre climat. Ajoutons qu’il ne demande aucun soin de culture.
Enfin, sa tige grimpante fournit une toile douée de propriétés particulières, mais fabriquée par des procédés que notre industrie trouvera vraisemblablement moyeu de simplifier. C’est ce dont ou pourra juger après avoir entendu l’auteur japonais, auquel nous laissons la parole :
« Le Kudzu ( Pueraria Thunbergiana), plante vivace de la famille des Légumineuses, ressemble beaucoup au Fudzi marne (Dolichos cultratus Thunb.) et à YIngen marne (Phaseolus vulga~ ris L.); mais sa tige et ses feuilles sont garnies de poils; sa tige sarmenteuse est extraordinairement vigoureuse ; ses graines ne sont pas comestibles.
« Cette plante croît à l’état spontané dans les diverses provinces, sur les montagnes ou dans les friches, suivant les lieux. Partout on prépare avec ses racines une fécule nommée Kudzu ko et en outre, au relais du poste de Kake gava, dans le Yen siu (province de Totoini), on retire de sa tige un fil avec lequel on tisse une toile de la plus grande réputation. Ce Kudzu provient des montagnes et des friches du village du Kura-ma, au nord-est du relais de poste dont nous venons de parler, des localités nommées Matsu-ba et Oho zawaet du village deTomi-da, situé au sud de Naka-yama, de Koya, etc. On regarde plus spécialement comme étant de qualité supérieure celui qui croit sur les montagnes du village de Musi-bu, qui fait face au côté nord de Mari-matsi, dans le district de Sudzi, et sur celles du village de No-be.
« Si maintenant nous recherchons depuis combien de temps on a commencé à exploiter le Kudzu, bien que ce point ne soit pas encore élucidé, comme nous possédons une chanson composée par son ExC. Tameaï'(l) sur la toilede Kudziidecelieu, il y a aujourd'hui quelque chose comme plus de 680 ans que l’on doit fabriquer cette étoffe.
« Nous allons maintenant décrire d'une façon générale la fabrication de ce tissu. Quant à la fécule de Kudzu, il en
(i) Tameaï, poète, noble de la cour du Kyau-to, au xm° siècle.
sera traité à part, lorsque nous parlerons de ce genre d’aliment.
« Quoique les tiges de Kudzu se trouvent, lorsqu’arrive l’automne, avoir atteint une longueur qui varie de 2 à 3 zyau (3 à 9 mètres) et au delà, il faut, pour la fabrication du fil, les couper pendant un laps de temps de cinquante jours environ à partir de la première quinzaine du cinquième mois (5-21 juin). Leur longueur, qui, à ce moment, n’est que de 7 syaku (2m,10) atteint, au milieu de cette période, 9 syaku (2m,70), pour arriver, dans les derniers jours, à 1 et 2 zyau (3 à 6 mètres). Mais comme les 3 ou 4 syaku (0ra,90 à lm,20) au-dessus des racines sont de mauvaise qualité, il faut les laisser, ce qui réduit la longueur exploitée de 3-4 à 6-7 syaku environ (0m,90-lm,20 à lm,80-2m,10).
« Il faut (car les tiges, une fois coupées, redoutent d’être laissées dans cet état), et le jour même de cette opération, les plonger dans une chaudière pleine d’eau bouillante. On les y agite dans tous les sens pendant un temps très court (2 secondes et demie, 5 de nos secondes européennes). On les remet dans l’eau après les avoir ainsi remuées et on les y laisse pendant le même nombre de secondes, puis on les en retire.
« On les met ensuite à tremper dans une eau courante où on les laisse un jour et une nuit. On étend sur le sol un paillasson sur lequel on les entasse ; on en étend un autre par-dessus comme couverture et on les laisse ainsi enveloppées pendant deux jours et deux nuits, et, lorsqu’on les découvre, les tiges en pleine fermentation laissent exhaler des vapeurs ; on les arrose, ce qui met fin à celte fermentation. C’est ce qu'on appelle naha midzu (eau du milieu, deuxième eau).
« On replace les paillassons comme précédemment, et les tiges restent dans cet état un jour et une nuit.
« On les met ensuite à tremper dans une eau courante peu profonde, où on les foule avec les pieds ; puis on enlève les écorces et l’on jette le cœur de la tige. On égalise la longueur des bandes d’écorce, que l’on met par paquets de trente, puis, prenant deux de ces bandes à la fois, d’une seule main, on les introduit entre les branches d’une petite fourche longue de 2 tan (0m,0G), que l’on tient de l’autre.
« On les racle dans l’eau à plusieurs reprises, et, lorsqu’elles sont devenues blanches, on les suspend à une perche horizontale
KUDZU
de Bambou pour les faire sécher au soleil. Avant que la dessiccation soit complète, on les enlève, et, en les secouant vivement, lesfibresde l’écorce se séparentpar leur frottement réciproque, et l’on obtient ainsi la filasse, qu'on laisse ensuite sécher complètement avant de la convertir en Kudzu tuo (fil de Kudzu).
« Pour faire celui-ci, on choisit ce qu’il y a de meilleur parmi les brins de la filasse; avec le pouce et l’index on les divise par déchirement aussi finement que possible; puis on les ajoute bout à bout, en les nouant solidement. On coupe ras avec des ciseaux les extrémités des fils qui dépassent les nœuds. On donne aux fils dont on a ainsi tondu les nœuds le nom de tsuguri. On les enroule daus le 100 oke (boite à fil, de forme ronde et dont le fond est à claire-voie), et, ayant mis celle-ci dans un panier de même forme, on plonge le tout dans l’eau ; on retire immédiatement et l’on secoue pour faire égoutter.
« Ensuite, en entrelaçant les fils en forme de 8 autour du pouce et du petit doigt (littéralement : comme dans le jeu que les enfants appellent aya , berceau du chat), on en forme de petits écheveaux, et ils sont prêts à servir pour la trame. Gomme c’est là leur seul usage, il faut nécessairement employer pour la chaîne des fils de soie, de chanvre ou de coton.
« Le métier à tisser ne diffère en rien du métier ordinaire ; seulement, on mouille avec de l’eau ce fil de trame avant de le mettre dans la navette, et, lorsqu’il passe devant le peigne, on en soulève les nœuds, que l’on tond avec des ciseaux quand le tissage est terminé. Le tissu est alors rincé à l’eau propre, séché, puis mouillé de nouveau ; on l’enroule sur le rnakiginuta (cylindre à foulonner) et on le frappe lentement à petits coups, ce qui donne du brillant à l’étoffe, que l’on teint ensuite de diverses nuances, après quoi on la tend au moyen du sii-si (1), et l’on passe à l’envers avec une brosse à colle une couche de nori, apprêt composé de 10 momme (37 gr. 50) de Kudzu ko (fécule de Kudzu) et de 400 me (1 kil. 500) d’eau, alors la toile de Kudzu est terminée.
(1) Instrument de teinturerie destiné à faire disparaître les plis d’une étoile; il se compose de plusieurs arcs de Bambou élastique qui maintiennent l’étoffe bien tendue dans sa largeur. Cet instrument se nomme aussi mogari (voleur). Le Bambou généralement employé pour cet usage est le ma-daké {B. Quilioi)y ce qui lui a valu le synonyme de mogari take.
« Cette étoffe ne se ramollit point sous l’action de l’eau ; et, comme une fois mouillée, elle sèche rapidement, on l’emploie pour les kappa (1), les kakama (2), etc. Les pièces étant tissées en grande largeur servent, en outre, pour l’entoilage des fusuma (3), et cette fabrication a pris de nos jours un grand développement.
« Le premier fabricant de fil de Kudzu au relais de poste de Kake gava est Sudzvki gen pe. Les principaux fabricants de celte étoffe au même lieu sont Naru hira Kiu meï, Satô Kuni yosi, Matsu moto yosi naga, etc. La principale maison pour la toile de Kudzu est celle de Hyo-do , au village de Taka-mura.
« On fabrique, année commune, dans les lieux dont nous avons parlé, et par quantités égales dans les trois sortes, supérieure, moyenne et inférieure, un total de 60,000 tan (le tan vaut 8m,o0) de cette toile (oOO, 000 mètres), d’une valeur en or de 49,200 yen (263,809 fr. 65). »
Ere impériale, meï dzi, 5e année. Hiver.
M. Carrière a publié dans la Revue Horticole , 1891, p. 31, une note dans laquelle il cile l’opinion de M. Paul de Mortillet, de la Tronche, près Grenoble (Isère), qui dit pouvoir certifier, par expérience , que la fécule obtenue des racines du Puerciria Thunbergiana (fig. 41) est excellente et donne des potages comparables à ceux du tapioca. Le même auteur recommande le Kudzu comme plante | fourragère par ses feuilles, recherchées du bétail.
Dans une lettre qu’il a adressée au président du Comice agricole d’Alger (voir Revue des Sciences naturelles appliquées , 1895, p. 810), M. J. Poisson, assis-
(1) Manteau pour la pluie; un des rares mots que les Japonais ont empruntés à la langue portugaise.
(2) Espèces de pantalons très amples. y
(3) On désigne sous ce nom les portes à coulisses qui séparenL les
appaitements japonais; elles sont ordinairement tapissées de papier des deux côtés et aussi de toile,.' et notamment de toile de Kudzu, plus large que la toile ordinaire. - ..
KUMARA
tant au Muséum, insiste sur l’intérêt qu’il y aurait à cultiver le Kudzu , comme plante fourragère, en Algérie et dans le midi de la France. Des chevaux, des vaches et des moutons en auraient, paraît-il, mangé les feuilles avec une satisfaction évidente. Ces feuilles étant de grandes dimensions et produites en abondance, il y aurait sans doute intérêt à poursuivre des expériences en vue de cette utilisation de la plante.
KUMARA (1)
Batatas edülis Chois., var. ; Ipomæa Balatas Poir., var. ;
Ipomæci chrysorrhiza Hook. f.
Fam. des Convolvulacées.
Plante très voisine de la Patate commune, Ipomæa Batatas Lamk., dont elle n’est qu’une simple variété; cultivée depuis les temps les plus reculés par les Maoris de la Nouvelle-Zélande.
En 1884, MM. Yilmorin-Andrieux et Cie ont reçu de M. J. Hookerdes tubercules de Kumara, récoltés à Kew. Ces tubercules sont malheureusement arrivés dans un tel état de décomposition qu’il n’était pas possible de les planter. Cet accident est très regrettable ; le climat de la Nouvelle-Zélande étant à peu près celui de la France centrale, le Kumara eût été pour nous une Patate de pleine terre.
On compte vingt à trente variétés de cette Ipomée.
(1) Noies presque entièrement extraites d’un rapport publié par M. Schomburgk, directeur du JarJin botanique d’Adélaïde Australie du Sud).
Ses tubercules diffèrent enlre eux comme ceux de nos Pommes de terre ; quelques-uns ont la peau rouge, d’autres pourpre, d’autres blanche. Quelques-uns sont lisses et cylindriques, d’aulres sont profondément sillonnés ou régulièrement cannelés ; d’autres sont courts et épais, obtus à leur extrémité ; mais aucun mélange n’a jamais lieu enlre ces variétés. Toutes reproduisent exactement les sortes plantées. Le seul signe de dégénérescence, ayant pour cause le sol ou la sécheresse, est dans le volume du tubercule.
Toutes les \ariétés sont anciennes et ont été perpétuées par la parfaite conservation des tubercules.
Dans les mémoires de 1’lnslilut de la Nouvelle-Zélande, M. W. Colenso fait un très intéressant rapport sur ce légume favori des Maoris : « Ils en font usage, ditil, depuis les temps préhistoriques, comme le démontrent de nombreuses légendes.
« Lorsque les saisons et le sol sont favorables, son rendement est considérable. 11 a cependant un ennemi puissant, de l’ordre des insecles, en forme de grosse larve, qui dévore les feuilles des jeunes plantes longtemps avant que les racines ou les tubercules aient atteint leur développement.
« Chaque plante est visitée par les femmes âgées, à l’aide d’un plantoir ou d’un instrument pointu, afin de choisir et d’arracher quelques-uns des plus beaux tubercules nouveaux de la saison. La terre est ameublie autour des plantes, puis reçoit encore un bullage qui ne diffère pas de celui que l’on donne avec la houe aux Pommes de terre, mais qui est exécuté avec beaucoup plus de soin.
« Les jeunes tubercules de ce premier arrachage sont grattés et à demi séchés au soleil sur des nattes
propres et protégés soigneusement corilre la rosée. Lorsqu’ils sont secs, ils sont ou mangés ou conservés dans des paniers comme une sorte de sucrerie ou de tubercule confît. Ils sont tenus en grande estime par les Maoris et mangés par eux crus, ou trempés et broyés dans un peu d’eau chaude.
« A l’arrachage général, qui se fait tard en automne, mais toujours avant la gelée, de grandes précautions sont prises pour recueillir les racines. Elles sont soigneusement assorties selon leur volume. Toutes celles qui sont meurtries, cassées ou légèrement blessées sont mises à part pour être promptement consommées. Le reste est ramassé dans de grands paniers plats, toujours neufs et placés en temps utile dans des magasins convenables, avec grand soin de ne le faire qu’un jour de soleil, lorsqu’ils sont parfailementsecs, et de les préserver de toute moisissure. »
M. Colenso dit, en outre : « Selon moi, une des choses les plus remarquables qui soient propres à cet utile tubercule est encore à noter : comment les premières variétés ont-elles été obtenues ? »
A ce sujet, il n’a rien pu apprendre qui le satisfît des Maoris eux-mêmes, si ce n’est que toutes les variétés leur venaient de leurs ancêtres. 11 s’est efforcé de savoir si les vieux Maoris avaient jamais vu le Kumara en fleur. «Non, ils n’ont jamais rien connu de semblable » et ils n’ont jamais rentré leurs récoltes avant que les feuilles des plantes fussent desséchées.
M. Colenso a souvent aussi voulu savoir si quelque sorte ou variété nouvelle avait été récemment obtenue par les Maoris ou par leurs ascendants immédiats ; à quoi ils ont également répondu : « Non. »
(t N’est-il pas possible, dit M. Colenso, que, dans des temps reculés, la plante ait fleuri et que les anciens
cultivateurs, volontairement ou accidentellement, aient obtenu des racines sur graines semées ? N’est-il pas possible aussi que la plante, après une culture artificielle, persévérante, assidue, tendant à obtenir des variétés hâtives, et poursuivie pendant des siècles, en soit arrivée définitivement à ne pas fleurit*, comme il est arrivé en Angleterre pour des variétés de Pommes de terre, après une culture répétée? Les variétés les plus hâtives ne donnent ni fleurs ni graines. »
M. le professeur Kirk, de Wellington (Nouvelle-Zélande), a envoyé par deux fois des tubercules de KumaraàM. Schomburgk et a joint à ses envois les renseignements les plus intéressants : « Les Maoris, écrit-il, cultivent environ vingt variétés, qui toutes leur ont été apportées, dit-on, par le mystique « Hawaiki ».
« Celle qui a le goût le plus délicat est unepetile sorte à chair rose. La culture en est presque abandonnée, mais elle mériterait d’être cultivée comme une friandise. Je ne l’ai pas vue depuis douze ou treize ans, mais je tâcherai de vous l’envoyer au printemps prochain avec d’autres variétés. Je compte visiter le nord, et là je pourrai prendre des arrangements à ce sujet.
« J’ai écrit, dit encore M. Kirk, à un de mes amis maoris, pour lui demander des renseignements sur la végétation, la culture et la cuisson du Kumara, et je vous les enverrai lorsque sa réponse me sera parvenue. Pour le moment, je me bornerai à dire que le Kumara se plante sur de petits monticules disposés en quinconce, à 18 pouces environ d’écart. Le sol doit être plutôt léger que compact et riche. Lorsque la pièce de terre est plantée, elle est rigoureusement interdite aux femmes.
La récolte est faite, à la maturité, en grande cérémonie. »
C’est cuit au four, à la manière des Maoris, qu’il est le meilleur.
La saison pour la plantation, commence avec le mois d’octobre et continue jusqu’en décembre.
La terre est labourée à la charrue ou à la bêche, et l’on en forme de petits monticules après en avoir finement brisé les mottes. Les buttes ont 8 à 10 pouces de hauteur, un tubercule est planté dans chacune et à peine couvert de terre. La plantation n’exige plus ensuite d’autres soins qu’un sarclage attentif. L’arrachage a lieu en mars et avril, la récolte venant à maturité vers le milieu de mars.
Pour la conservation des tubercules, la méthode en usage est le rua maori. Le rua est une fosse peu profonde, creusée dans une place aisément drainée et dans un sol d'une consistance suffisante, la terre de déblai étant employée à exhausser les côtés et à couvrir les tubercules pour former le toit. Les côtés du rua sont bâtis sans employer d’eau, la terre étant simplement battue avec la main. Un poteau est placé à chaque bout de la fosse, et ces poteaux portent un arêtier d’où sont étendues jusqu’au mur des fascines et des pièces de bois serrées les unes contre les autres et le tout est couvert de terre.
Les tubercules sont aussi conservés dans des fosse9 peu profondes avec une bonne couche de branchages au fond et une bonne couverture de même nature au sommet, avant que la terre soit jetée dessus.
S’ils sont longtemps exposés à l’air, ils sont perdus. On les enlève avec des bâtons à pointe aiguë, d’un pied de long environ, travail qui doit être fait avec soin pour éviter de les blesser, ceux qui sont endommagés
périssant bientôl. Si les tubercules sont laissés clans la terre, ils pourrissent rapidement pendant les pluies de l'hiver. Les Maoris les cuisent de préférence dans leurs fours, quoique souvent ils les fassent bouillir comme des Pommes de terre. Quelques sortes de Kumara sont assez aqueuses. Celles-ci ne sont pas bonnes bouillies, ce mode de cuisson les rendant encore plus aqueuses. Toutes sont encore meilleures étant cuites au four ou grillées.
On remarquera que M. Colenso, parlant d’un premier arrachage, dit qu’il est fait par des femmes âgées, tandis que M. le professeur Kirk dit que l’entrée des plantations de Kumara est absolument interdite aux femmes; mais il n’y a pas là de contradiction. Il s’agit évidemment d’une croyance partagée par beaucoup de nos jardiniers, qui attribuent, à certains moments, à la présence des femmes une influence pernicieuse, notamment sur les Melons et sur les Champignons.
En 1884, le Kumara n’était pas encore absolument acclimaté dans l’Australie du Sud ; mais sa culture paraissait devoir réussir et M. Schomburgk espérait faire, en 1885, une distribution de tubercules.
La plante avait été récemment introduite dans les Indes orientales. Elle y avait donné des récoltes de premier ordre. M. Dulhie, directeur des Jardins botaniques de Saharanpur, disait, dans son dernier rapport : « Je considère le Kumara comme une très précieuse addition à nos variétés de légumes. »
Dans son ouvrage intitulé : Origine des plantes cultivées, M. Alph. de Candolle, recherchant le pays natal de la Patate, expose que des considérations de valeur à peu près égale permettraient d’attribuer, soit à l’Amérique, soit aux Indes orieulales, la paternité de la plante,
Or, le Kumara, qui n’est certainement qu’une variété de la Patate, ne se trouve ni en Amérique, où l’on ne paraît pas le posséder encore, ni aux Indes orientales qui l’ont récemment reçu de la Nouvelle-Zélande, et, d’après cette hypothèse, ce type primitif de la Patate aurait dû être porté de l’Amérique ou de l’Inde en Océanie, où il se serait modifié, de manière à constituer une race distincte. Celte introduction devrait d’ailleurs remonter à une époque fort reculée, puisque la plante semble exister chez les Maoris depuis les temps préhistoriques.
Au surplus, voici ce que dit M. Alph. de Candolle : « La plante cultivée à Taïli, dans les îles voisines et à la Nouvelle-Zélande sous les noms de : Umarra, Gumarra et Gumalla , décrit par Forsler sous le nom de Convolvulus chrysorrhizus , est la Batate d’après sir Joseph Hooker. Seeman fait observer que ces noms ressemblent au nom Quichuen de la Batate, en Amérique, qui est, dit-il, Cumar. »
Nous ignorions jusqu’ici que le Kumara fût cultivé à Taïli et dans les îles voisines. Ce serait, croyons-nous, une acquisition utile.
LEWISIA
Ghila, Spalulum ou Spœllum des Indiens. Racine amère des Canadiens. White Lewisia. Bilter RooL Mountain rose.
Lewisia rediviya Pursh.
Fam. des Portulcicées.
Noire atlention a été appelée sur cette plante par un rapport du commissaire de l’agriculture (1), où il est dit : Les Indiens de Californie donnent au Lewisia le nom de « Spalulum ». Sa racine est compacte et fusiforme, de couleur sombre extérieurement, blanche et farineuse intérieurement. Elle fournil abondamment un aliment concentré, dont une seule once suffit pour un repas. La plante mérite d’être cultivée. »
Nous dirons plus lard ce que nous pensons de la valeur nutritive extraordinaire attribuée par le rapport au Lewisia et affirmée successivement par plusieurs botanistes, qui paraissent avoir répété, sans autre examen, ce qu’avaient dit leurs prédécesseurs ; mais là n’est pas seulement le mérite delà plante : elle est aussi très ornementale, et, par ses fleurs printanières, roses et relativement fort grandes, est tout à fait digne de prendre place dans nos jardins.
Ce n’est pas tout encore : sa vitalité est tout à fait surprenante et fait d’elle une véritable curiosité végétale.
Nous allons présenter les renseignements que nous
(1) Report of the Commissionner of Agriculture for the year 1870. Food products of the Norlli American Indians, Washington ; Prinling office, 1871.
LEWISIA
avons recueillis sur son habitai, sur ses propriétés alimentaires, sursa vitalité et sur sa culture, jusqu’ici bien peu connue, comme plante décorative.