ROMAINE GIGOGNE
Parmi cos graines se trouvaient celles d’une Romaine qui nous paraît mériter une attention particulière.
La figure que nous en donnons représente très exactement la plante. Il ne faut cependant pas attendre, pour
Fig. 72. — Romaine Gigogne.
détacher les plan tilles advenlives et les consommer, qu’elles aient acquis tout le développement qu’on leur voit dans notre dessin.
Semée le 4 mai, notre Romaine n’a fleuri à Crosnes qu’à la fin du mois d’août. Sa tige principale s’est élevée
lentement, ralentie parla naissance denombreux bourgeons qui l’entouraient et qui, successivement récoltés, au fur et à mesure de leur développement, ont fourni en abondance un excellent légume à cuire et une parfaite salade.
Nous croyons que celte variété curieuse, très lente à monter et très productive, estune précieuse acquisition pour nos potagers.
Nous lui donnons un nom justifié par la nombreuse famille qu’elle engendre. Elle exige plus de place que la Romaine ordinaire, mais elle utilise libéralement l’espace qu’on lui accorde.
Nous sommes très reconnaissant du don qui nous a été fait par la Société impériale d’Acclimatation de Russie, et nous espérons nous acquitter envers elle par des envois de semences.
La lettre d’envoi adressée à M. Paillieux par M. Zololnitski disait : « En même temps, j'ai le plaisir de vous informer que, dans la dernière séance annuelle de la Société impériale d’Acclimalation de Russie, il vous a été décerné la grande médaille d'encouragement pour vos tentatives utiles dans le domaine de l'acclimatation de nouvelles espèces de légumes. »
ROMAINE DU PAMIR
O Soune. Romaine Asperge.
Dans le sachet de graines d’O Sonne que nous avons reçu de la Société impériale d’Acclimatation de
ROMAINE DU PAMIR
Russie (1), nous avons trouvé, en mélange avec les graines blanches de la Romaine Gigogne, des graines
Fi". 73. — Romaine du Pamir.
brunes qui nous ont donné line plante très distincte et très intéressante (tig. 73). Nous la considérons comme
(i) Voir Romaine Gigogne, p. 536
identique à celle qui figure sous le nom de Romaine Asperge dans l'ouvrage intitulé « Les plantes potagères », 2Réd., p. 361, publié par la maison Vilmorin-Andrieux et Cie, mais elle n’est pas comprise dans le catalogue de celle maison.
Elle n’est pas hâtive. Semée dans les premiers jours de mars, elle n’est à point qu’à la fin de juin.
Des semis successifs permettent de la récolter jusqu’à la fin de septembre.
Elle ne pomme pas. Sa tige atteint la hauteur de 50 centimètres, dont la partie comestible, réduite à 30 centimètres environ , dépouillée de son écorce, cuite pendant une demi-heure dans un jus léger, constitue un plat de légume de belle apparence et d’un excellent goût.
Dans nos familles, l’usage est de faire cuire simplement les tiges dans du bouillon, en laissant ainsi au légume sa saveur naturelle. Rien de plus aisé, on le voit ; mais les cordons biens de notre village ne s’en tiennent pas là, et l’on cite notamment une préparation à la crème et au fromage qui a beaucoup de succès.
En 1892 et en 1893, nous avons imprudemment donné à l’O Soune , le nom de Romaine-Asperge qui a induit les consommateurs à faire cuire à l’eau les tiges et à les manger à la sauce blanche. Elles n’avaient plus de goût et le nom a failli tuer la plante ; nous l’avons changé en celui de Romaine du Pamir.
Il faut avertir les jardiniers que notre Romaine ne pomme pas. Plusieurs Font arrachée en se figurant qu’on s’était moqué d’eux.
Les tiges de Romaines paraissent être en grand usage en Chine. M. Maurice de Vilmorin a reçu de Shang- Haï des semences de quatre variétés de cette espèce
ROMAINE DU PAMIR
et nous a obligeamment attribué une part de chacune d’elles.
Ces sachets étaient étiquetés : OuSen , Romaine dont on mange les tiges.
L’un deux portait ces mots : Ou Sen odoriférant. Ces semences n’ont pas germé.
Une autre variété, présentée comme hâtive, nous a paru négligeable.
Nous considérons comme fort intéressantes deux variétés, l’une rouge, l’autre blanche.
La rouge est plus hâtive que la Romaine du Pamir. Ses tiges s’élèvent moins haut. On en mange 20 centimètres. Elles sont très tendres et d’une saveur très forte. Elles répandent beaucoup d’odeur dans la cuisine. Il est probable quelles pourraient être blanchies avant d’être accommodées. Cuites dans le bouillon, elles sont bonnes.
La variété blanche est tardive. Elle a le mérite d’être très blanche, de s’entourer de petites Romaines adventives comme la R. Gigogne, de fournir par conséquent une jolie salade, et, finalement, de donner des tiges tendres, de saveur assez forte, qu’on peut employer sur une longueur de 20 centimètres.
Nos jardins sont donc aujourd’hui en possession de trois variétés d’une Romaine oubliée ou inconnue jusqu’ici, que tous nos amis font servir sur leur table et dont ils se montrent très satisfaits. Nous en recueillons tous les jours de nouveaux témoignages.