‹ Le potager d'un curieuxChapitre 89 sur 111 · SAFRAN COMESTIBLE · texte numérisé non relu

SAFRAN COMESTIBLE

«Sous le type cancellatus, créé par Herbert, les auteurs ont groupé les sous-types suivants, considérés par les uns comme espèces, par les autres comme variétés ou synonymes :

« C. cancellatus Herb. ;

« C. Schimperi Gay; syn. C. Spruneri Boiss. et Held.

« C. damascenus Herb. ; syn. C. edulis Boiss. et Blanche.

« C. Kotschyanus Herb. ;

« G. cilïcicus Kotschy ;

« C. pylarum Gay ;

« C. mazziaricus Herb.

« Voici les caractères principaux du C. cancellatus que j’ai retrouvés dans le Crocus persan ;

« Floraison automnale ;

« Pollen jaune ;

« Style multifide ;

« Feuille synanthée ;

« Pas d’involucre (au scape) ;

« Bractée bivalve (à Fovaire) ;

« Tuniques fortementréticulées,avecéloile persistante à !a base; périanthe variant du blanc lilacé au violet.

« Il y a toutefois un caractère très important dans lequel j’ai remarqué une différence notable:

« Dans le C. cancellatus ,1a gorge est blanc jaunâtre ou jaune, et, dans le Crocus persan, elle est blanc-lilas ou violette.

« J’ai constaté aussi dans ce dernier un scape démesurément long. Je ne pense pas que ces particularités puissent provenir de la floraison anormale en caisse close et à sec.

« La distribution géographique des variétés du C. cancellatus connues à ce jour s’étend des îles Ioniennes à la Syrie, où croît le C. edulis , et à l’Arménie.

(( Le Crocus de M. Pissard a été recueilli à environ 1,300 mètres d’altitude, dans les plaines et collines d’une localité appelée Sullabatt, province de 1 ’lralli- Férahan, au sud-est d’Amadan, à 120 kilomètres envide Téhéran.

« On n’avait guère trouvé en Perse jusqu’à présent que

le C. speciosus.

« Voici les renseignements que M. Pissard donne sur l’utilisation de cette plante.

« L’oignon est comestible ; il a le goût de la Châtaigne ; les indigènes en font une grande consommation.

« Ces oignons, cuits àl’eau et grillés, ont été présentés, en juillet 1881, à un dîner officiel chez le ministre des Télégraphes ; plusieurs Européens qui assistaient à ce repas les ont trouvés exquis, et le Shah de Perse en a commandé une forte provision pour sa table.

« Jusqu’à ce qu’un nouvel apport du lieu d’origine ou une floraison normale des bulbes introduits récemment permette un plus mûr examen, je pense que c’est avec le C. edulis Boiss. et Blanche, sous-type du C. ccincellalus Ilerb. que le nouveau Crocus persan a le plus d’analogie, et je propose de l’annexer au type cancellcitus , sous le nom de C. pepmeus » (Paris, le 2 avril 1882).

D’après M. de Ileldreich ( Plantes utiles de la Grèce), les bulbes des Crocus Aucheri Boiss. et C. Sieberi Gay, qui se rencontrent souvent sur les montagnes de la Grèce, sont mangés crus par les bergers. Ils ont, ditil, à peu près le goût de la Noisette.

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Dserlin-lobine.

Pugionium cornutum Gærtn.

Notre attention a ôté appelée sur celte plante par quatre lignes du Manuel de V Acclimaleur , de MM. Naudin et Mueller : « Plante herbacée de la famille des Crucifères, de l'Asie centrale, depuis la mer Caspienne jusqu’à la Chine (1). Elle est employée en qualité de légume par les Mongols, peut-être est-elle cultivée sur quelques points. »

Le Pugionium n’est pas seulement rare ; il est introuvable. Nous pensons qu’il n’existe aujourd’hui dans aucun jardin botanique.

A notre prière, la Société nationale d’Acclimatation s’est adressée à Son Excellence M. Regel, directeur du Jardin impérial de Saint-Pétersbourg, qui a eu la bonté de nous en envoyer des graines. Nous lui devons, pour ce témoignage d’obligeance, dont il est coutumier, les plus vifs remerciements.

Ces graines, assez grosses, armées de cornes qui en font une véritable curiosité, ont été semées à Crosnes une première fois, sous verre, le 15 mai. Leur germination a demandé environ trois semaines. Pour donner de l’air aux jeunes plantes, nous avons dû soulever un peu le châssis et l’altise les a dévorées, hautes à peine de 6 centimètres.

Nous avons semé de nouveau et, cette fois, sous une

( I ) Il y a évidemment là une erreur; la plante n’a été observée, jusqu’à ce jour, qu’en Mongolie.

cage garnie de toile métallique. Cependant, le même ennemi a tué nos plantes. L’allise était, dans le sol et son éclosion a eu lieu après le semis.

L’insecte disparaît habituellement dans les premiers jours de septembre, détruits par les pluies ou par le froid. Il nous a donc semblé que nous pouvions semer de nouveau, sous châssis, le 6 septembre. Les hivers étant très froids en Mongolie, nous avons pensé que le Pugionium, avec un peu de protection, pourrait passer l'hiver dans les environs de Paris ; mais nous avons subi un troisième échec.

Nous avions envoyé des graines du Pugionium à M. Cli. Naudin, qui n’a pas été plus heureux que nous et qui nous a écrit : « Notre climat sec et peut-être trop chaud ne lui convient pas ».

Voici ce que nous écrivait, le 17 juillet 1889, M. Alexandre Bataline, du Jardin impérial de Saint- Pétersbourg : « Le Pugionium cornutum Gærln. est une plante vivace, originaire de Mongolie où on la cultive.

« Dans les steppes de Mongolie, elle est assez répandue, mais elle ne croît pas en Sibérie. Elle porte le nom de Scigaï , d’après la notice du savant voyageur russe, Grégoire Potanine. Quelle partie de celte plante manget-on? Je ne puis vous le dire. Ses feuilles ont une odeur désagréable. Nous avons reçu deux fois des silicules de celte espèce et les graines avaient germé, mais les plantes n’ont vécu que quelques mois. Maintenant, nous ne possédons ni graines ni plantes. Les semences distribuées en Italie par notre Jardin botanique ont donné les mêmes résultats négatifs. Vous trouverez la description détaillée de celle plante peu connue dans les Diagnoses plantarum novarum asiaticarum, fasc. III, par G. -J. Maximowicz, mélanges biologiques tirés du Bul-

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letin de l\ Académie impériale des sciences de Saint- Pétersbourg, tome X, 1880.

Il existe encore une espèce voisine, Pugionium dolabratum Maxim., bisannuelle, originaire aussi de Mongolie. Cette espèce a donné chez nous, à Saint- Pétersbourg, des graines mures. J’ai étudié le mode de fécondation des fleurs de celte plante, et j’ai publié à ce sujet un petit article que je vous envoie aujourd’hui. »

Dans la relation de son troisième voyage, Prjevalski, savant voyageur russe, donne une figure du Pugionium cornntum et nous reproduisons ci-dessous la traduction (1) des détails intéressants qui l’accompagnent:

« Le Pugionium, que les Mongols appellent Dserlinlobine, ce qui veut d'\r e Padis sauvage , est de beaucoup inférieurau Soulkhir[ 2), au point de vue du rôle qu’il joue dans l’économie des nomades.

a Les fruits verts ont, en effet, un goût et une odeur de Radis ou bien de Moutarde; les Chinois préfèrent la plante elle-même, dont ils recueillent les sujets jeunes (de première année) pour en faire des salaisons, qu’ils mangent comme légume.

« Le Pugionium était, jusque dans ces derniers temps, une rareté dans les herbiers, puisqu’on ne le connaissait que par deux rameaux que le naturaliste Gmelin avait eus au siècle dernier, probablement par une obligeance de pèlerins revenus dans la Mongolie du Nord d’un voyage au Thibet.

« En 1861, j’ai eu la chance de rencontrer et de

(1) Nous devons celte traduction à l’obligeance de M. Vilbouche vitch.

(2) Agriophyllum gobicum et arenarium.

cueillir la piaule dans le pays des Ordos. M. Maximowicz considéra les échantillons que j’avais rapportés comme appartenant à deux espèces différentes. L’une fut celle que Gmelin avait décrite sous le nomdeP^ioniurn cornutum; l'autre, une espèce nouvelle à laquelle Maximoxvicz donna le nom de Pugionium dolabralum.

« Ces deux espèces semblent être bisannuelles. Ce sont des Crucifères et leur port est celui d’un petit arbuste.

« La tige ne dépasse pas 1 pied de hauteur ; encore est-elle ordinairement couchée dans le sable. Dans la deuxième année, il naît au sommet de la tige une tête épaisse, sphérique ou plutôt ovale, formée de rameaux grêles et fragiles très rapprochés et enchevêtrés ; à l’extrémité des rameaux, de petites fleurs insignifiantes apparaissent ; elles sont blanches ou rosâtres. Cette tête verte du Pugionium a 3-4 pieds de diamètre maximum, 2-3 pieds de diamètre minimum et 2 pieds de haut. Dans l’Ordos, les sujets étaient par endroits beaucoup plus grands encore.

« Dans le Tingueri, nous n’eûmes qu’une seule espèce, le P. dolabralum. Elle était assez fréquente et constituait des buissons isolés sur les bords des sables mouvants, plus rarement dans l’intérieur des sables. C’était fin août; la floraison avait fini, mais les fruits étaient encore verts. ISous n’avons recueilli de graines mûres que sur un seul sujel. Ce sont ces graines-là que que nous avons remises au Jardin botanique de Saint- Pétersbourg. »

Dans la note relative au Soulkhir (Agriophyllum gobicumet arenarium) (1), nous avons reproduit la des-

(1) Voir page 526.

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cription que nous donne Prjevalski dessables Tingueri, dans le désert de l’Ala-Chan, où croît le Pugionium. On peut voir que c’est une plante salicole, et cela explique la difficulté que l’on éprouve à la cultiver.

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Sagittaire de Chine et du Japon Tsz’Ku (en Chine). — Kuvoai (au Japon).

Sagittaria sagittæfolia L., var. diversifolia Micheli, Monogr. phunerog vol. III, p. 67 ; S. sinensis Sims, Bot. Wag., tab. 1631; S. macrophylla Bunge; S.alpina Willd.; 5. hirundacea Blume; S. hastata Don; S. porriana Sweet; S. heterophylla Miller; S. acuninata Smith; S. natans Pallas ; obtusa Thunb.

Fam. des Alismacées.

Cette plante croît dans les eaux stagnantes et sur les bords des fleuves et des lacs, dans les régions tempérées de l’Europe et de l’Asie. Elle est modifiée, dans sa forme et dans le volume de ses feuilles, selon que l’eau est stagnante ou courante, ou plus ou moins abondante et profonde. Les auteurs ont fait des espèces desdiverses formes qu’elle présente; mais il est bien certain qu’il ne s’agit là que de simples modifications dues à l’influence du milieu, car une seule et même plante peut présenter des feuilles plus larges ou plus étroites, aiguës ou obtuses, sagittées ou entières, etc.

Dans la forme typique, la feuille est sagitlée, à limbe variable, tantôt étroit, tantôt aigu, à lobes de la base divariqués, tantôt plus larges, tanlôtà lobe moyen obtus, ceux de la base presque droits.

Dans l’eau courante, les tiges et les pétioles sont grêles et sinués; la feuille, oblongue, à base arrondie, émarginée, est plus rarement brièvement lobée, à lobes divergents, aigus (S. alpina Willd.), ou bien la feuille est dépourvue de limbe, translucide, faiblement membraneuse, ayant jusqu’à 2 mètres de long (S. sagittæ folia , var. valisnerii folia Coss. et Germ. ; Vallisneria bulbosa Poir.).

Dans les régions chaudes, et principalement en Chine, où cetle plante est cultivée comme aliment, on rencontre des sujets à feuilles plus grandes, longues de 20 à 22 centimètres et larges de 14 à 15 centimètres, à lobe médian arrondi, brièvement acuminé, à lobes de la base longuement acuminés, très aigus, à lige souvent rameuse [S. macrophylla Bunge; S. chinensis Sims et S. hirundacea Blume).

Kæmpfer (. Amœnitatum exotic. , fasc. Y. p. 827) cite la Sagitlajre en usage comme aliment au Japon : Siko Omodaka , Sagiltaria aquatica minor latifolia, à racine comestible nommée Bossai , dont le vrai nom est Siro quai.

Dans le livre intitulé : Note explicative des objets exposés à /’ Exposition universelle de 1889, par l’École agricole et forestière de Komaba (ministère de l’Agriculture et du Commerce, Tokio, Japon), on lit : ce Le Kouwai. C’est une plante avantageuse à cultiver dans les terrains marécageux ; on en récolte les racines tuberculeuses à l’automne et on les emploie en cuisine; un seul plant produit douze ou treize tubercules, ce qui rend la production abondante; les tubercules ont une odeur aromatique particulière quand on les mange préparés culinairement. Aussi sont-ils estimés. Une variété

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( Scirpils orliculatus ) qu’on nomme Kouwai ou Shuita- Kouwa est, en botanique, une plante toute différente de la première ; mais ses racines sont semblables à celles de l’autre et seulement un peu plus petites. Elles se mangent à l’état frais. )>

M. le Dr E. Brelschneider, dans ses Early european researches , nous dit : Nous connaissons deux espèces de Sagittaires de Chine, c’est-à-dire : S. chinensis Sims et S. cordifolici Roxb. Je pense que c’est la première qui est grandement cultivée en Chine pour ses racines comestibles, sous le nom'de Tszku. Le Sagittaria trifolia L. (Chine) pourrait être, selon Kunth, le S. chinensis. Kunlli croit aussi que le S. sagittæfolia L., cité par Loureiro, est le N. chinensis.

Cependant, le docteur nous écrivait de Saint-Pétersbourg, le 7 juin 1887 : ce La Sagittaire que l’on cultive à Pékin pour ses tubercules est le S. macrophylla Runge, qui se distingue par ses énormes feuilles. Probablement il ne s’agit que d’une variété du S. chinensis. La culture de la Sagittaire ne parait pas très étendue en Chine. On en récolte les tubercules en automne; on en tire une fécule que l’on emploie comme celle des rhizomes de Nelumbium. »

« On dit que les Kalmouks du Volga ont recours à cette nourriture lorsqu’ils vont chasser dans les parages aquatiques habités par la Sagittaire. Ils comptent tellement sur cette ressource qu’ils ne se chargent d’aucune provision de bouche. Ses tubercules peuvent être mangés crus ou cuits. Martius compare la fécule qu’ils fournissent à celle que nous connaissons sous le nom d’Arrowrool, ce qui parle beaucoup en faveur de celle substance nutritive. » (Mouchon, Bromcitologie végétale , p. 281).

Dans son Histoire des plantes , volume II, Poiret dit, au sujet de notre Sagittaire commune : « Ses feuilles sont recherchées avec avidité par les chèvres, les chevaux, par les cochons surtout. Les bulbes nombreux de ses tiges souterraines en font une plante précieuse, trop négligée par nous, que les Chinois depuis longtemps cultivent comme plante alimentaire. Ces bulbes renferment une chair ferme et blanche, approchant de celle de la Châtaigne ; ils sont bons à manger, même crûs, ainsi quejel’ai expérimenté. Si l'hommeles dédaignait, il pourrait du moins en nourrir plusieurs des animaux qu’il élève.

« On conçoit combien il serait avantageux de multiplier cette plante au bord des étangs, des rivières, partout enfin où elle peut croître sans nuire à aucune autre production. »

Le Muséum nous a donné le Sagittaria maçrophylla. M. Lalour-Marliac nous a gratifiés d’une espèce qu’il a reçue de Leyde, sous le nom de S. chinensis latifolia et aussi de la charmante plante ornementale connue sous le nom de S. chinensis flore pleno.

Nous n’avons encore obtenu de tubercules d’aucune de ces plantes.

Arrow-head

Sagittaria sagittæfolia L., var. variabilis Micheli Monogr . phan., loc. cit. p. 68.

S. gracilis Pursh; S. hastata Pursh ; 5. latifolia Willd. ; 5. lati -

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