‹ Le potager d'un curieuxChapitre 90 sur 111 · ARROW-HEAD · texte numérisé non relu

ARROW-HEAD

folia Pursh ; 5. obtusa Willd.; S. simplex Pursh; S. longiloba Engelm. et Torrey.

Cetle espèce habite les lieux humides, les marais, etc., presque partout dans l’Amérique boréale, depuis

Fig. 74. — Arrow-Head

Sagittaria sagillæfolia, var. variabilis (tubercules).

Terre-Neuve et le Canada jusqu’à la Floride, la Louisiane et le Texas.

« Cette Sagittaire est quelquefois nommée Pomme de terre de cygne ou de marais. Son nom chippewa est

LE POTAGER D’üN CURIEUX

Wab-es-i-pinig . Elle croîl sur les bords vaseux des lacs et des rivières du nord-ouest, et ses racines tubéreuses tiennent une pla^e importante dans l’alimentation.

« Les oiseaux aquatiques en sont avides et, pour s’en régaler, se réunissent au printemps dans ces lieux favoris, ou les Indiens les tuent pour leurs propres festins.

Les racines (fig.74) sonlgénéralementgrosses comme des œufs de poule. Ellessonl grandement estimées quand elles sont crues, mais contiennent un suc laiteux amer, qui ne plaît pas cà l’homme civilisé. Ce défaut, toutefois, disparaît lorsqu’on les lait bouillir, et la cuisson les rend douces et agréables. Elles sont considérées comme excellentes lorsqu’elles sont cuites avec de la viande fraîche ou salée.

« Pour les recueillir, les Indiens entrent dans l’eau et les détachent avec leurs pieds de façon à ce qu’elles llotlent et puissent être récoltées.

« Leur forme est oblongue ; leur couleur est d’un jaune blanchâtre, rayée de quatre cercles noirs.

« La plante est également commune dans les Etats de l’Atlantique » (1).

MM. Vilmorin-Andrieux et Ci0 ont eu l’obligeance de demander pour nous en Amérique le Sagittaria variabilis. La plante est arrivée en très mauvais état ; deux pieds seulement ont survécu, et, mis en infirmerie à Reuilly, y ont recouvré la santé.

Ces deux pieds, mis dans des baquets, à Crosnes, se sont développés vigoureusement et ont émis de nom-

(1) Extrait du rapport du commissaire de l'Agriculture pour l’année 1870, Washington. Government printing office , 1870.

SCOLYME D'ESPAGNE

breux rejets, de sorte qu’ils n’ont pas lardé à envahir l’espace dont nous disposions. La plante a fleuri et nous avons pu en récolter les graines.

A l’entrée de l’hiver, nous avons procédé à l’arrachage de la Sagittaire américaine et nous avons eu le plaisir de récolter un bon nombre de tubercules gros comme des petits œufs, contenant une fécule abondante et légère. Cuits à l’eau, ces tubercules nous ont donné un légume, sinon de première qualité, du moins très acceptable, et nous ne doutons pas qu’on puisse arriver à les utiliser avantageusement dans le cas où la culture en serait tentée sur une échelle plus étendue.

Cette plante intéressante s’est montrée d’une rusticité absolue sous le climat de Paris.

SCOLYME D'ESPAGNE Vulgairement Cardillo ou Tagarninas.

Scolymus hispanicus L.

Fam. des Composées .

Indigène. Bisannuelle. Racine blanche, pivotante, assez charnue. Feuilles radicales oblongues, ordinairement marbrées de vert pâle sur fond vert foncé, très épineuses, rétrécies à la hase en forme de pétiole; lige très rameuse, atteignant environ 60 à 80 centimètres de hauteur, garnie de feuilles sessiles, décurrentes, très épineuses ; fleurs en capitules sessiles , réunies par deux ou trois, à fleurons jaune vif. Àchaines aplatis, jaunâtres, entourés d’un appendice scarieux, blanchâtre. 1 gramme

contient environ 200 graines, elle litre pèse 125 grammes. La durée germinative est de trois années.

Lorsque nous rencontrons, dans une publication peu connue et à peu près introuvable pour le plus grand nombre de nos lecteurs, un article écrit en parfaite conformité d’opinion avec nous sur la culture et le mérite

Fig. 75. — Scolyme d’Espagne.

de l’une des piaules de notre potager, nous n’hésitons pas à le reproduire en entier. Ainsi ferons-nous pour le Scolyme d’Espagne.

On lit dans le Bulletin de la Société d' Horticulture de l'Aube, volume I, page 217 :

Culture du Scolyme d' Espagne.

« S’il est un légume qui mérite d’être cultivé avec soin et qui soit, au contraire, négligé et presque abandonné dans certaines localités, c’est certainement le

SCOLYME D’ESPAGNE

Scolyme. Aucun légume ancien ou nouveau ne m’a paru posséder autant de qualités que celui-ci. Par la délicatesse du goût, par sa longue garde, par sa croissance rapide et l’époque où il paraît sur nos tables, il me parait pouvoir lutter sans trop de désavantage non pas avec la Scorsonère ou le Salsifis, avec lesquels il a les plus grands rapports, mais avec les Cardons et les Chouxfleurs, ces légumes auxquelles jardiniers donnent tous leurs soins; mais, malheureusement, le Scolyme ne réussit pas toujours lorsqu’il est abandonné à lui-même, et ses graines, soit qu’elles aient élé mal choisies ou conservées, soit qu’on les sème dans des conditions peu favorables, ne lèvent pas toujours très bien. Je vais indiquer, du mieux que je le pourrai, les procédés qui m’ont paru convenables jusqu’à présent et qui ont assez bien réussi. Je ne prétends pas avoir amené la culture à une bien grande perfection, mais j’ai la conviction que les amateurs qui auront réussi et apprécié une seule fois la valeur de ce légume ne l’abandonneront pas, malgré quelques mécomptes qu’ils pourront éprouver parfois.

« La graine de Scolyme est petite et se trouve renfermée dans une enveloppe membraneuse ou foliacée. Celte enveloppe, qui la cache à l'œil de l’examinateur, fait que celui-ci ne peut que bien difficilement en apprécier la qualité à la vue.

« Elle se sème du 20 juin au 15 juillet ; plus tôt, les plantes montent, fleurissent et produisent des racines peut-être un peu plus grosses, mais qui n’ont pas les qualités de celles qui n’ont pas donné de fleurs. Semée plus tard, le produit pourrait en être faible. Les graines sont mises dans des raies de 4 à 5 centimètres de profondeur, distantes entre elles d’environ 20 centimètres.

On ne doit pas craindre de semer un peu trop épais dans la raie.

« A celle époque de l’année, la terre est habituellement sèche, et, travaillée, elle se dessèche rapidement à la profondeur où vont les graines. Les arrosages, à moins d’être excessivement abondants, ne sont pas toujours un remède au mal. Pour remédier à celte sécheresse du sol, lorsque les raies qui doivent recevoir les graines sont faites, on les fait arroser au point d’y faire presque de la boue; on sème sur ce terrain mouillé et on recouvre avec la terre des bords de la raie, qui, elle aussi, a été mouillée.

« Cette humidité renfermée dans le sol s’y maintient assez bien, et quelques arrosements, si la température est trop sèche, suffisent pour faire lever les graines ; car, avec ce procédé de culture, il arrivera rarement que les graines ne lèveront pas en quantité suffisante. En général, les semis d’été réussissent peu, parce que les graines sont peut-être un peu desséchées par la haute température de la saison et parce que la terre renferme beaucoup moins d’humidité qu’au printemps et en automne. Si, à ces différences de conditions de germination, l’on ajoute la séparation du sol d’avec la graine parl’enveloppe membraneuse qui entoure celte dernière, on comprendra parfaitement pourquoi celte graine lève souvent très mal, et c’est, je crois, cet inconvénient qui en fait abandonner la culture.

« Les feuilles de cette plante, à l’exception des séminales, lui donnent une grande ressemblance avec un Chardon.

« Quand toutes les graines sont levées et que les plantes ont déjà pris un peu de force (quatre à cinq feuilles, non compris les séminales), il faut les éclaircir en laissant entre les plantes, dans la raie, une distance

SCOLYME D’ESPAGNE

d’environ 10 centimètres. Les plantes que vous avez arrachées avec soin pourront être replantées à demeure. Je dis arrachées avec soin; il faut, autant que possible, que l’extrémité de la racine, qui, à celte époque, n’est pas longue, ne soit pas cassée, et qu’en la replantant on ait soin de ne pas la contourner ni de la froisser. La transplantation faite, il faut tenir le terrain mouillé pour aider à la reprise.

« Le reste du travail, pendant l’année, consiste à tenir le terrain propre et à le sarcler une fois ou deux, et surtout aie bien arroser si le temps est au sec. Un peu d’eau de fumier, non trop forte pour ne pas brûler les feuilles, répandue sur ces légumes leur donnera une croissance rapide et assurera un beau et bon produit. Il arrive très souvent que les Scolymes ne prennent tout leur accroissement qu’à la fin de septembre et dans le courant d’octobre.

« Les Scolymes sont bons à manger à partir de la fin d’octobre ou du commencement de novembre. La racine est la seule partie de ce légume qui, jusqu’à présent, ait été reconnue digne de paraître sur la table. Au milieu de chaque racine se trouve une partie dure et ligneuse; ce centre, que sa dureté empêche d’être bon à manger, ne se sépare de la partie comestible que lorsqu’on les a fait cuire pour les préparer. Celle séparation s’opère facilement. Des essais de culture n’ont pas encore pu, à ma connaissance, rendre cette partie ligneuse moins dure, de manière qu’on puisse s’abstenir de l’ôter pour la préparation. Cependant, quelques personnes pensent que c’est ce résultat que la culture maraîchère pourra atteindre.

« Quand les hivers sont doux, les Scolymes peuvent rester au jardin jusqu’au printemps, époque où ils vont pousser; mais, quand on craint qu’ils ne recommencent

leur végétation, on les arrache, on coupe la parlie supérieure de la racine qui tient aux feuilles et on les enterre dans du sable, à la cave. Ils se conservent ainsi bons jusqu’en juin; mais, en général, il serait prudent, quand l’biver approche, d’en arracher une partie, de la préparer comme je l’ai dit, de la descendre à la cave et de couvrir avec de la paille ou des paillassons les plantes qui sont restées au jardin. Quoique le froid ne paraisse faire périr que le sommet de la racine, le mal est toujours plus grand qu’il ne paraît, parce que la partie gelée entraîne, au dégel, la pourriture de la partie qui la touche. Dans l’arrachage, soit du printemps, soit de l’automne, on choisit les plus jolies plantes pour por ter de la graine. On les place au printemps, à 30 ou 40 centimètres de distance, dans un endroit écarté du jardin, mais bon et bien aéré.

« En juin et juillet, les plantes montent et donnent des fleurs jaunes ; mais ces fleurs, qui naissent à l’aisselle des feuilles, se succèdent sans cesse, et quelquesunes ont déjà mûri leurs graines lorsque les aulres s’épanouissent.

« Si les plantes n’étaient pas hérissées de feuilles plus piquantes que celles du Houx, on pourrait essayer de ramasser les graines à mesure qu’elles mûrissent ; je ne connais pas d’amateur assez zélé pour l’avoir voulu faire. On saisit le moment où les plantes paraissentavoir la plus grande quantité de graines mûres ; on les coupe, puis on les place sur un linge, dans une corbeille, dans un lieu bien sec. Après quelques jours, on les bat et l’on recueille les graines, qui ont besoin d’être vannées afin de séparer celles qui ne seraient pas bonnes. Cette opération doit être faite avec soin; bien des graines qui paraissent ne pas pouvoir germer lèvent cependant très bien, ce dont j’ai pu m’assurer en les vannant une

SCOLYME D’ESPAGNE

année, au printemps, avant de les semer. Des graines qui étaient tombées, comme mauvaises, dans une position peu favorable à leur germination ont cependant bien levé et en quantité. »

La Note qu'on vient déliré enseigne tout ce qu'il est utile de savoir lorsqu’on veut cultiver le Scolyme d’Espagne. Elle attribue, probablement avecraison, l’abandon dans lequel est resté ce légume à l’irrégularité de la germination des graines, et elle indique le moyen de lever cette difficulté. Peut-être le motif qu’elle indique n’est-il pas le seul. Un des principaux obstacles au succès d’un légume, si bon qu’il soit, vient des cuisinières et de leurs habitudes routinières. Elles repoussent vraisemblablement le Scolyme parce qu'il leur faut, après cuisson à l’eau de sel, enlever la partie centrale des racines, qui est presque toujours ligneuse et immangeable. Cependant, tous les légumes leur donnent au moins autant de peine. Ne faut-il pas enlever le foin des Artichauts, passer les purées, écosser les Fèves, les Pois, les Haricots, hacher les Epinards, etc. En quoi l’ablation de la corde du Scolyme est-elle plus laborieuse que ces diverses opérations? Nous espérons que les maîtresses de maison, après avoir reconnu la supériorité des racines du Scolyme sur tous leurs similaires, parviendront à vaincre la résistance de leurs cordons bleus.

Le Scolyme, une fois levé, est une plante rustique. Il n’occupe la terre que trois mois et demi ; la saveur de ses racines est, selon nous, infiniment plus agréable que celle des Scorsonères et des Salsifis, qui occupent le sol deux et trois fois plus longtemps. Nous 11e saurions donc trop en recommander la culture.

3li

En Espagne, on emploie le Scolyme autrement qu’en France, où l’on ne mange que ses racines. Nous l’ignorions avant d’avoir lu une Note de E. Bourgeau, botaniste-voyageur, insérée dans la Revue horticole , année 1852, page 60, note que nous croyons devoir reproduire :

« Plante comestible, potagère, spontanée dans la partie méridionale de l’Espagne, ce qui fait qu’on ne l’y cultive presque pas ; mais il n’en est pas de même aux environs de Madrid.

<( Ce sont les pétioles et la côte moyenne de la feuille que l’on emploie dans les cuisines espagnoles, soit en petits paquets mis au pot-au-feu, soit préparés de différentes manières et réunis à la viande, soit enfin ajoutés aux œufs, aux omelettes, etc.

u Vers le 1er janvier, les champs sont presque partout couvert de rosettes de feuilles que les paysans récoltent à la manière du Pissenlit, c’est-à-dire à 1 ou 2 pouces de la racine pivotante. On débarrasse le limbe de la feuille, en conservant seulement toute la longueur de la côte, que l’on réunit et que l’on attache comme une Laitue romaine. Chacun prépare ce légume comme il lui convient, soit qu’on conserve un peu de racine, soit qu’on la supprime tout à fait. En janvier et lévrier, dans les marchés, on en vend la douzaine 30 centimes; en mars et avril, la douzaine ne vaut plus que 15 centimes.

« Les marchés en sont couverts pendant cinq mois de l’année, et, par sa grande consommation dans le pays, la plante produit chaque année aux habitants de la campagne une assez bonne recette. La vente finit en mai ; à cette époque, les feuilles deviennent trop dures et trop piquantes pour être mangées. »

SCORSONÈRE DÉLICIEUSE

<( La racine longue et charnue du Scolyme est usitée comme légume en Provence et en Languedoc, où la plante croît abondamment; à Montpellier, on la nomme Cardouille. Elle n’y est pas cultivée ; on la ramasse sauvage dans les champs, et, comme l’axe central est ordinairement ligneux, on fend la racine longitudinalement, on la retranche, et c’est la partie corticale, liée par petites bottes, qui se vend » (1).

En terminant, nous renouvelons le conseil de cultiver le Scolyme d’Espagne.

SCORSONÈRE DELICIEUSE

SCORZONERA DELICIOSA ÜGuSSOIie.

Index seminum horto Boccadifalco , 1825, p. 11; h'ioræ sicidæ synopsis , II, p. 389; DG. Prodr., vol. VII, p. 118.

Fam.des Composées.

Sicile. Plante vivace à racine tubéreuse, cylindrique oblongue ou presque globuleuse, brune extérieurement, blanche à l’intérieur; tige simple, rarement rameuse à la base; feuilles linéaires lancéolées, acuminées, planes, glabres, un peu tomenteuses à la base ; capitules solitaires à l’extrémité des rameaux; écailles de l’involucre glabres, aiguës, les extérieures lancéolées, terminées en pointe aiguë. Fleurs pourpres.

Voici ce que dit Gussone de la Scorsonère délicieuse : « Les racines de cette espèce sont employées

(1) Le Bon Jardinier.

en Sicile, confïles dans le sucre, puis dissoutes dans l’eau froide ; on en fait aussi des sorbets rafraîchissants, glacés et parfumés au Jasmin à grande tleur, aromate qui les rend très agréables; enfin, elles sont classées parmi celles qui fournissent des décoctions rafraîchissantes. »

Cette plante ne nous parait pas justifier fambi lieuse qualification qui lui est donnée par le botaniste italien. Nous l’avons reçue de M. E. Morel 1 i , ingénieur, et de M. Todaro, notre collègue, jurisconsulte éminent et directeur du Jardin botanique de Païenne.

Ce dernier nous écrivait, le 27 avril 1886: « Quant à ce qui concerne les quatre plantes demandées, la Scorsonère délicieuse est la seule d’entre elles que nous possédions dans le jardin et qui croisse spontanément dans les environs de Païenne... Celle espèce, dont on fait un très grand usage en Sicile, soit en décoctions, soit enjuleps, soit en sorbets, cultivée en pot, périt si on l’arrose après la floraison. »

Dans le cours de la même année, nous recevions de M. E. Morelli plusieurs lettres, dont nous extrayons ce qui suit : « Je n’ai jamais entendu parler du Scorzonera hors de Sicile, et, même là-bas, il n’est employé que par les confiseurs, qui en fabriquent un sirop qu’on consomme, soit en boisson de même manière que celui d’orgeat, de Citron ou autre, soit pour la confection des glaces...

a ... En Sicile, on ne fait pas de semis, mais on multiplie les plantes par simple séparation des racines, ce qui se pratique en octobre et novembre. La plante étant tout à fait sauvage on ne lui donne aucun soin. La récolte des racines, qui forment la seule partie em-

SCORSONÈRE DÉLICIEUSE

ployée, se fait en tout temps en arrachant la plante dès que ses racines sont parvenues à la grosseur normale.

« Pour s’en servir, on les écrase le mieux possible, puis on les jette dans un sirop de sucre aqueux, qu’on fait toouillir jusqu’à concentration et qu’on filtre sur un linge. On peut aussi les confire dans le sirop, ayant soin d’abord de les passer à l’eau bouillante pour pouvoir en enlever l’écorce...

« ... A Palerme, on en fait des décoctions rafraîchissantes, du sirop, de la confiture. Le sirop se vend par le meilleur confiseur de l’endroit 1 fr. 10 la bouteille d’environ 400 grammes, la confiture 3 fr. 20 le kilogramme; l’un et l’autre contiennent assez, et même trop de sucre, de sorte qu’il n’y a rien à craindre du voyage.

« La plante supporte parfaitementle froid. En Sicile, on la trouve même sur les montagnes, où elle passe l’hiver sous la neige.

« Mon jardinier prétend qu’on récolte une partie des racines quand les feuilles commencent à se flétrir, c’est-à-dire vers la moitié d’août; on en laisse une partie pour ne pas détruire les plantes, ce qui est d’autant plus important que, dans une plantation nouvelle, on ne peut récolter que la seconde année, tandis qu’une fois les plantes bien établies on peut en retirer des racines tous les ans.

« Cependant, dans le fait, ici on ne cultive pas celte plante; elle vient spontanément dans les montagnes, sans aucun soin. Il est donc probable que, dans un terrain cultivé, elle pourrait produire plus abondamment. Celle même observation doit être faite quant à la question de savoir si l’on peut manger les racines comme légume. Ici, la fibre en est très dure; pour s’en servir à préparer les tisanes, on la râpe après l’a-

voir échaudée pour en enlever l’enveloppe extérieure. 11 n’est pas improbable que, sous votre climat et dans un meilleur terrain, elle ne soit plus tendre. »

Nous avons peu de chose à ajouter aux renseignements fournis par les lettres dont nous venons de donner des extraits. Nous ne pouvons guère espérer que les racines du Scorzonera deliciosa deviennent assez tendres pour être employées comme légume. Qu’elles constituent des décoctions rafraîchissantes; qu’elles fournissent la matière de sirops, de confitures, de sorbets glacés, c’est un fait acquis, puisque, sous ces diverses formes, elles sont d’un usage général en Sicile; mais nous sommes obligés de contredire le savant Dr baron von Mueller, qui, dans ses Select extra tropical Plants , nous présente le Scorzonera deliciosa comme une espèce à fleur pourpre , égale , sinon supérieure dafis ses usages culinaires , au Salsifis , dont elle est voisine.

Nous avons planté en pleine terre des racines du Scorzonera deliciosa; elles ont bien végété. Nous les avons couvertes pour l’hiver de châssis et de feuilles. Qu’elles passent l’hiver sous la neige dans les montagnes de la Sicile, ce fait ne nous autorise pas à croire qu’elles puissent résister au froid dans les environs de Paris; des précautions sont nécessaires.

M. E. Morelli nous a envoyé du sirop et des confitures du Scorzonera. Ces dernières nous sont parvenues dans le plus fâcheux état. Toutela partie liquide s’était écoulée dans la caisse qui les contenait et il ne restait dans les pots qu’une pâte insipide.

Le sirop était excellent.

SEKÀKUL

SEKAKUL

Malabaila Sekakul Russell; Alepp. II, p. 249. (Syn. : M. platyptera Boiss. ; Pastinaca dissecta Vent..; Pastinaca Sekakul Rauw. ; Leiolulus alexandrinus Ehrenb.).

Fam. des Ombelli fèves.

Plante vivace, indigène et cultivée en Anatolie, en Arménie, en Syrie, en Palestine, etc. (Boissier, Flora orient alis , vol. 2, p. 1057). La racine en est tubéreuse, oblongue ; les feuilles bipinnatiséquées, à segments dentés ou incisés. La plante entière atteint 30 centimètres de hauteur ou un peu plus.

Dans une note publiée dans le Journal de V Académie d' Horticulture, 2e édition, tome Ier (1831), p. 134, De Candolle regrette que la culture de celte Ombellifère d’Orient n’ait pas été plus soignée en Europe.

Sa racine, dit Rauwolf ( Travels , vol. I, p. 66, éd. Rai, Londres 1693), e st cylindrique, pivotante, grisâtre à l’extérieur, blanche en dedans, de consistance délicate et comme médullaire, épaisse d’un pouce et longue d’un pouce et demi. Elle a, au lieu de fibrilles, des sortes de nodosités semblables à des verrues. Sa saveur est douce et ressemble pas mal à celle delà Carotte. Jean Bauhin et Morison en ont donné de grossières figures, et, dès lors, cette plante fut presque oubliée des naturalistes européens. Miller en fit une courte mention dans son dictionnaire sous le nom inexact de Tordylium Sekakul. Russell, dans la relation de son voyage à Alep, vol. II, p. 249, la désigne sous le nom de Pastinaca Sekakul ; il la cite avec éloge comme plante alimentaire.

Olivier et Bruguières la récoltèrent dans les environs d’Alep el en envoyèrent des graines à Cels. Les plantes qui en furent obtenues ont été décrites et figurées par Ventenat, Jardin de Cels , ta b. 78, sous le nom de Pastmaca dissec ta.

Le Sekakul rappelle le Panais par ses fleurs jaunes et par ses fruits, mais il se distingue facilement à première vue, par ses feuilles très découpées, à lobes dentés.

Dans la note que nous citons et dont la publication remonte à plus de soixante ans, De Candolle disait : « La racine me paraît avoir plus de rapport avec le Panais qu’avec la Carotte, et si à la délicatesse du premier, elle joint la saveur de la dernière, elle semblerait mériter d’être introduite dans nos jardins potagers. »

Nous n’avons trouvé, dans nos recherches sur les expériences poursuivies en vue de la culture de plantes alimentaires nouvelles dans les jardins d’Europe, aucune trace d’essais tentés avec le Sekakul. Ajoutons à notre grand regret que, malgré les demandes que nous avons faites en Orient, il ne nous a pas encore été possible d’obtenir des graines de cette Ombellifère, sur la valeur de laquelle nous aurions cependant tenu (à être fixés.

Nous citerons encore une autre Ombellifère que nous désirions beaucoup cultiver et que nous n’avons pu réussir à nous procurer ; c’est le Sium Helenianum Hook. f. , Icônes plantarum , pl. 1032, plante originaire de l’île de Sainte-Hélène, dont les tiges vertes sont ven-

SERI

dues sur les marchés sous le nom de Jellico , et que l’on mange crues [Official guide of the Muséums of Economie Botany [Dicotyledons and Gymnosperms], 2e éd. 1886, p. 83).

SERI

Panturasee (Bengalais.)

OEnanthe stolonifera DG.

Phellanclrium sloloniferum Roxb. ; Dasycoma subpinnalum Miq.

Fam. des Ombelli fèves.

Plante vivace, originaire des lieux marécageux du Japon de la Chine et de l’Inde.

« Cette herbe des marais est employée comme Epinard. » (Mueller, Select, etc.).

« Le Seri ou Œnanthe stolonifera vient à l’état sauvage dans les terrains humides et dans les marais ; toutefois, celui qui est livré au commerce est lerésultat de la culture et se mange cuit. » [Le Japon à fi Exposition universelle de 1878, vol. II, p. 137).

« Suivant la Commission japonaise, on cultive fréquemment le Seri, qui entre dans l’alimentation et se mange cuit à l’eau et salé. » (Dr Mène, Des productions végétales du Japon).

Une Note qui nous a été obligeamment communiquée fait connaître le mode de culture pratiqué au Japon. Elle est datée de Yokohama, 22 octobre 1886.

« La plante ne se reproduit pas par graines; elle se reproduit de la manière suivante : le terrain doit être vaseux et constamment couvert d’eau. Le terrain des rizières, ici, convient très bien à la culture du Seri. On commence par bien remuer le terrain, afin d’obtenir une boue liquide et régulière, et on la laisse reposer environ une semaine. On prend ensuite les racines, que l’on coupe par petits bouts de 2 centimètres environ, et on les sème sur un terrain préparé. Le semis doit être assez clair. On appuie ensuite les racines afin de les faire pénétrer légèrement dans la boue. Au bout de quatre à cinq jours, on commence à voir pousser les feuilles. Il est bon alors, autant que possible, d’augmenter la quanlité d’eau à proportion de la croissance de la plante, mais en ayant soin de laisser toujours les feuilles au dessus de l'eau.

« On peut faire l’essai de celte culture dans une caisse, pourvu que le fond de vase soit de 8 à 10 centimètres. »

La Note qu’on vient de lire accompagnait l’envoi d’une quantité de plants de Seri , bien emballés, qui devaient arrivera Paris à bon port, au dire du Japonais expérimenté qui faisait l’expédition; cependant, ces plantes étaient mortes pendant le voyage, et une demande nouvelle a été adressée à Yokohama.

OEnanthe sarmentosa Nutt.

Nous avons cultivé cette espèce, qui nous a été envoyée de l’Amérique du Nord. Ses jeunes liges et ses feuilles sont mangées parles Indiens de l’Orégon.

La plante a poussé vigoureusement dans nos bassins,

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