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CHAPITRE SIXIÈME

Distribution du terrain à mettre en jardin potager, — Sa division en carrés, planches et plate-bandes, Allées principales et sveondaires ; sentiers, Distribution des arbres fruitiers et des plantes d'ornement. - -Largeur des planches et des plates-bandes. — Cütitres et ados, — Couches chaudes ; leur formation, leurs usages, — Couches tièdes et couches sourdes, — Chässis, cloches et paillassons,.

Avant d'entrer dans le détail des cultures qui appartiennent en propre au jardin potager, nous avons à compléter les notions générales dont l'exposé a commencé dans les chapitres précédents, pur l'indication des procédés qui ont rapport à la distribution du sol destiné à former le jardin, et à la manière d'en disposer les différentes parties, suivant la nature des plantes qu'on se propose d'y cultiver.

La distribution du terrain varie suivant qu'il s'agit de créer un potager, un verger ou un jardin d'agrément ; mais elle dépend aussi de l'exposition du sol, de sa forme, de son étendue, de son éloignement ou de sa proximité des clôtures et des habitations, du voisinage de l'euu, etc. On ne saurait formuler à cet égard une règle générale ; l'usage et l'examen attentif de jardins existant déjà peuvent seuls enseigner ce qu'il convient de faire dans tel ou tel cas donné.

Quelles que soient cependant les conditions auxquelles on se trouve assujetti, il y a des prescriptions qui s'appliquent à toutes : c'est la division du terrain en carrés. en planches et en plates-bandes, séparés par des allées ou de simples sentiers ; il est en effet de toute nécessité qu'on puisse partout circuler entre les cultures avec les appareils et ustensiles usités dans la culture des jardins, soit pour donner les soins de maind'œuvre ordinaire, soit pour les arrosages, soit enfin pour la récolte des produits.

Le cas le plus simple serait celui où le terrain qu'on veut mettre en jardin formerait à peu près un carré partout de niveau, ou du moins peu incliné et d’une inédiocre étendue, comme un demi arpent, par exempie, la commodité seule indiquerait qu'une allée principale devrait le diviser dans le sens de sa longueur à partir du côté où se trouve la porte d'entrée, qui, autant que possible, correspondrait à cette allée. Mais, avec une étendue de terrain p'us considérable, une seule allée ne suffirait plus ; il en faudrait deux, trois, ou un plus grand nonbre, marchant parallèlement les unes aux autres, et qui seraient coupées à angle droit par d'autres allées transversales divisant, avec elles, le sol en carrés. Ces carrés seraient eux-mêmes subdivisés en planches séparées par des sentiers, ou cultivés tout d’une pièce, suivant la nature des plantes que l’on aurait à y mettre.

Mais, comme nous l'avons dit précédemment, il est rare qu'un mêine jardin d'utilité ne soit pas consacré à la culture de plantes appartenant à la fois au potager et au verger, que

les légumes ne s'associent pas aux arbres fruitiers, et même, jusqu'à un certain point, aux plantes d'ornement. Cela étant, il en résulte, dans la distribution du terrain, des dispositions particulières que nous allons faire connaître, en supposant qu'il s'agit ici de la création d'un jardin potager, le plus utile partout et le seul in lispensable à un ménage agricole.

Toutes les allées un peu larges, en un mot, qu'on Le peut pas considérer comme de simples sentiers, doivent autant que possible, être bordées de chaque côté par une plate-bande qui leur est parallèle et qui est occupée par des arbres de p'ein vent, soit nains, soit à haute tige. Ces plates-banles se détachent du carré voisin par un sentier qui perimeë de circuler tout autour et qui les isole des planches proprement dites dans lesquelles le carré peut être divisé, et dont la direction, le plus souvent, est perpendiculaire à la leur. Quand il s'agit de la principale allée du jardin, celle qui répond à la porte d'entrée ou qui fait le plus directement faces aux habitations, on peut entreméler quelques plantes d'ornement aux espèces plus utiles cultivées dans les deux plates-bandes qui la bordent. Ce sont en général des arbustes ou des p'antes à fleurs. On doit alors donner la préférence aux espèces vigoureuses, faciles de culture et assez étoftées pour former des massifs propres à être aperçus de loin.

Le tracé des allées, des planches, des plates-bandes et des sentiers qui séparent ces dernières les unes des autres, n'offre aucune difficulte d’execution, quand une fois on a arrêté le plan d’après lequel on veut distribuer son terrain. Tous ces travaux se font à l’aide du cordeau et du sarcloir

qu'un peu d'habitude apprend à manier avec dextérité. Les proportions à donner aux différents compartiments que l'on décrit ainsi sont variables ; cependant on peut fixer des mesures dont, en général, on ne s'écarte guère, à moins de circonstances particulières ; 1 verge 20 p. suffit d'ordinaire pour la prircipale allée d'un jurdin potager; 1 verge

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pour les allécs secondaires, et 25 pouces ‘ou même moins pour les sentiers qui séparent les planches entre elles. Les planches elles-inêmes ne doivent que rarement dépasser 1 verge et demie de largeur, c'est-à-dire le double de la distance que peut atteindre avec la main un homme agenouillé sur le Lord de la planche. Cette disposition a pour but de faciliter les difiérents travaux que l'on a à exécuter, tels que le surclage, l’arrosage, la récolte des produit etc, sans être obligé de mettre le pied sur la planche elle-même. Quant à leur lorgueur, elle n’a d'autre limite ane celle des carrés dont ces planches font paitie, et, quelquefois celle du jardin luimême.

Tels sont les travaux préparatoires qui s'appliquent à la généralité des jardins ; mais on ne s’en tient pas toujours à ceux-là ; il en est d'autres plus spécialement relatifs au jardinage maraicher, et qui caractérisent la culture avancée telle qu'en la pratique aujourdhui. Ce sont, en général, ceux qui ont pour but d’activer le végétation pour Ja production des primeurs, ou de permettre la culture de plantes appartenant à des climats plus chauds que le nôtre, et qui, sans ces précautions, ne réussiraisnt pas. Examinons d'une manière sommaire les difléients moyens employés pour arriver à ce résultat.

Les planches et les plates-bandes dont il a été question tout à l'heure n'offrent rien de particulier dans leur Cxposition : elles scnt de niveau avec le reste du jardin ou en suivent toutes les inclinuisons, lorsqu'il n'est pas horizontal. Mais cette disposition est loin d’être la meilleure dans nos climats rigoureux, [our tirer du sol d'un Jjrrdin tout ce qu'il peut preduie, et on obtient un avantage marqué lorsqu'on peut leur dorner une exposition et une inclinaison telles, qu'elles reçoivent du soleil la plus grande sonime de chaleur possible, C'est la connaissance qu'avaient les jardiniers des effets d'une certaine pente vers le midi qui leur a fait imaginer les côtières

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et les ados, aujourd'hui si fréquemment usités dans les jardins maraichers,

Cütières. On nomme cétière une plate-bande plus ou moins large, abritée par une c'ôture ou un rideau d’arbustes, soit centre le vent du nord, soit contre les autres vents dominant dans le pays, et légèrement inclinée du côté du midi. Les légumes que l’on y sème ou que l'on y plante sont de plusieurs jours en avance sur ceux qui croissent en plein carré.

Ados. On corrige par la formation d’udos l'horizontalité des carrés d’un jardin. Ces ados ne sont autre chose que des planches ou plate-bandes dirigées autant que possible de l’est à l’ouest et inclinés dans le sens de leur largeur, de marière que celui de leurs côtés qui regarde le nord soit p'us élevé que le côté opposé. Le labour achevé, on tend un cordeau sur la crète de lados pour l'aligner au moyen d'une bêche qui sert à en trancher le bord, à le rendre plus aigu et à en consolider la terre en la comprimant sur le côté tourné au nord, qui devient ainsi un talus presque vertical. La terre retranchée est remis: sur l’ados.

Couches. Mais il est un moyen plus puissant d'activer la végétation, c'est l'emploi des couches et de leurs accessoi es, tels que les chéssis vitrés. Elles sont d'un tel usage aujourd'hui dans les jardins maraichers et les potagers en particulier, que si on voulait y renoncer, il faudrait renoncer en même temps à la culture d’une bonne moitié des légumes et des autres plantes alimentaires qui font la base de cette partie de l’horticulture

Les couches, considérées d’une manière générale, sont des amas de fumier, de feuilles, de mousses et autres substances fermentescibles, disposés en une sorte de planche qu'on rccouvre de terreau et dont la longueur, lu largeur et l'épaisseur varient suivant les saisons et le genre de plantes que l'on veut cultiver. Quelquefois, mais ce n'est pas le cas le plus

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fréquent, les couches sont enterrées dans des fosses carrées ou rectangulaires, et ne font, Par conséquent, qu'un faible relief au-dessus du niveau du terrain, Les jardiniers, du reste, modifient leurs couches de bien des manières, mais on peut les réduire au trois classes suivantes :

a. Couches chaudes. Ce sont les plus importantes de loutes. On les construit entièrement avec du fumier de cheval, pris autant que possible au moment où on le retire de l'écurie. Si le fumier était déjà un peu ancien au moment où il faudrait l'employer et qu'il eût été tenu au sec, il suffirait, comme nous l'avons dit à l'occasion, d'ouvrir le tas et de le mouiller immédiatement avant de le faire servir à la construction de la couche ; cette précaution suffit pour le faire entrer presque aussitôt en fermentation.

La meilleure manière de former une Couche consiste à déposer le fumier par lits successifs sur la place qu'elle doit Occuper, et à le tasser au fur et à mesure en le foulant sous les pieds. L'art du jardinier consiste à bien égaliser ces lits, Pour que la couche, en arrivant à la hauteur qu'elle doit avoir, soit partout également de niveau. Si le fumier n’est pas très-récent et qu'il soit sec, on profite de l'occasion pour l'arroser.,

Les couches chaudes ont ordinairement de 25 pouces à une verge de hauteur, sur une largeur qui varie de 35 à 45 Pouces et une longueur indéterminée, mais qui est rarement moindre que 2 ou 3 verges. Les plus étroites, et en même temps les plus basses, sont presque toujours réservées aux plantes dont on veut obtenir les produits de très-bonne heure, et cela, parce qu'il est facile de les réchauffer lorsqu'elles commencent à perdre de leur chaleur, au moyen de réchauds de fumier qu'on applique sur leurs côtés. Celles qui ont Une verge ou même un peu plus, de large, se refroidissent plus lentement, mais aussi profitent moins de l'action des réchauds.

Toutes ces couches doivent être recouvertes d’un lit de

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terreau de 4 à 5 pouces, qui provient de vieilles couches rompues ; mais cette épaisseur peut être augmentée s’il s'agit d'y cultiver des plantes à racines qui plongent profondément dans la terre; enfin, si elles doivent y rester longtemps, il y a souvent avantage à mélanger le terreau avec moitié de bonne terre grdinaire de jardin: dans le cas contraire, le terreau seul serait préférable.

=°s châssis consistent en panneuux vitrés (figure 14) qui reposent sur une sorte de caisse ou de coffre, comme disent les jardiniers, qui erboite la partie supérieure de la couche. Ce serait une dépense inutile que de donner à ces coffres la p'ofondeur même de la couche ; il suffit qu'ils aient de } pied

Fig. 14.— Panneau vitré pour châssis.

à 14 pi.d de hauteur ; mais il faut qu'un des côtés, ordinairement celui qui regarde le nord, soit plus haut de quelques lignes que le côté opposé, pour que l'eau de pluie ne séjourne pas sur le verre. On les pose sur la couche, dont ils ont la largeur, et on les soutient à l'extérieur par des talus en terre. Les bois blancs doivent être préférés aux autres pour la construction de ces cottres, d’abord parce qu’ils sont moins chers, ensuite parce qu'ils laissent plus facilement passer la chaleur des réchauds dont on peut avoir besoin pour ranimer celle de la couche, Les réchauds de fumier ne sont autre chose que de petits tas de fumier de cheval dont on entoure les couches

b. Couches tièdes. Ce que nous venons de dire de la

Construction des Couches chaudes s'applique également à celle des couches tièlles ; ce sont les mênes Proportions et les mêmes procédés, Toute la différence Consiste dans la nature du fumier employé, Tandis qu'on ne peut faire des couches Chauiles qu'avec le fumier de cheval tout au plus mélangé de celui d'âne on du mulet, les couches tièdes se Composent de fumier de cheval, de vache et de moutsx par portions égales, qui, même réunis, ne forment guère que le tiers où au plus la moitié de Jr Couche ; le reste se Compose de fenilles d'arbres, soit sèches, soit ramassées en automne sous les arbres et conservées en tas déjà plus ou moins décomposées,

Il arrive assez Souvent qu'une chaleur très-intense se développe dans ces sortes «de couches pendant les premiers jours, ce qui tient à ca que le fumier était, au moment de son emploi, on trop humide ou trop riche en matières animales. Il ÿ aurait danger alors à Y Seler des graines : on doit attendre pour Je faire qne la Couche ait, comme On «lit, jeté son feu. Il suffit qu'elles aient une chaleur très-modérée, qui d'ailleurs est entretenue longtemps par la décomposition lente des feuilles On ne doit Pas oublier que les Couches tièles se font à une Poque de l'année où Je soleil prend une certaine force, et où Par Conséquent Ja Chaleur de l'atmosphère ambiante vient Puissamment en aide à la végétation.

€. Couches sourdes Celles-ci ne donnent, Comparative. ment aux p res, qu une très-faible Chaleur, qui n'est guère Supérieure » je de la terre elle-même, mais aussi elle dure très-longtemps On les Construit toujours dans une fosse creusée en terre, de 12 à 15 pouces de profondeur, Le fumier qu'on y emploie est À deini Consomimné ; c'est ordinairen,ent Celui qui a servi À la construction de couches Chaudes et de Couches tièles, et qui n'est plus Propre à fournir ln Chaleur qu'on cherche à obtenir Par ces deux dernières espèces de couches Lorsqu'elles sont recouvertes de terre, elles ne s'élèvent guère que de quelques pouces au-dessus du niveau du sol.

Van, | mue.

ne, | ner eammmmmmmmanmrnammmmeneenens on

Les couches sourdes ne reçoivent ni coffres ni châssis vitrés ; leur principale destination est d'achever en plein air la culture de melons commencée sur couche chaude ou tiède ; mais elles servent souvent aussi à la culture de beaucoup d'autres plantes potagères dont on veut hâter la croissance et fait durer ln récolte jusqu'aux premiers froids. Dans ce dernier cas, si la saison est avancée et les nuits dé à fraiches, on les couvi® le soir de paillassons ou des toiles, que l'on enlève dans la matinée,

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