SCENE m
POUPART
Je pourrais revenir.
LUC
Oh ! ce n'est plus ça. Un pourboire, ça se donne sur le moment, pas six mois après.
ETIENNE, impatienté, à Pouparl.
Dites donc, vous n'avez pas d'autres dépèches à porter ?
POUPART, tristement.
Oh ! si !
ETIENNE
Il faut vous hâter mon ami, il faut vous hâter.
POUPART, sortant à pas comptés.
Je me hâte. . . je me hâte. . . (// va franchir la porte).
LUC
La voilà bien l'administration.
POUPART, heureux de cette occasion de revenir^
L'administration ! Monsieur ! Je vous défends de dire en ma présence, du mal de l'administration ! (Avec volubilité.) L'administration est une mère, un père, un frère, une sœur, un foyer, une cuisine, un salon, une chambre à coucher, une femme du peuple, une princesse, un placard, un boudoir, un fumoir, un tiroir, un chien de {»arde, un cheval de bataille, et une vache à lait. Le Français est né fonctionnaire, en naissant, il aspire à la retraite, Le Français aime les situa-
tiens stables et sans aléas, à l'âge de cinq ans, il fait avec l'argent de sa tire-lire des placements de père de famille. Eh bien ! si vous supprimez cette administration, que l'Europe a cessé de nous envier, mais que nous apprécions toujours, si vous supprimez cette administration, que devient le Français? Je parle du Français proprement dit, du citoyen. 11 tombe au rang des bipèdes qui remplacent les esclaves dans nos civilisations modernes, j'ai nommé : les contribuables.
ETIENNE '
.le ne vous retiens pas.
POUPART, regardant au dehors d'un air inquiet.
Et vous avez grand tort. Monsieur ! (soupirant.) Vous verriez que je ne resterais pas ici pour rien.
ETIENNE
Vous êtes trop aimable.
POUPART, sans bouger.
Oui, je vois bien que je vous gêne... (Un temps.) Et puis, j'ai ces dépêches à porter ! (Se décidant.) Enfin ! (// sort lentement.)