PRÉFACE
La notion abstraite du beau a été étudiée dans tous les siècles où la pensée humaine a pris quelque essor.
Depuis Platon jusqu’à nos jours , la philosophie spiritualiste a conçu l’idée du beau comme absolue et immuable ; l’opinion contraire n’est guère défendue aujourd’hui que par les théories sensualistes.
Mais, entre l’idée absolue du beau et les transformations quelle subit dans ses applications, il y a un abîme. Chaque art a ses règles particulières dépendantes de la nature d’expression qu’il est appelé à produire ; il est impossible de les faire sortir d’une notion métaphysique. C est donc dans les exemples des génies supérieurs, et dans les traditions successivement développées par eux, que le peintre doit chercher la lumière destinée à eclairer ses efforts.
Dans ces derniers temps, la critique a emprunté à la philosophie des expressions mal définies et encore plus mal appliquées. Nous avons eu de l’art panthéiste, de la peinture réaliste, naturaliste, idéaliste, etc. 11 serait opportun de rentrer dans le vrai en sc proposant pour objet 1 accord de la natui c et de l’idéal exprimé dans la langue de tout le monde.
Far ces motifs, nulle mémoire en France, à notre époque, ne saurait être plus utilement rappelée que celle du Poussin.
PRÉFACE. in
Nous avons lu tout ce qui a été publié sur lui ; les notices sont assez nombreuses, mais en général elles se reproduisent les unes les autres. Les écrivains originaux sont Félibien et les trois biographes italiens Bellori , Baldinucci et Passeri ; le musée du Louvre possède du maître un grand nombre de tableaux, et des dessins plus nombreux encore ; les éléments d’étude ne manquent donc pas.
Les lettres du Poussin le font mieux connaître que tout ce qui a été écrit sur lui. C’est par cette raison que nous les avons citées souvent. L’édition de 1 824, quoique faite sur un manuscrit défectueux et trop librement corrigé par l’éditeur, retient néanmoins l’empreinte du caractère vrai et sérieux de l’homme. Nous en avons quelquefois adopté le texte, nous l’avons plus souvent modifié d’après les autographes que vient d’acquérir la Bibliothèque impériale , et qui doivent servir de point de départ à une édition plus correcte. L’éditeur désigné, M. de Chenevières, nous a permis d’y puiser les renseignements et les rectifications qui nous étaient nécessaires ; nous lui en témoignons ici notre gratitude.
Nous avions espéré trouver quelques nouveaux détails dans la correspondance de Cassiano del Pozzo ; l’obligeance du possesseur actuel, M. le prince de la