‹ Le PoussinChapitre 78 sur 155 · SOLITUDE DU POUSSIN · texte numérisé non relu

SOLITUDE DU POUSSIN

Son histoire n’est donc plus que celle des œuvres dont ses lettres ou d’autres documents nous ont conservé le souvenir.

M. Delisle de la Sourdière, son ami et ami de M. de Chantelou, avait témoigné le désir d’obtenir de lui un tableau, et Poussin avait choisi pour sujet le Passage de la mer Rouge. Ses lettres laissent incertain si cet ami des arts accepta enfin ce choix et si, parmi les compositions que notre peintre a exécutées sur ce sujet, l’une d’elles peut être supposée lui avoir appartenu. Quel est encore ce tableau de l 'Europe sollicité par M. Pucques, autre ami de M. de Chantelou, et dont le sujet paraît au Poussin fort beau, et rempli d'épisodes riches et curieux1 ?... Rien ne nous annonce qu’il ait été achevé, et la longue patience que Poussin recommande à son client pourrait bien avoir été sans récompense. Nous sommes sûrs du moins de retrouver le petit tableau du Baptême de saint Jean2, fait pour M. de Chantelou aîné. Il valut à l’auteur quelques observations du propriétaire, au milieu d’éloges et de remercîments ; mais il valut aussi au propriétaire une réponse qu’il est intéressant de mettre à côté du tableau.

« Monsieur, l’estime que je vois que vous faites

1 Lettres, 22 août 1649.

5 Poussin avait déjà traité ce sujet plusieurs fois en particulier. L'un de ces tableaux appartint à Lenôtre, de la collection duquel il passa dans celle du Roi. Il est maintenant au Musée du Louvre sous le n° 432.

du petit ouvrage que je vous ai envoyé, ne procède point de sa valeur ni de sa beauté, mais seulement de la courtoisie qui vous est naturelle et inséparable. La lettre dont vous m’avez régalé le 22 octobre est une copie de mon petit tableau, bien mieux peinte que l’original; vous avez parfaitement remarqué ce qui y est et ce qui y manque; mais vous devez aussi vous rappeler ce que je vous ai écrit. Je ne vous l’ai dédié qu’à la mode de Michel de Montaigne, non comme bon , mais comme mien, et tel que je l’ai pu faire. S’il est vrai qu’il vous ait semblé tel que vous me l’écrivez, je peux dire très-assurément que sa bonne fortune aura suppléé à son peu de mérite.... ' »

Poussin avait, dans les premiers jours de 1650, pour l’ambassadeur de France à Rome ’, alors M. de Mauroy, mis la dernière main à une vierge portée par quatre anges, qui est celle à laquelle on donne dans les recueils le titre d' Assomption ; c’est en effet ce sujet qui y est traité avec une si grande beauté de formes et un si heureux agencement de mouvements, que cette œuvre peut être comparée au meilleur des deux Ravissements de saint Paul, à celui du Louvre. 11 termina en 1653, pour le même une Nativité, où les bergers viennent adorer Jésus dans son berceau; pour M. Pointel, une Apparition de Jésus-Christ se montrant à la Madeleine, après sa

1 Lettres, 19 décembre 1618.

J Lettres, 22 janvier 1650. Ce tableau appartient maintenant it la galerie du Louvre, n" 420.

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