Mémoires manuscrits de M. de la Frugloje
LE BAILLIAGE D*AIGUILLOIf 301
des réfutations'. Elles produisirent peu d'effet. Le public ne s'y trompait pas, il n'oubliait point les véritables causes de la querelle, a Depuis dix-huit mois^ écrivait un habitant de Rennes, nous sommes ici dans le plus grand trouble, le roi ayant jugé à propos de demander deux sols pour livre sur certains droits et le Parlement n'ayant pas voulu enregistrer la déclaration de Sa Majesté, tous messieurs ont mieux aimé se démettre de leurs charges, à la réserve de douze •. »
Pour arrêter la diffusion de ces remontrances, qui intimidaient et discréditaient les <c rentrés, » on opéra de nouvelles perquisitions à l'hôtel de Caradeuc. Le 16 février, Tintcndant, assisté des greffiers civil et criminel, se fit ouvrir le cabinet des procureurs généraux, se livra à un triage minutieux des papiers en présence de M. de la Fruglaye et de M"'* de Caradeuc, saisit et emporta un grand nombre de pièces^.
Le Parlement lui-môme ne voulut pas rester sous le coup des sévères leçons du Parlement de Paris : « Ses remontrances sont non seulement fortes, mais insolentes pour nous, dit Le Prestre; aussi, sur la dénonciation qui en a été faite au Parlement, ai-je, ce matin, fait iin réquisitoire sur lequel la Cour a supprimé le
1. Observotions sur le reiiToi da procès criminel an ParieiiMiii* Mon. in-fol. de 13 p. Biblîolb. de TArsenal. Portef : LXXXVI. n- 3609.
2. Pnpicrs de rnmille. Lettre de M. Moincent à M. Lmmj, ofllcicr h rile-de-Franre. Rennes, 20 février 1766.
3. Journal ticê FMnementi, p. 82-S3. — Ceil à celle perqui- Aition que fnitait ollusion M. de Colonne le 11 février. Voir plus bout, p. 276.
302 LE DUC d'aiguillon et la ClIALOTAIS
manuscrit des remontrances, comme calomnieux et injurieux au Parlement et à toute la magistrature, attentatoire à Tautorito du Parlement do Bretagne et tendant a soulever les esprits contre le respect dû aux Cours souveraines et aux décisions qui en émanent K
Le Prostré fulminait en d'éloquents réquisitoires contre « ces ouvrages de ténèbres, dont chaque ligne est un outrage pour les magistrats de Bretagne, » il aifectait de croire que les copies des arrêts de Paris et de Rouen étaient apocryphes et, grAce a ce faux-fuyant, il stigmatisait avec virulence « les expressions indécentes, les imputations maligne's, les propositions révoltantes, les débauches d'injures » contenues dans ces écrits, où Ton ose qualifier la Cour de Rennes do <c fantAme do Parlement créé par l'intrigue, la séduction et les menaces. )> Et le Parlement supprimait bravement ces arrêts comme calomnieux et injurieux au Parlement do Paris et à toute la magistrature!
Un autre jour, l'avocat général dénonçait la brocimre intitulée : Journal de ce qui s'est passé en Bretagne^ a pamphlet séditieux, enfanté par l'audace et marqué au coin de l'imposture, où l'auteur pousse le délire jusqu'à faire appel à la nation des décisions du roi. >« Et le Parlement ordonne que ce méchant libelle soit lacéré et brûlé par les mains du bourreau *.