CHAPITRE XV LA FIN DU PROCÈS
I. Lei prisonnier* de Saint-Malo. — LaChalolale «ai Cordeliart. — Découverte d'un Mémoire dnne un pot à tabac. — La TVWêième Mémoirt, — Analyie^et appréciation.
II. L'évocation du procèi, i— Aviy différente. — L'urgence d*nna solution.
III. L'évocation au Conseil du roi est décidée. —Les prlsonnlara sont transférés & la Bastille. — Le départ de La Ghalotais. — Les frois d'entretien. — L'étut des dépensas.
IV. L'instruction devant le Conseil. — Démarches des paranta de La Ghalotais. — Nouveaux interrogatoires et nouvalla expertise.
Y. Energiques protestations du Parlement de Paris. — Répoaaaa du roi. — On se décide à orréter le procès. — Lettres du sceau du 22 décembre 17U6. — Les magistrats sont exilés.
YI. Conclusion.
Que devenuient lc6 prisonniers de Saini-Malo ? Enfermés au château, — car on sait que La Ghalotais avait seul été transféré à Rennes, — ils restaient depuis dix mois dans Tincertitude et dans Tattente. 11 semblait qu*on les eût oubliés. Cette situation ne laissait pas que d'ôtre cruelle. Leurs familles s*ingéniaient à adoucir leur sort, à obtenir pour eux quelques faveurs. M. do Fontette, il faut le reconnaître, s*y prétait do bonne grâce, et s*il n*accordait pas toujours, il refusait toujours poliment.
M*"* de Caradeuc supplio par exemple le gouverneur do rendre à son marî l^autorisation de la promenade qui lui avait été retirée, pour le punir, paralt-il, de certaines violences, v Un homme d'une constitution délicate peut-il rester un mois privé de la faculté de respirer Tair que Dieu a fait pour tous les hommes ? » Elle alla solliciter M. de Barrin à Rennes, adressa même une supplique à M. de Saint-Florentin. L'autorisation fut rendue le 3 octobre, mais M. de Caradeuc était resté deux mois sans sortir de sa cellule.
Le 10 novembre, M"* de Caradeuc opprend que son mari est enrhumé. Elle demande aussitôt la permission de lui envoyer un médecin.
M. de Fontette répond que son prisonnier se porte fort bien. Sur de Jiouvelles instances, il consent enfin. M. de la Chapelle-Le Mesie, médecin de Saint-Malo, trouve M. de Caradeuc en bon état et ne lui prescrit que de boire plus modérément, « sur ce qu'il lui a dit qu'il buvait deux pots de liquide en lait, vin ou cidre chaque jour. » Telles sont du moins les assurances transmises par Fontette à M"* do Caradeuc '.
Celle-ci continuait d'ailleurs à adresser à son mari des billets secrets qu'elle plaçait au fond de pots de beurré et de pots de tabac. Mais ils étaient presque toujours arrêtés au passage*.
t. Corretpondamce FomMte, p. S18, SS1. 348-250, SSO, M%.
t. Noui avoni retrouré aaz Archives da minitlère de le jnelice pliitieurt de cet billets portant la date de septembre et d'oe* tobre 176G. Lear texte est sans grand intérêt M** de CarMleae conseille & son mari lo patience et le calme, et donne quelques indicoiions sur la marche de l'affaire, mais elle ne se fie pot à cette correspondonce, — et elle avait raison. Voici celui du Il 14
422 LE DUC d'aiguillon et la giialotais
M. de la Gàchcrie a une fistule, infirmité occasionnée par sa longue détention de 1757; il ne peut se tenir assis que sur une planche. Sa femme et sa sœur sont fort inquiètes de sa santé. Fontette les rassure. Il permet enfin à un chi« rurgien de le visiter. M. de la Rue, chirurgien de Rennes, vit à la fin d'octobre tous les pri*sonniers; il no les trouva pas « réellement malades; » il ne semble pas cependant, d'après son rapport, que leur état fût très satisfaisant*.
Pour distraire M. de la GAcherio, sa sœur prie Poiitette de lui faire parvenir une petite chienne, <c afin de calmer l'ennui que doivent opérer onze mois de cachot. » Af^'.de la Colinière se montre aussi fort préoccupée de la santé de son fils ; elle le croit souffrant et ressent de vives alarmes, « parce qu'une très grande maladie qu'il a eue a commencé par de pareils symptômes. » A diverses reprises, elle fait part de ses inquiétudes maternelles au gouverneur, qui la rassure de son mieux 2. »
27 septembre 17G6 : « Noi affalref sonl en bon train. Noue «vont reçu de bonnoi nouvellei de Parii. Gomme j'ai de l'inquiéliMla que ce billet ne suit découvert, je n'oie m'j fier. • (Arcb. min. justice.)
1. Arch. Not., K. 712. Rapport du 29 novembre 1760. Voici la pogto|fe relatif à M. de la Gâcherie '.«Un une humeur de In forme d'une fève ; il a dit qu'il ne peut se tenir aMis que mr une planche, parce que lei lièi^i rembourrés pressaient cette pnrUa douloureusement... J'estime que cette humeur est entretenna par la situation trop lonjpie et trop fréquente d'être assis à laquelle l'a obligé sa détention d'un an en de petites chambras... Quoiqu'actuellement il ne paraisse pas de dépôt formé, il est à craindre que la continuotion de ces embarras entretenus par aa situotion actuelle ne cause enfin une rupture de vaisseaux saa- Ifuins, un épanchcment, un dépôt, et enfin un renouvellement dm fistule au même endroit, s
2. M. Marion écrit : « Les incessantes demandes qua lui adras-
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A Rennes, le général de Barrin a moins de soucis. « M. de la Chaloiais est toujours le même, dit-il, et nous laisse assez iranquilles, son surveillant et moi. M. de -Foniette n'est pas si heureux. Ses prisonniers se joignent à son estomao pour le tourmenter continuellement, il me parait souffrir beaucoup et d'esprit et de corps. Je le plains, et sa situation me fait prendre la mienne, qui est beaucoup moins désagréable, aveo plus de patience '. »
« M. de la Chalotais eut Tautre jour une bonne querelle avec M. Bonnet, Tofficier qui le garde. Il se plaignait de lobéissance aveugle de Téta^ militaire aux volontés arbitraires de Tautorité et ajoutait que les militaires n'étaient faits que pour se battre contre les ennemis de l'Etat. M. Bonnet répondit :
— <c Je ne connais point de plus grands enne«> mis que ceux qui écrivent contre le roi.
— <c Quoi, monsieur, dit M. de la Chalotais, est-ce que vous me croyez capable d*avoir écrit?
— « Ma foi, monsieur, je n'en sais rien, dit Bonnet, vous êtes accusé et, jusqu'à ce que vous soyez justifié, je peux vous croire coupable.
« Ces petits dialogues mettent quelquefois un peu d'intérêt dans leur société, qui, d'ailleurs, est assez ordinairement tranquille •. »
Cependant, M. de Barrin surveillait de près
»èrenl les romillet des pritonniert mirent à rode éprea«e U potience de M. de Fontelie... H s'efforce de ealmer ces erainlee irop vivei el trop comiimuelleê pour élre biem êimcèreê, niait il n'y parYÎent pat. » (La Bretagne^ p. 377.)
1. Arcb. min. joit. Barrin à d'Aiguillon, 2% eepienibre 1766.