Mëmoiref monuscritt du comte de lu Fruglaye
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104 LE DUC d'aiguillon et la ciialotais
deuc d'avoir à quitter la cellule de M. de la Ghalotais.
Il proteste, supplie, déclare qu'il ne se résoudra à abandonner son père, dont la santé altérée a besoin de ses soins, que quand il verra les ordres formels du roi.
Les soldats retournent vers le commandant du château. Ils reviennent, et, pour toute réponse, ils saisissent M. de Caradeuc, l'arrachent des bras de son père et renferment dans une casemate éloignée, où l'on porta son grabat.
Ils ne i)euvent même pas savoir des nouvelles l'un de l'autre. On leur interdit cette consolation.
On leur refuse de l'encre et du papier pour écrire au roi ou à leurs familles. On interdit à M. de Caradeuc de donner de ses nouvelles à sa femme '.
Si ce ne sont pas là des procédés inhumains, qu'est-ce donc? On a dit que La Chalotais avait toujours été traité avec douceur, que ses plaintes étaient exagérées, qu'il avait exploité ses malheurs.
Qu'y a-t-il de plus dur pourtant que cette mise au secret absolu, que ce régime cellulaire qu'on n'inflige qu'aux plus grands criminels * ?
1. Journal des EvènemenU, p. 26. — Arch. Nat, Qf 461. Saint- Florentin ù M*** de Corndcuc, 6 déc. 1765.
3. Naturellement M. Marion est de ceux qui trouvent que les pritonniert furent traités plutôt avec douceur. « On a beaucoup intitté, dit-il, sur les toulTrances de» procureurs généraux dont des cbombres niolsuines dont les fenêtres étoient masquées par des écbafuudag«s, ne recevant l'air et la lumière que par en baut, d'un ameublement sommaire et peut-être insuflisamment préparées pour les recevoir; il importe de rappeler, pour avoir des cboset une idée plus exacte, qu'il n'y eut pos 16 de vexation gra-
Dès le lendemain, M*"* de Caradeuc avait supplié M. de Saint- Florentin de lui faire connaître les motifs de Taccusation. Pour seule réponse, le ministre interdit toute correspondance directe entre le mari et la femme. AI. de Caradeuc a défense absolue d'écrire à sa femme. Celle-ci devra envoyer ses lettres à M. de Saint-F'lorentin.
M. de In Fruglaye demande l'autorisation de voir son beau-père. On la lui refuse. Alors il part pour Rennes. « J'y trouvai, dit-il, M"* de Caradeuc, ma belle-sœur, dans le désespoir; elle était au huitième mois d'une grossesse laborieuf^e, c'était la sixième sans succès. Tout exercice lui avait été interdit, elle devait garder le lit ou la chaise-longue. Sa profonde douleur avait épuisé ses forces, elle paraissait mourante; son mari avait été enlevé d'auprès d'elle avec l'appareil le plus effrayant, au milieu de la nuit, son hôtel investi de dragons; son effroi avait été extrême, sa profonue piété avait seule soutenu son courage K n
tuile, de raffinement de cruouté pour leur dérober la vue de la mer et les rnjons du tolcil : ce fut une précoulton nécessaire, d'ailleurs tardive et insuffisante, pour prévenir des communications dont une multitude do gens étaient toujours prêts (^ sa faire les intermédiaires. » (Marion, La nrelagne, p. 354.)
n est certain que les fenêtres des prisonniers ne furent pas masquées par des échafaudages pour plusieurs raisons, dont la première est qu il n'j avait pas de fenêtres h leurs cellules. Un peu plus d'arbitraire et un peu plus de dureté n'eût pas été pour effrayer M. Marion ; il réserve toute son indulgence — non pour les prisonniers, — mais pour les gardiens et pour les ministres qui donnaient ces orfircs barbares.
On se demande cependant ce que ferait l'Université si un professeur venait 6 subir de pareils traitements. Ne se lèverait-elle pas tout entière pour protester?