C'est ceUe gravure qai est reproduite dans ce volume
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nouvelles. On s'y retrouvait, on s'y asseyait, on y causait des bruits du jour et des événements politiques, on commençait a y dire du mal du gouvernement. Celle des demoiselles Vatar, située au coin de la rue Royale et do la place du Palais, était particulièrement fréquentée par les conseillers au Parlement; ils s'y donnaient rendezvous et chaque jour le cercle était nombreux. Le 2 juin, M. de Montreuil étant dans la boutique, un valet lui .apporta un paquet qui venait d'arriver par la poste et qui avait coûté 4 livres de port. Montreuil l'ouvre et déplie le papier. C'était la gravure des ifs; il s'écrie : C'est bien drôle ! et se met h rire ; aussitôt, tout le monde l'entoure, on se presse, on regarde, l'estampe passe de main en main : C'est bien fait, dit-on, et l'on rit aux éclats. Chacun veut en avoir un excm- . plaire; elle a tant de succès qu'il n*en resta pas une seule au destinataire.
Quel était l'auteur de cette mordante gravure ? Quel en était l'expéditeur? Pour le découvrir, on multi)»lia plus tard les perquisitions et les arrestations. On ne le sut jamais positivement. Cependant, il parait certain que l'idée première appartient au conseiller de Montreuil et le dessin à M. de la Bcllangerais, son oncle; l'esquisse fut ensuite mise au point et gravée sur cuivre par Ollivault, habile graveur de Rennes '. Les exemplaires furent envoyés à deux dames bretonnes habitant Paris et fort dévouées à l'opposition, la
1. Arrh. Nnt., ir.'j3r». RnpporU clo RoikIi'ii cict 9 cl 12 juin 1705. — Proies ingiruii, I, 118, 12."i ; H, 3'iO, a7(i-38'i. — Mcmuiie au roi pour Picquet de Montreuil, p. 4. — Journal lUê Efènenieni*, p. 2.
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marquise de Pire et la marquise de la Roche, châtelaine du Boschet, qui les expédièrent aux conseillers. On crut du moins reconnaître leur écriture sur les enveloppes.
On devine l'impression que durent éprouver les douze infortunés qui voyaient ainsi leurs noms livrés en pâture à la risée publique. Cette gravure fut pour eux comme un coup de massue ; d^Amilly la qualifie d' « indécente » et Le Prestre de « scandaleuse; » elle établit une scission irrémédiable entre les signants et les non signants, écrit Coniac ' ; Raudin avoue tristement « qu^elle détourne bien des gens de la fid^ité qu'on travestit en crime et à laquelle on prépare des événements fâcheux ».
Dès lors les < douze » marchèrent d^avanies en avanies, ils ne pouvaient plus .sortir sans entendre murmurer le mot d' « if », leurs confrères ne les saluaient plus dans la rue.
Au contraire, les démis étaient les héros du jour et les maîtres de la ville; leur rendez- vous préféré était le jardin des Bénédictins appelé le Thabor^. Ils se réunissaient chaque jour sous les ombrages de ce beau parc, agréable en cette saison d'été, puis de là se rendaient place Royale devant rilôtel-de- Ville, où ils se groupaient en cercle, discutant avec animation.
1. Arch. Nat., 11. 430. Conioc ft Saint-Florentin, 5 juin 1765. — Corretpondnnce Le Preilre, 21 juin 1705. — Archives de U Mnij^nono, d'AniilIj h Montbourchcr, 8 juin 17G5.
S. Lo Thabnr étnild^s lors ouvert nu public, mnit aux hommes seulement. Les PP. H^nédiclins, dont Tobbaye étoit conti(ful^, ne se promenoient plus que dans leur jordin réservé. Le Thabor est encore octuellement le jardin public de Rennes.
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Pour mieux faire parade de leurs sentiments, les jeunes conseillers avaient trouvé plaisant de quitter Thabit noir et la perruque, costume traditionnel des.magistrats ; ils arboraient des vêtements de couleur éclatante, ornes de galons d'or, les cheveux en bourse et Tépée au côté; quelques-uns y ajoutaient fièrement un plumet au chapeau.
Gais et joyeux, ils étaient de toutes les fêtes. Les « non démis, » eux, étaient tenus à Técart, mis en quarantaine; on les toisait d'un air méprisant en leur faisant V h épaule rennaise * ; » ils ne pouvaient entrer dans un salon sans entendre les dames murmurer sous leur éventail : « C'est un if, » et les hommes dire tout haut : « C'est un Jean F.... »
Un soir, M. de Gibon du Pargo arrive chez le président de ChAteaugiron, où il devait souper. Il aperçoit parmi les convives le conseiller Iluart de la Bourbansais, non démis; aussitôt il prend son chapeau, sort brusquement et ne reparaît pas.
Le jeudi 13 juin, M. Le Borgne de CoîHivy, l'un des douze, va pour souper à l'hôtel d'Artois, où les magistrats qui n'avaient pas leur famille a Rennes mangeaient habituellement. Plusieurs démettants qui s'y" trouvaient se lèvent aussitôt et font porter leur couvert dans une autre salle. M. de Coi^tivy fut obligé de s'en aller sans souper. Chose plus grave ! on chercha à
1. Expression bien connue ù Rennes et duns toute la Bretagne, qui veut dire : se détourner de quelqu'un en le toisaul dcduigoeuscmeni.
marier le vieux conseiller do KerouIIas, Agé de plus de 80 ans, aCn de priver son neveu, Coetivy, de sa succession.
L^avocat Richard de la Bourdelière, greffier de la Faculté de droit et très dévoué au pouvoir, passait un jour place Royale. Un conseiller démis marchant derrière lui le heurte si fort qu'il le renverse presque à terre. L'ordre des avocats, loin de prendre la défense du confrère, déclare qu'il est suspect et veut le faire rayer du tableau.
Un autre jour, M. du Parc de Kerivon, se trouvant au salut de sa paroisse, un marguillier lui présente un flambeau pour la procession autour de l'église. Alors on entend dans l'assistance une voix qui crie très distinctement :
« Un Jean F... pour porter un flambeau devant le Saint-Sacrement! » On ne dit pas si M. du Parc prit le luminaire.
La Cour n'assista pas à la procession de la Fête-Dieu, qui eut lieu cette année le jeudi 6 juin. Ce fut une grande déception pour les Rennais, car les robes rouges du Parlement ajoutaient un vif éclat à cette fête populaire. On dit même que les dames de la halle allèrent à cette occasion offrir des branches d'oranger aux démis et porter des branches d'if aux non démis. Le Présidial, la Maison de Ville, les avocats et les procureurs refusèrent également de se rendre à la procession, ce qui, de l'avis de {laudin, produisit un mauvais ciïet dans le peuples Avocats
1. Arcb. Nal., H. 436. Ropporls de Roudin des 7, 9, 12, 16, SI juin 1765.
et procureurs, tant au Parlement qu'au Présidial, avaient du reste cessé de travailler.
La Faculté de droit décida même do s'abstenir des solennités de la Saint- Yves, « attendu la cessation entière de l'administration de la justice dans les tribunaux de la province *. »
Quelques esprits sages cherchaient cependant un terrain de conciliation, mais vainement. Le premier président était de ceux-là. Il s'efforçait de conserver de bons rapports avec les deux camps; aussi Raudin le dénonce comme trop faible et porté aux concessions. Il eut vers cette époque une longue conférence avec MM. de Lohéac et de Talhouôt Bonamour, à la suite de laquelle une certaine détente parut se produire; il essayait d'endoctriner les plus modérés parmi les démis : Trévénégat, Brilhac, Villeblanche, Bonin de la Villebouquais ; mais les ardents, Picquet de Montreuil, Kersalaûn, Guerry, de Gibon du Pargo, Le Gouvello de la Marche, do Farcy de Mué résistaient.
La pierre d'achoppement était toujours la question des deux sous pour livre. Un projet d'arrangement proposé par le président de Montbourcher n'eut aucun succès. Le roi tenait à les faire percevoir et le Parlement refusait d'y consentir. Comment concilier ces idées contradictoires ? D'autre part, comment forcer à juger des gens qui ne le voulaient pas^?
Du reste, ,tous les personnages influents, d*A-