‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 53 sur 190 · Premier Mémoire do La Chololuit, p · texte numérisé non relu

Premier Mémoire do La Chololuit, p

AU GHATBAU DK SAIIIT-IIALO 189

car La Chalotais ne manquait ni d*encre ni de papier. Outre que la fabrication d*une pareille encre eût demandé du temps et supposé une surveillance peu attentive, le prisonnier dut trouver plus simple de surprendre la candeur de ses gardiens et de se faire remettre un peu d'encre véri«table, du papier et quelques plumes K »

« Il faut avouer qu'une certaine dose de crédulité est nécessaire pour ajouter foi au curedent légendaire, a Tencre faite de suie et de vin. On n'a pas recours à ces procédés incommodes lorsqu'on a à sa disposition tout ce qu'il faut pour écrire. On fait volontiers grand bruit de par le monde des extrémités auxquelles on prétend avoir été réduit, mais on n'a garde de s'astreindre on son particulier à un travail aussi rebutant lorsqu'on peut s'en dispenser 2... »

Il est toujours tentant pour un historien de détruire une légende accréditée, mais encore faut» il avoir pour le faire certaines preuves. Or on n'en produit aucune. En somme, on accuse La Chalotais d'avoir commis, en écrivant ce mot célèbre, un impudent mensonge. Il faudrait bien pour l'en convaincre citer quelques faits ou quelques textes; or on les cherche en vain. Des suppositions, des inductions, des hypothèses, et c'est tout. On suppose que le prisonnier devait dissimuler le papier, l'encre et les plumes qui lui étaient remis pour écrire à sa famille.

On rappelle qu'on trouva de petites fioles d'encre dans des bouteilles de bière envoyées de

1. n. Corré, La ChalotaU ei le due d'Aigmiilom, InUrod., p. tB, », 87.

S. Morioo, La Bretagne et (fi due d'Aiguittom, p. 379. II tl*

190 LE DUC d'mGUILLON ET L\ GlIALOTAIS

rhôtel de Caradeuc au prisonnier. On rapporte <c que M. de Robien aurait écrit à M. de Coniac, le 7 Juin ^ qu'il venait de voir a Paris une personne, qu'il ne nomme pas, qui recevait à tout instant des lettres de M. de Kersalaûn, voire môme des lettres d'affaires i. » Mais nous ne sommes pas au mois de juin, ni à Rennes, et il ne s'a^t pas de M. de Kersalaûn qui« a ce moment, n'était pas au chAteau de Saint-Malo.

Par contre, s'il n'y a pas de preuve pour démentir le mot de La Clialotais, il en existe pour le confirmer. Au mois de janvier, les prisonniers n'avaient pas encore l'autorisation d'écrire. Ils ne l'obtinrent qu'après les interrogatoires, .vers le 10 février. Or le premier Mémoire est daté du 15 janvier. Les instructions données par Saini- Florentin sont formelles à cet égard : « J'ai supprimé dans rinstruction du commandant du château de Saint-Malo les art. 5 et 6, qui concernent les lettres que les prisonniers pourraient écrire ou recevoir. // a été réglé ci-devant qu'ils nécriraient pas^ et qu'ils ne pourraient recevoir de lettres que de leurs femmes, qui seraient obligées de me les adresser.

« C'est ce qui s'est exactement observé dans les châteaux du Taureau^ de Nantes et du Mont Saint- Michel. 11 n'y a pas de motif pour changer ce plan. 11 y aurait même de Tinconvénient à le faire. En adoucissant ainsi le sort des prisonniers, on donnerait lieu de croire que l'on commence à reconnaître qu'ils sont innocents oa

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192 LE DUC d'aiguillon et l\ giialotais

C'est ce qui explique comment La Chalotais u pu dire de son second Mémoire : « Ecrit comme le premier; » car il est évident qu'à ce moment encore, 17 février, si l'on surveillait de si près leur correspondance, on veillait encore plus minutieusement à ce qu'ils n'eussent ni plume, ni encre. Plus tard, La Chalotais put écrire et môme il écrivit beaucoup ; mais au début il ne pouvait le faire et le mot devenu fameux est l'expression sincère de la vérité corroborée par les documents.

Du reste, M. de Caradeuc avoua dans son interrogatoire avoir fabriqué de l'encre « avec du vin, de la suie de cheminée et du charbon, » et le commissaire Le Noir n'en parut pas étonné i.

M. de la Fruglaye confirme à son tour les dires de son beau-père. Accouru à Saint-Malo, il chercha les moyens de correspondre avec les prisonniers et il est certain qu'il y réussit. « Malgré rextrôme rigueur de cette troupe de geôliers, ditil dans ses Mémoires manuscrits, ayant pour moi la bienveiUance de tous les honnêtes gens, je parvins bientôt à me procurer des moyens do correspondre avec mes parents accusés, et M. de

pour écrire ou roi. FontoUe répond : « \\ ne peu! (pière éire vroi«enibIobIe qiio M. Drnconnier, qui est un oflScier eiaci et doux, oit rcfufé n M. de lu Clialotoif dei plunicf, encre ei papier pour écrire au roi ei & fei miniftref, puisqu'il lui en a donné deux ou troif foi« par temaine au nioini, ou pour mieux dire ioutef lef fois qu'il lui en a demandé pour écrire & ta famille. » (Arch. min. juft., doisieri d'Aiguillon.) Donc, même à ce moment, M. de la Chnlotaif n'avait pat h ta libre disposition plumes, encre et papier, il était obligé de les dcmonder chaque fois en indiquant & qui il voulait écrire. Dune, il n'a pu écrire ses Mémoire» qu'en cncbellc cl sans se servir des plumes qui lui étaient remises puis reprises.

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