‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 63 sur 190 · Second Mémoire, p. M · texte numérisé non relu

Second Mémoire, p. M

214 L£ DUC d'aIG!LJILLON et la CHALOTAI8

ment, au ch&teau du Boschct, dans lo but de concerter un plan de résistance contraire aux intérêts du roi et a la tranquillité publique.

La Chalotais. — Lo plan do résistance médité au Doschet est un roman fabuleux inventé pour autoriser des calomnies avérées. Si j'ai' été au Boschet avant les Etats, je veux bien passer condamnation sur tout le reste; je nie m'y être tro.pvé avec M. de Kerguézec, ni avec d'autres. J'y suis allé au mois de juillet et lui au mois de septembre. Au surplus, il est bien étonnant qu^après plus d'un an qu'on a traité de roman et de fable ce voyage, on le mette en avant comme l'époque d'un plan médité pour s'opposer aux volontés du roi aux Etats, alors qu'il' n'y a rien de si aisé que de vériPier ce fait, sur lequel seul je consens à être jugé K — J'ai vu M. de Kerguézec à Rennes vers la mi-septembre, étant son ami et son parent, je ne lui ai parlé que des nouvelles générales de Paris et do la province,

D. — Ne l'avez-vous pas prévenu des diiTérents projets qui seraient portés aux Etats ?

R. — Je n'en ai eu garde, ne les connaissant pas ; pour dire cela il ne faut pas connaître M. de Kerguézec, qui est très secret, très taciturne et ne déclare jamais ce qu'il fait. 11 a une influence méritée sur les Elcits ; elle s'est trouvée atteinte

1. Lo Cbaluloîs érrivutl & son fils le 13 janvier t765 : « Ht dUent qu'à l'arrivée de Kern^uéxec, uou» avons été dans un château cabaler ensemble; il fut au Boschel en ollant & Nantes ei j'y avais été trois mois auparavant. Enfin il n'y • folies ni calomnies qu'on n'invente et (|u'oii ne croie pour sauver M. d'Aiguil. Ion. » (Sixième Dcfe/opf/cmeni, p. 18. y — («ctte lettre, écrite un an avant le procès, n'éliiit pas fuite pour les besoins de lo couse; elle fut écartée por l'accusation.

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parce que, pendant la tenue de 1764 et sa députation à Paris, il a passé pour s'être livré aux volontés du commandaut.

D. — H en résulte que quand M. de Kerguézec a paru prendre les intérêts du service du roi, qui seuls animaient le commandant de la province, il a été regardé comme suspect, et lorsque, depuis, il a montré de la résistance aux volontés de Sa Majesté, il a regagné la confiance dans les esprits.

R. — Cela n'en résulte pas du tout... « 11 y a des préventions pour et contre dans les affaires ; on n'est pas rebelle ^ pour ne pas obéir aux désirs et à la volonté du commandant; il s'agit souvent, au Parlement et aux Etats, de savoir si le fond d'une chose est admissible ou non, si l'on doit faire des arrangements, proposer des abonnements, prendre des moyens termes ; tous ces partis ne sont pas l'objet d'une obéissance passive^ mais de délibérations raisonnées gui cherchent les moyens les plus convenables pour concilier les intérêts du roi et ceux du peuple^, »

Voila le fond du débat. Ces paroles sont la véritable formule du droit parlementaire qui appartenait à la Bretagne et que le pouvoir ne voulait ni comprendre ni admettre.

Pour les correspondances La Chalotais fut moins atTirmalif. 11 est certain qu'il était en rcla-

1. Procè» inttruii. II. 3, 32, 34, 35, 39. 40. —-Second Mémoire, 57, C2. — Expoiéjuêtificaiif. Î3, 33. -> Voir t I, p. S8S.

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menit au ch&teau du Boschei^ concerter un plan do résistance tcrèts du roi et a la tranquillité

La Chalotais. — Le plan de au Ooschet est un roman fabuli autoriser des calomnies avéréei Boschet avant les Etats, je veus damnation sur tout le reste ; je ni avec M. de Kcrguézec, ni avec allé au mois de juillet et lui tembre. Au surplus, il est bien é plus d*un an qu*on a traité de i ce voyage, on le mette en avant d'un plan médité pour s'opposer roi aux Etats, alors qu'il' n'y que de vérifier ce fait, sur leque il être jugé •. — J'ai vu M. de Ke vers la mi-septembre, étant se rent, je ne lui ai parlé que des r de Paris et de la province.

D. — Ne l'avez- vous pas pr projets qui seraient portés ai

R. — Je n'en ai eu gard/ pas ; pour dire cela il ne fav Kerguézec, qui est très se' ne déclare jamais ce qu'il f méritée sur les Etats ; ell^

1. La ChaloUU écrivait 4 aoa disent qu'à l'arrivée de Kergvé»

tean cabaler eatemble ; il fut «f j'y avait été troie mois anparav loinniet qu'oa a'invente et qa'oe Ion. » (Sixième iM^io^emêmi, an avant le procès, n'était paa elle fut écartée par l'accnsatk

ces mots : Forage ne parait pas tout à fait dissipé... et le parti contre pourrait bien à la fin prendre le dessus? »

R. — Je ne suis point chargé de concilier les propos de M. de Reynes ni de démêler ses intrigues; il fait peut-être allusion à quelque déplacement dans le ministère, dont tous les six mois on parle fort communément en France. Il n*y a, au surplus, aucun rapport entre les lettres de cet homme et les affaires de Bretagne *.

C'était la vérité et c'est la seule conclusion à tirer de cet incident, qui n'aurait pas d'importance s'il n'avait amené l'arrestation de M. de Reynes.

Le commissaire enquêteur aborde ensuite un sujet plus délicat, celui des lettres confidentielles adressées par La Chalotais à son (ils pendant son séjour à Versailles. Dix neuf avaient été saisies dans son cabinet ; on en retint sept seulement, celles qui contenaient de vives attaques contre le duc d'Aiguillon.

Il est certain qu'elles respirent la malveillance la plus visible, l'aversion la moins dissimulée. La Chalotais écrit : « Votre petit despote est donc bien fAclié des remontrances du Parlement... M. d'Aiguillon veut perdre le Parlement et quelques particuliers dans l'esprit du roi, c'est un fou qui se perd dans l'esprit du public et de la nation... Vous savez les préparatifs des funérailles du Parlement et des Etats que les minis-

1. Proche imttruU, I, 280. 283; II, &.13. U1-1S1 ; ialerro^loire* du 28 janvier et du 10 février 1766 ; — Mémoire «m roi par Caloane. p. 27; — Ex/foêé jmsiifcmtif, p. 28, 30; — Letlr«de La Clialotaia à Satat-FloreatiB, p. 134.

hommm qmtmx^ mt tmiI poinl )i^ m«il, il wul Ih paix et fl Bérile qa m 1« h$»P |Hnii' lui j^ \\\\tÀ que prix que ce soiU IH>ur lo» iiiiiiinli'nii, M, d* Aiguillon, son oncle, etc., il» int^rilt^iil In linlnii publique et particulière... Tout pour In iHii ni i*|it|i pour M. d*AiguiUon, qui, j'oapèro, tml |innlii Int I. m On ne saurait so mëprondro sur uns iiN|M'r4M' sions ni sur les sentiments qu*ellnN IniNNiiiit yniv à regard du duc d'Aiguillon. KIIum mmi fini claires. Par contre, jamsts dans ctin litttriis Ui ' times on ne Irovre m mot eontri» Ui rM ; pliisinfirs cootieiuMil atee Aw yr^ÂtmUiitmn (Ut ItéMiU et de âftw o m u ÊÊ êM mdUtMkn . Mmn itMUmtkf tpH eut son. par mm j^^miék 4mm fcfjr/M4 4/0iUmém,

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220 LE DUC d'aiguillon et la ghalotais

Voilà les passages les plus saillants de ces missives confidentielles. Etaient-elles donc un crime ? Elles furent Tobjet de deux longs interrogatoires. Elles respirent, dit Le Noir, la haine la plus eiïrénée contre les ministres du roi et les personnes revêtues de son autorité. La Ghalotais répond en faisant Thistoire de sa rivalité bien connue avec le duc d'Aiguillon, de ses origines, des démêlés qu'elle a entraînés et de la haine que celui-ci lui a vouée. « Il a juré de me perdre et ne Ta pas caché à toute la province, • il exécute sa promesse*. Puis l'accusé ergote, discute le sens, atténue la malignité de certains mots. Petitesse indigne de son caractère. II eût mieux valu, comme il le fit plus tard, répondre hautement : « Est-ce donc un délit de dire du mal d'un ministre, et doit-on se justifier d'avoir bien ou mal pensé d'un fonctionnaire? Non, il n'y a pas à cela l'ombre d'un crime*. »

On lui objecte alors : n L'homme du roi, en écrivant ainsi à son fils, son collègue, a manqué à ses devoirs et outragé l'autorité souveraine par le mépris de ceux qui en sont dépositaires. »

Mais La Ghalotais répond, soulevant une question de droit fort délicate : Ge n'est pas l'homme du roi, c'est le père qui écrivait à son fils des lettres confidentielles, intimes. Elles n*ont été connues et ne sont devenues publiques qu'à la suite d'une perquisition irrégulière et violente. Gonstituoht-elles donc un délit? Peut-être aux yeux do la raison d'Etat, qui est trop souvent lu

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