‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 2)Chapitre 7 sur 190 · Arcb. Nat., 11. 43G. Uapporl de Roudin du 7 juin · texte numérisé non relu

Arcb. Nat., 11. 43G. Uapporl de Roudin du 7 juin

Parlement do Bretagne. Sa Majesté a remarque avec beaucoup de satisfaction qu'au milieu d une défection presque générale, il reste douze magistrats qui refusent de donner leur démission et d'abdiquer des fonctions dont ils sont tenus par la foi du serment envers Sa Majesté et ses peuples.

« Elle m'a expressément chargé de vous écrire que vous leur témoigniez de sa part qu'elle est d'autant plus contente de leur zèle et de leur affection pour son service et pour le bien public qu'elle n'ignore pas toutes les voies qu'on emploie pour les détourner du plus légitime des devoirs.

« Sa Majesté veut que vous les assuriez qu'elle est dnns la forme résolution do leur donner dans toutes circonstances des marques distinguées de sa protection et de sa bienveillance. — Versailles, 7 juin 1765. Signé : Saint-Florentin'. »

Cette épltre ne produisit pas l'effet que son auteur en attendait, au contraire. Raudin avoue du reste que les lettres des ministres font en général sensation en mal. Celle de Saint-Florentin ne fit qu'augmenter la chaleur du parti contraire '.

Il faut avouer qu'elle était particulièrement maladroite. Dire d'un ton négligent et dédaigneux que le roi commence à s'occuper des affaires de Bretagne, alors que lui-même avait affirmé à l'audience du 20 mars que tous les détails de cette affaire lui étaient connus depuis

1. Proche inêiruii, l, 28, et Correspondance Le Pre«lrc, copie dans la leUre du 10 juin 1765. Il y a quelques Tarianies dans la copie de Le Presire, c'est celle-là que j'ai suivie.

2. Arcb. Nal., U. 436. RapporU de Raudin du 2 et du 12 juin 1765.

longtemps, cela paraissait peu sérieux, c^était prêter le flanc aux épigrammes.

Elles étaient en ce temps fort à la mode. Nous sommes inondés de pièces de vers, écrit Raudin. On n'entend parler que de chansons, de variantes, de paraphrases et de dialogues *.

On no manqua pas de parodier la lettre de Saint-Florentin. Datée de Versailles le 7 juin, elle arriva à Rennes le dimanche 9, à midi-.

Le premier président en fit faire aussitôt douze copies qu'il envoya aux douze non démis. Mais, en somme, elle ne leur apportait que des encouragements platoniques, dont ils éprouvèrent vite Tiuanité. Dès le lendemain, les démis reçurent à leur tour d'un ami la parodie suivante : *

Sur Tair noble et célèbre : Accompagné de plusieurs autres.

I^e roi commence à s'occuper (Quoiqu^on Tait voulu détourner Par mainte course de campagne) Des troubles qui depuis un an Ont agité le Parlement Do sa province do Brclagne.

Le roi ne se possède pas Qu*il reste douze magistrats De fidélité sans égale :

Ah ! quelle satisfaction Aux jours d'une défection Qui devait être générale.

1. Arch. Nai., H. 436. Ropporit de Raudin dcf 16 et 21 juin 1765.

2. Le Procèë inslruU dit le lundi 9 juin ; c'est une erreur, le 9 juin de l'année 1765 iombaui un dimanche.

Sa Majesté sait remarquer Ceux qui refusent d'abdiquer Toutes les fonctions publiques Dont ils sont tenus par la foi De leur serment envers le roi Et ses peuples de TArmorique.

Elle me charge^ expressément De vous écrire incessamment Que vous disiez à ces fidèles Qu'elle a, dans le moment présent, D'autant plus de contentement De leur service et de leur zèle,

Qu'elle n'ignore point, hélas!

Qu'auprès des douze magistrats En ce jour même l'on emploie, Afin de les faire déchoir Du plus légitime devoir.

Les plus illégitimes voies.

Dites-leur que Sa Majesté Leur veut, mais avec fermeté.

Donner en toute circonstance Des marques de distinction De toute sa protection Et de toute sa bienveillance.

Je suis, Monsieur, et cœiera,,.

Car même aux premiers magistrats Je ne mets point : J'ai t honneur d'être. . . Le petit comte Florentin.

Fait à Versailles, le sept juin.

L'an mil sept cent soixante cinq.

Transcrivez douze fois ma lettre.

P,'S. Vous voyez que je suis instruit Tout aussi bien que L'Averdy ;

Car au premier mol de ma letlre Je donne un démenti tout net Aux réponses que vous a fait, Le vingt de mai, le roi mon maître.

Puis il est écrit sur le dos, Rt contre-signe : Plielypeaux :

Que l'on remette cette épilre A Monsieur, monsieur d'Amilly Auquel, comme juge démis.

Je ne puis donner aucun titre <.

Cette parodie assez piquante et peu respectueuse blessa au vif M. de Saint-Florentin.

Elle ne fut pas la seule. Une autre courut encore la ville de Rennes. En voici les principaux couplets :

Sur l'air : Hobin-iare-lure,

De votre feu Parlement

Et de sa déconfiture, I^e roi s'occupe à présent, ture-lure, Sans se presser, je vous jure, Robin-ture-lure.

Avec satisfaction.

Le roi dans cette aventure Voit douze robins bretons, ture-lure, Garder la magistrature, Kobin-ture-lure.

Observateurs du serment Qu'on fait en magistrature, Ces héros du Parlement Refusent leur signature.

1. Procèâ irutruit, I, 29. Il exifie plusieurs versions de cette pièce. J'en oi lu ou moins cinq différentes. Miiis les voriantes ont peu d'importance. Je donne la version la plus complète.

Vous direz aux non démis, Comme une chose très sûre, Qu*ils sont du roi les amis, C*est lui qui les en assure.

Pour promettre plus que moins A ces chères créatures, Le prince étendra ses soins Jusque sur leur géniture *.

Une épitaphe en vers du Parlement eut aussi beaucoup de succès dans les salons des « démettants, n La voici :

Passant, ci-gtt un corps qui, dès demain peut-être, De Lazare, à tes yeux, va retracer le sort.

C*est un juste qu*on pleure et tu verras un Mattre, Aussi bon que puissant, ressusciter ce mort.

On attribua à M""* de Langle de Coôtuhan, femme du président non démis, la réponse suivante :

Votre épitaphe est fort jolie.

Il n'y manque, messieurs, qu*un peu de vérité. Mais do Lazare à vous, quelle diversité!

Par Teffort de la maladie,

Ce juste au tombeau fut porté.

Et jamais son ami ne Teût ressuscité S'il s était en fureur lui-même ôté la vie.

Jam Fcbtbt*.

Citons encore ce rondeau assez lestement

1. Proeèë iiuiruii, I, 25. Il exitte austi au moins deux versions de eeiie pièce.

S. Procèê itutruit, I, 23.

24 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

tourné; car ceâ vers légers, passe-temps des désœuvrés do Rennes, devinrent le point de départ d*une longue poursuite judiciaire :

Rondeau,

Parmi les Ifs, en très gros caractère, Fade Conen S je vois ton nom placé ; Auprès de toi serait très bien ton frère ', Sombre docteur qu'aux autres on préfère Pour tous les cas où Beuve' n*a parlé.

Certes, alors, serait récompensé L*abbé Conen d'être si bien placé, Et retiendrait Geffroy*, sans nous déplaire.

Parmi les Ifs.

Du petit duc' qu'il soit favorisé.

Du petit Juif* il sera bien prisé ; Lors on verra leur ami Bourdelière^ Lever la tète en cheminant derrière L'abbé Conen, dignement encensé

Parmi les Ifs'.

Enfin, voici une fable dont le sens est facile à

1. M. Conen de Saint-Luc, conseiUer aux enquêtes, non démit, protecteur décidé des Jétuitet, dit le Procè$ itutruU, qui pubUe cette note et les suivantes.

2. L'abbé de Saint-Luc, chanoine de Rennes, frère du conseiller.

3. Jacques do Suinto-Ucuvo, célèbre casuisto, 1613-1G78. Yuir Port-Royal, par Sainte-Ueuvo, in-8*, III. Ul, et IV, 69.

4. GeCTroy de Villeblauche, conseiller de grand'chambre, eut beaucoup de peine à se décider à si|pier l'acte de démission. Les dérats ne le regardaient pas comme sûr.

5. Le duc d'Aiguillon, souvent désigné ainsi dans le langage du temps & cause de sa petite taille.

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