Arch Nat., H, 436. Rapport du 19 juin
4. Arch. Nat., O' 461. Saint-Florentin à La Chalotais, 26 juin 1765. — Procès instruit, II, 113. — Sixième Déueloppement, p. 130.
enjoint sèchement de reprendre Thabit de son état. Garadeuc répond aussitôt au ministre qu'on Fa trompé; il n'a rais un habit de couleur que deux fois pour aller dîner chez son père à la campagne; il est rentré d'ailleurs chaque soir à Rennes; il demande qu'on lui révèle le nom des calomniateurs qui trompent* si hardiment et si grossièrement le ministre et prie celui-ci d'informer le roi de la fausseté du fait qu'on lui a rapporté K
Fera-t-on un crime à La Chalotais des lettres de ses amis ? Il est certain que la plupart étaient favorables au parti des démissionnaires. Mais on n'est pas responsable de ses amis.
Son cousin, le marquis du Poulpry, lui écrit par exemple « que le duc d'Aiguillon et son cher oncle ont trouvé le moyen d'aigrir furieusement l'esprit du roi contre le Parlement et la province ; ils sont soutenus dans le monde par de faux frères qui disent que la plupart des membres du Parlement et de la noblesse rendent justice au duc, mais que quelques tètes échauffées entraînent le pays... Le public approuve ici la conduite du Parlement, il trouve que les douze restants se déshonorent et seront les seuls à perdre leurs charges , parce qu'il faudra bien que l'affaire s'accommode... L'abbé de Ghauvelin, jadis chaud parlementaire, défend son ami Laverdy, il croit qu'il ne tiendra pas longtemps et que les affaires de Bretagne en seront cause ; il dit que quand nous l'aurons perdu, nous ne serons pas longtemps sans le regretter et que nous
1. Arch. Nat., 0< 461. Saint-Florentin à Garadeuc, 26 juin 1765. Exjfosé justificatif p. 55.
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le pleurerons de larmes de sang. En attendant les larmes, cela nous fit rire... Je n'ai point vu le public prendre un intérêt plus vif à aucune affaire qu'à celle de Bretagne, ni Parlement plus estimé * . »
Franchement, ce ne sont pas là des correspondances subversives; mais dès lors que ce n'était pas des appréciations de courtisan, c'était un crime.
Cependant cette petite guerre de plume avait fort irrité la cour et particulièrement agacé Louis XV. « Le roi est dans la plus grande colère, écrivait Laverdy, et elle est d'autant plus à craindre que c'est une colère raisonnée et de sang-froid. L'aventure de la gravure des Ifs a achevé de l'outrer et je plains ceux qui s'en sont mêlés, si on les découvre. Quand le Parlement de Paris a donné sa démission, il a convenu de vivre dans la retraite, de ne point aller aux spectacles, parce que c'était un temps de deuil et d'affliction pour des magistrats que celui pendant lequel ils avaient le malheur de déplaire à leur souverain. On ne prit ni plumes, ni chapeau bordé, ni épée, ni habit galonné. Cette circonstance est plus propre que toute autre à aigrir le souverain avec juste motif-. »
1. Procès instruit, I, 248, 252, 256, 278. Poulpry àLa Ghalotais, 4, 28 mai, 25 juin 1765.
2. Et Laverdy ajoutait ses lamentations ordinaires : « On perd une province, on met les sujets dans la plus grande souffrance, on cesse toute justice, on donne libre carrière aux voleurs et aux malfaiteurs, on tâche d'exciter toute la magistrature à courir à
Laverdy avait raison, les auteurs de ces méfaits de lettres étaient à plaindre. On le leur fît bien sentir. On ne plaisantait pas alors avec les publications illustrées et les vers badins. Coup sur coup, on arrêta trois hommes, deux femmes et un chien. Dans la nuit du 19 au 20 juin, M. de la Bellangerais est saisi à son hôtel, place Saint-Pierre, par des officiers de la connétablie commandés par Raudin, enfermé dans une chaise de poste gardée par trois cavaliers de la maréchaussée et emmené à Paris, où il est incarcéré à la Bastille. On fouille ses papiers, on en confisque une partie, on renvoie ses domestiques et Ton ferme sa demeure. « Il va faire pénitence à la Bastille de toutes ses noirceurs et méchancetés, dit Le Prestre, il en a plus d'une à expier. » Peut-être, mais la pénitence était dure.
La même nuit, à deux heures du matin, le graveur Ollivault est arrêté; on le fait monter dans une chaise de louage, escortée de trois cavaliers, et il prend la même route. Mais on le laisse à Vitré, où il est emprisonné au château.
« Ces nouvelles déconcertèrent quelques têtes et en échauffèrent davantage d'autres, assure Raudin*. »
sa perte, et on dit qu'on est bon Français ! Âh ! monsieur, que la vérité est loin de l'illusion qu'on se fait à soi-même ! » (Archives Nationales, H. 440. Laverdy à La Ghalotais, 10 juin 1765.)
1. Arch. Nat., H. 436. Rapport de Raudin, 21 juin 1765, et Correspondance Le Prestre, 21 juin 1765.
M. Marion écrit (La Bretagne, p. 339) que La Bellangerais ne fut pas arrêté, comme le dit le quatrième Mémoire — dont il omet toujours de citer la poge, — pour avoir refusé de faire de la musique dans un des concerts du duc d'Aiguillon. — Il eût été au moins équitable d'ajouter que La Ghalotais mentionne la gravure des Ifs. Voici son texte : « On arrêta sur des soupçons qui
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L'intendant de Flesselles exprimait l'avis « qu'il était important de tâcher de rompre la correspondance des gens de la province de Bretagne avec certaines dames connues qui habitent Paris. » Quelques jours après, la marquise delà Roche était arrêtée chez une de ses amies, aux environs de Paris, où elle s'était réfugiée. Emmenée avec sa femme de chambre, nommée Genty, et son petit chien, elle fut, aussi elle, enfermée à la Bastille.
Cette nouvelle causa une vive émotion à Rennes, elle exaspéra les opposants qui s'en prirent aux non démis de ces rigueurs insolites contre des femmes et déclarèrent que jamais ils ne siégeraient à côté d'eux * .
L'abbé de Boisbilly était un abbé de cour; chanoine de Quimper, il résidait habituellement à Rennes. Allié aux principales familles du pays, il s'occupait beaucoup de politique, comme nous dirions aujourd'hui; il était au courant des intrigues et des combinaisons, il colportait les nouvelles, il en savait beaucoup et aimait à les raconter. Il habitait chez M™® de Bonteville, fille de M™® de Pire, chez qui les magistrats se réunissaient souvent pour causer. Il avait de l'esprit, tournait bien les vers; on l'avait accusé d'être l'auteur de la parodie de la lettre de Laverdy aux Etats; il fut bientôt constant à
avaient pour objet la gravure de l'estampe, le sieur de la Bellangeruis, qui avait été assez hardi, quelques années auparavant, pour refuser de la musique au concert de M. d'Aiguillon. » (Sixième Développement, p. 51.)
1. Arch. Nat., H. 436. FlesseUes à Laverdy, 23 juin 1765. Rapport de Raudin, 30 juin 1765.
Rennes qu'il était celui de la parodie de Tépître si maladroite de Saint-Florentin. Sur le bruit des arrestations déjà faites, il jugea prudent de quitter la ville, sans dire où il allait. Mais il fut vite dénoncé. Un exempt et deux hoquetons partis de Paris dès le 20 juin avec un ordre d'arrestation arrivèrent à Rennes le 26 ; ils n'y trouvèrent plus Tabbé. Grâce à des recherches minutieuses et à un système d'espionnage savamment organisé au moyen de faux colporteurs, sa retraite fut découverte. Il était caché chez M""® de Pire, au château de ce nom, à six lieues de Rennes *.
Le vendredi 5 juillet, vers minuit, Raudin et Audouard arrivent inopinément à Pire, accompagnés de deux huissiers à la chaîne et de plusieurs cavaliers de la maréchaussée, dont quelques-uns étaient déguisés, ils fouillent le château et y découvrent Tabbé. Il est aussitôt appréhendé, conduit à Rennes et enfermé dans sa chambre, où ses papiers sont saisis et mis sous scellés.
Le lendemain matin, toujours plein d'assurance et de gaieté, il déjeune avec MM. de Gatuélan, de Kersalaûn, de Poulpiquet de Kermen et du Bourblanc, et à onze heures monte en voiture avec deux huissiers, en route pour la Bastille. A ce moment plus de trois cents personnes s'étaient attroupées, attirées par la curiosité, et considé-
1. La comtesse de Bonteville était la fille du marquis Guillaume de Rosnyvinen de Pire et la sœur du comte Pierre de Rosnyvinen de Pire, appelé le « petit Pire, » qui tous deux jouèrent un rôle important parmi les chefs de l'opposition aux États de Bretagne (Voir tome I, p. 391 et 398.) Le château de Pire, magnifique résidence bâtie en 1722 par Christophe de Rosnyvinen, appartient aujourd'hui à M. Paul Carron de la Carrière, ancien député d'Ille-et- Vilaine
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raient le prisonnier avec sympathie. Grave imprudence, avoue rintendant, car on peut assurer que si c'eût été un des quatre magistrats avec qui il avait déjeuné, le peuple ne fût pas resté oisif; il aurait protesté par la violence contre ces arrestations arbitraires *.
Cinq personnes emprisonnées pour une gravure et de petits vers, c'était faire payer cher quelques sarcasmes contre les ministres. Ce fut l'impression générale : « L'enlèvement de M. de la Bellangerais et du sieur OUivault est bien odieux écrit M. du Poulpry à La Chalotais. Je ne sais pas comment l'entendent ceux qui exercent de pareils actes d'autorité 2. » Et ce n'était là qu'un prélude.
Les récentes arrestations avaient naturellement produit dans la société parlementaire rennaise une grande sensation. A en croire l'intendant, les magistrats démis étaient assez déconcertés. « Les chefs paraissent toujours plus animés, mais au fond tout le monde est persuadé de leur très grande peur. Ils continuent à s'assembler chaque jour dans le jardin des Bénédictins, ils ne se laissent approcher de personne et même l'entrée
1. Arch. Nat., H. 436. Rapports de Raudin, 26 juin et 3 juiUet, et Bulletin de Rennes du 7 juillet 1765. — Correspondance Le Prestre, 8 juillet 1765. — Mémoire à consulter et consultation pour M. le duc d'Aiguillon, p. 9. — Journal des Et^ènements, p. 3. — L'intendant ne manqua pas décrire que Bcllangerais et Boisbilly étaient très liés avec La Chalotais. (Arch. Nat., H. 436. Fiesselles à Saint-Florentin, 23 juin 1765.)
2. Procès instruit, I, 252. Poulpry à La Chalotais, 25 juin 1765.
du jardin est devenue difficile à d'autres qu'à
eux
Plusieurs magistrats, malgré les ordres du roi, avaient quitté la ville. Le président Montbourcher restait au château de la Magnane ; le président de la Bourdonnaye de Montluc à Laillé.
Le vieux président de Gucé rpcevait tout le monde indistinctement, mais invitait les démettants seuls à sa table 2.
Un jour, le conseiller Angier de Lohéac donnait un grand diner. Parmi les convives étaient MM. de Gibon du Pargo et de Talhouët de Bonamour. Le premier dit, en crachant le mot tout plein, que ceux qui n'étaient pas démis étaient tous des Jean F..... Bonamour voulut en excepter son cousin, le marquis de Langle, dont il prit le parti. La querelle s'échauffa au point que rendez-vous fut donné, et Bonamour sortit sur-lechamp pour y aller. Du Pargo fut retenu par la société, qui lui fît comprendre son tort et le conduisit jusqu'à la place du Palais, où Bonamour l'attendait et où du Pargo lui fît des excuses 3... Quelquefois, les plaisanteries dépassaient les bornes. Un soir du mois de juillet, vers huit heures, deux dames, la présidente de Franche-