Mémoire au roi pour Kersalatln, p
3. Voici le texte de ce billet : Rien de nouveau. Le premier président dit à Boisbaudry que les ordres étaient retardés. L'intendant à qui M... le dit fit la mine et ne dit rien. La forme du papier sur lequel tu m'écris tes billets est ancienne, je t'en préviens. Voici la nouvelle. (Proc, insi,^ I, 342.)
272 LE DUC d'aiguillon et la ciialotais
grave parce qu'il était écrit en travers ! C'était vraiment pousser l'arbitraire jusqu'à la déraison.
Quand Kersalaûn arriva à Saint - Malo, la Chambre royale n'y était plus, sa mission était terminée. On a dit qu'elle fut sur le point de finir d'une façon tragique. Le sang a-t-il dû couler à Saint-Malo, comme à Nantes, en 1720, sur l'échafaud du Bouffay ? Au sujet de cet épisode, resté fort obscur, écoutons le récit du principal témoin; il était trop intéressé pour n'être pas intéressant.
« Ma situation, dit M. de la Fruglaye, devenait de plus en plus pénible et inquiétante. Je n'étais pas rassuré pour les accusés. M. de Fontette me manda chez lui; il me fit les reproches les plus graves sur le degré d'intérêt que j'inspirais dans la ville, sur les propos publics qui en étaient les suites, surtout de la part des femmes de la société, qui se permettaient de parler avec toute indécence des membres d'une Commission respectable.
— « Quoi, monsieur, lui dis-je, outré de ces reproches, la fureur de nos ennemis, dont vous vous êtes fait l'exécuteur et dont vous êtes l'organe en ce moment, est donc telle qu'on nous envie jusqu'à l'intérêt public. Prétendriez-vous donc qu'une persécution aussi injuste qu'atroce, dirigée contre l'innocence de magistrats connus pour aussi intègres qu'éclairés, obtienne l'approbation d'un public qui les honore?... Je jouis
délicieusement pour eux de cette douce compensation à leurs peines, elle fortifie mon courage et mon énergie à les défendre ^ . »
M. de la Fruglaye était fort 'animé et parlait haut. Fontette voulut lui imposer silence, craignant qu'il ne fût entendu de Tantichambre. — « Je le crierais bien sur les toits, reprend-il. »
On cherchait à intimider, ajoute-t-il, à comprimer jusqu'à Topinion publique. Une femme âgée, pleine d'esprit et de sens. M™® Magon, lui conseilla de partir pour Paris, afin de solliciter le duc de Ghoiseul et le Parlement. Il s'y décida.
« Chemin faisant, je suis abordé dans la rue par une femme à moi inconnue qui me témoigne le désir de me parler en particulier. J'entre dans la première allée de maison. Elle m'y suit et me dit :
— « L'intérêt que je prends à vous et à vos parents me porte à vous donner avis que vous serez arrêté ce soir.
— « Je vous remercie infiniment, lui dis-je, mais d'où et comment le pouvez- vous savoir?
— « C'est ce que je ne puis vous dire.
— « Pouvez-vous au moins me dire par l'ordre de qui je dois être arrêté ?
— « Par l'ordre de M. de Calonne, me répondit-ello en s'encourant, comme effrayée de ce qu'on eût pu la voir me parler.
« Je me persuadai d'autant plus aisément de la vérité de cet avis que je croyais ma présence et ma conduite à Saint-Malo fort importunes à des gens auxquels les coups d'autorité ne coù-