Mémoires manuscrits du comte de la Fi'ugl&ye
are
re- 1 'lire I
274 LE DUC d'aiguillon et la chalotâis
taieni rieti pour se soustraire aux regards des honuètes gens.
« Je rentrai chez moi sur-le-champ, mis ordre les papiers qui m*étaient le plus essentiels à conserver, les renfermai dans un portefeuille que je remis à mon hôtesse, dont j'étais sur, lui recommandant de ne le remettre qu'à qui lui , montrerait la clef que je lui fis voir. ^H
((Je retournai bien vite vers mon eomi^^ d'amis leur apprendre que mon rôle devait finir le soir même, et aviser aux mesures à prendre pour faire exécuter par un autre le projet qs nous avions concerté quelques heures avant.
« Toutes précautions étant convenues, je re tourne dîner avec mes hôtes, résolu d' attend chez moi le coup dont j'étais menacé. J'attendis jusqu'à quatre heures. Alors Fimpatience me gagnant, je me décidai à en accélérer Texécution en allant chez M, de Galonné sous prétexte de lui demander des nouvelles de nos parents,
« Ne l'ayant pas trouvé chez lui, j'allai me promener sur les murs de la ville, dans la partie voisine du château. A peine y étais-je que j'en vois sortir mon homme, j'accours à lui et lui demande avec empressement s'il n'a pas de billet à me remettre de la part des procureurs généraux.
— « Non, dit-il, je n'ai même pas songé à leur en demander.
« Ce ton d'insouciance et de dédain m'enflamma de colère et, croyant être au dernier mO' ment de la liberté que je devais perdre par ordres, je lui vomis de véritables injures :
— « Vous êtes bien digne, lui dis-je, de Tinfâni
âme 1
rôle que vous jouez ici. Sans doute, qu'ayant trahi k Versailles la confiance de M. de la Ghalotais, vous êtes chargé, vis-à-vis de ses ennemis, de le faire trouver coupable et de Timmoler à leur haine. Vous auriez plutôt dû vous rappeler ce qu'il vous dit alors du danger de Tambition chez les jeunes magistrats. Vous êtes un monstre d'iniquité et il ne manque à ma satisfaction que de vous trouver à Fécart et de vous traiter comme vous le méritez !
L'on voit que j'étais sorti des gonds quant aux expressions, mais j'avais fort observé mon geste et mon maintien, parce que cette conversation avait lieu sous les arbres bordant la place Saint-Thomas, à la vue de beaucoup de promeneurs qui nous observaient. A peine eus-je quitté M. de Galonné qu'il presse le pas pour me suivre et me rappelle. Je l'attends.
— « Je dois vous dire de la part du roi, me dit-il, que vous ayez à vous rendre au plus tôt à Rennes.
— « Ses moindres volontés sont des ordres pour moi. Je m'y rendrai dès demain, et ce soir s'il le faut.
« M. de Fontette, dont les fenêtres de l'appartement donnent sur cette place, nous ayant aperçus ensemble, imagina peut-être servir M. de Galonné en rompant notre entretien. Il arrive et nous aborde.
— « Je vous prie, lui dis-je, de me faire expédier ce soir un ordre pour des chevaux de poste afin de me rendre demain à Rennes.
. — « Peut-on vous demander ce que vous allez y faire?
276 LE DUC d'aiguillon et la chalotais
— « Je Fignore, M. de Galonné pourrait vous le dire.
— « Les clefs des cabinets des procureurs généraux ont été remises à M. de la Fruglaye ; il y existe des procédures criminelles nécessaires au jugement des accusés qu'elles intéressent.
— « Mais, reprend M. de Fontette, pensez-vous que, n'étant plus ici, quelqu'un de votre famille vienne vous y remplacer, peut-être même M"® de Caradeuc ?
— « Je n'en doute nullement, répartis-je avec vivacité. Nous avons trop de raisons de savoir ce qui s'y passe et notre intérêt pour nos parents est trop vif pour ne pas nous tenir aussi près d'eux que possible.
« A ces mots, M. de Galonné, semblant oublier tout ce qui venait de se passer entre nous, me dit, comme du premier mouvement, en me mettant la main sur le bras :
— « Faites au moins, monsieur, qu'elle n'y vienne pas de la semaine !
c( Ge geste de M. de Galonné, qui ne me parut alors qu'irréfléchi, l'était beaucoup au contraire.
(c Nous étions au mardi (11 février 1766), il méditait de faire rendre le jugement par laf Commission le vendredi suivant. Il désirait fort vivement que personne de la famille ne se trouvât alors à Saint-Malo. J'en ai eu toutes les certitudes depuis ^ »
M. de la Fruglaye arrive à l'incident palpitant de cette longue tragédie.
« Ge qui m'avait essentiellement frappé dans