‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 124 sur 187 · VA · texte numérisé non relu

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mier président uae verte semonce : « La fixation que vous faites dn prix du blé et de la farine est un moyen sûr pour affamer la ville de Rennes. Déjà on m'écrit qu'on ne veut plus y conduire de grains. Eh î Monsieur, laissez faire à ceux qui veulent vous nourrir. La cherté qui existait y attirait le monde et vous faisait aller des envois dont le commerce aurait bientôt fait baisser le prix. Il est inconcevable que vous ne sentiez pas que la gène et le défaut de liberté écarteront de Rennes tous les négociants qui s'empressaient à y envoyer. En suivant votre méthode, qui vous fait prendre un droit que ne vous donnent point les lois du royaume, vous entretiendrez la cherté à Rennes et vous y ferez peut-être venir la famine. »

Ces observations étaient fort justes. Le public ne vit pas sans un malin plaisir le ministre dauber sur le nouveau Parlement et se dit tout bas que si La Ghalotais avait été là, — lui qui avait jadis prôné si ardemment la liberté du commerce des grains, — cette mesure rétrograde n'aurait pas été prise.

Dès le jour de son arrivée, le duc d'Aiguillon fit sentir aux magistrats leur maladresse et le mécontentement du ministère; et le lendemain 19 juin, un arrêt révoquait la décision prise le 5 juin précédent K

Mais ce n'était là qu'une bagatelle. La grosse affaire, c'était le procès criminel, qui n'avançait point. Le duc d'Aiguillon ne fut pas longtemps

1. Arch. Nat., FM 265. Laverdy à d'Amilly, 13 juin 1766, — Journal des EvènemenUy p. 123.

à discerner les obstacles qui arrêtaient sa marche. Le gouvernement se heurtait à un dilemme, se trouvait acculé à une impasse. En réalité, les magistrats « rentrés » ne voulaient pas juger parce qu'ils se trouvaient en trop petit nombre, et les autres ne voulaient pas revenir tant que l'affaire qui les effrayait ne serait pas- liquidée.

On assure que, le soir même de son retour, le duc dit au président de Montbourcher : « La volonté du roi est que vous jugiez au plus tôt le procès des prisonniers de Saint-Malo ; il y a trop longtemps que cette affaire dure, il faut qu'elle soît terminée avant l'assemblée des Etats. Sa Majesté veut et entend que vous jugiez sur l'instruction faite par les commissaires*. »

Mais le duc se convainquit vite qu'il n'obtiendrait jamais cette concession contraire à toutes les règles. Alors il changea subitement ses batteries, faisant preuve de cet esprit d'initiative, de cette habileté de manœuvre dont il n'était point dépourvu, se montrant enfin tel qu'il était, c'est-à-dire le véritable moteur de toute l'affaire, il proposa au ministre d'opérer un changement de front, d'adopter une marche nouvelle, qui fut en effet suivie de point en point.

« On ne peut se flatter de parvenir au complément du Parlement qu'après le jugement des prisonniers de Saint-Malo, disait-il dans cet important rapport, écrit trois jours après son retour. Le nombre des juges du procès se trouve réduit à dix conseillers et présidents depuis la récusation de M. de Trevenegat et le départ

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