‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 125 sur 187 · Journal des Evénements ^ p · texte numérisé non relu

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forcé de M. de la Bertière, pom* raison de saDté. M. de Moiïtbourcher ne cesse d observer que les I jnges ne sont jjas assez nombreux, il est cependant disposé a commencer cette affaire dès que

le roi Tordoimerfï,

« Il résulte de cet exposé que si Ton ne trouve^ pas quelque moyen d'augmenter le nombre des juges, les prisonniers ne seront jamais jugés et le Parlement ne sera jamais complet. On n'en connaît qu'un, qui serait de faire juger séparément les principaux accusés, parce que les récusations de la plus grande partie des juges ne sont fondées que sur leur parenté avec quelques-uns des accusés et sur Tinimitié qui est entre certaines familles. Mais comme le plus grand nombre des accusations est commun à tous les prisonniers, on proposerait de faire Juger d'abord et unique^ ment celle qui est relative aux billets ano^ uj/mes, dont un seul d^eux est soupçonné^ et d'envoyer à cet effet des lettres patentes au Parlement de Bretagne, par lesquelles le roi lui ordonnerait de s'occuper d'abord de ce chef d'accusation, le plus grave de tous, et de parachever la procédure commencée par la Tournelle du Parlement de Paris, en vertu des lettres patentes du 18 juillet il&S, Le projet de lettres patentes quon joint ici expliquera plus elairemeni l'idée qu'on a à ce sujet. Ces lettres seraient enregistrées sans difiiculté et il y aurait vingt-huit magistrats dont cinq présidents pour juger; ce qui serait beaucoup plus solennel que l'arrêt que pourraient rendre douze juges qui peuvent connaître de la totalité de ralFaire. D'ailleurs, au moyen de cet expédient, on éviterait la querelle sur la

continuation de la procédure de Saint-Malo, que le Parlement ne veut absolument prendre que pour mémoire.

« Cette affaire importante terminée, le roi pourrait également faire juger séparément M. de Caradeuc sur les abus de pouvoir, prévarications, etc.; et il est vraisemblable, par les faits qui lui sont imputés à ce sujets qu'il interviendrait sur ce seul chef un jugement fâcheux pour lui. Les trois autres prisonniers n'étant plus conseillers pourraient être jugés sans difficulté. Le roi pourrait même, si on trouve encore trop de difficulté à les faire juger, leur accorder grâce et se borner à les éloigner de la province pendant quelques années.

« Si on approuve ce projet, sur lequel il est important de garder le plus grand secret jusqu'au moment de son exécution^ il sera nécessaire de mander M. d'Amilly pour lui communiquer les lettres patentes... Si on n'approuve pas ce projet, auquel on ne voit d'inconvénient que celui de réduire les différents chefs d'accusation contre M. de la Chalotais au seul fait des billets anonymes et de le mettre pour ainsi dire hors de cour sur tous les autres, il ne restera d'autre parti à prendre que celui de faire commencer la procédure criminelle par les douze juges qui sont en état de connaître. Il faudra que le roi l'ordonne à M. de Montbourcher. Il obéira, mais il faut s'attendre que dans deux mois cette procédure sera absolument suspendue par les récusations des parents de M. de Kersalaûn, M. du Poulpry, etc*. »

1. Arch. Nat., H. 439. Rapport sur l'étal actuel du Çt«\ft\«v^Tv\.

338 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

Après une telle lettre, il est difficile de soutenir, comme on Ta prétendu, que le duc d'Aiguillon resta étranger au procès, « qu'il se refusa à exercer aucune action sur les juges et fit de grands efforts pour amener le ministère à se montrer aussi discret que lui-même ^ »

Quand d'Aiguillon adressait ce rapport au ministre, avait-il connaissance des Mémoires de La Chalotais? C'est possible, quoiqu'on ne puisse pas l'affirmer. C'est à cette époque, en effet, qu'ils commencèrent à se répandre dans le public. Saint- Florentin les signale, le 21 juin, comme ayant paru à Bordeaux; ils furent connus à Rennes presque aussitôt. La sensation fut prodigieuse. Tous les contemporains, amis et ennemis, sont d'accord sur ce point. 11 faut essayer de se rendre compte de l'état d'esprit du public. On savait que cinq magistrats étaient emprisonnés depuis six mois dans une forteresse; mais nul ne connaissait les causes de leur détention. On pensait sans doute qu'ils avaient dû commettre quelque crime énorme. Et voilà que tout à coup, éclatant comme un éclair dans un ciel d'orage, paraissaient ces écrits vibrants, incisifs, éloquents, montrant à la fois le néant des accusations et la rigueur inique de la peine. Du coup, les magistrats prisonniers devinrent lès favoris de l'opi-

de Bretagne, adressé par d'Aiguillon à Saint-Florentin, le 22 juin 1766.

i. H. Carré, La ChaloiaU et le duc d* Aiguillon, ^^, 60.

"nion; dès ce jour leur cause fut gagnée pour le public, et quand Voltaire leur eut apporté l'appui de sa popularité, ils ne furent plus regardés que comme les victimes infortunées du pouvoir arbitraire.

« Le Mémoire fut lu avec la plus grande avidité, dit M. de la Fruglaye, et eut le succès le plus complet; il concilia à M. de la Chalotais Popinion publique, convaincue de son innocence, il éclaira la cour et la ville sur les prétextes de la persécution qu'il éprouvait ^ » — « Il fait la plus grande sensation, toutes les femmes l'ont sur leur toilette, » dit La Noue. — « 11 produit la sensation la plus avantageuse, dit le Journal des Evénements^ on y retrouve le style éloquent et énergique de l'auteur des Comptes rendus et des excellents plaidoyers imprimés dans le Journal du Parlement. La justification de M. de la Chalotais, de M. de Garadeuc et même des autres membres du Parlement accusés avec eux y est établie avec force, avec clarté et de manière à déconcerter leurs ennemis ^. »

Comment ceux-ci seraient-ils restés sous le coup de ces invectives brûlantes, stigmatisant « les esprits inquiets et brouillons qui, voulant détruire les libertés nationales et tout subjuguer, appellent trouble tout ce qui contredit leurs fantaisies et leurs passions. » Ils y employèrent leurs armes les plus puissantes : le Parlement de Rennes et le Conseil du roi furent mis en demeure de proscrire cet écrit dangereux. Saint-

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