‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 132 sur 187 · L'EXPERTISE · texte numérisé non relu

L'EXPERTISE

I. Entrevues de La Chalotais ayec La Yillebouquais, Yilleblanche et d'Amilly. — La Correspondance de La Noue et de Bacrin.

H. Mémoixes contre la preuve par comparaison d'écritures. — Consultation de Poullain du Parc.

in. Les rapports des experts. — Leurs conclusions. — Arrivée d'un troisième expert. — Entretien entre M. d'Amilly et M"** de Caradeuc et de la Fruglaye.

lY. Discussion des conclusions des experts. — L'avis d'un graphologue. — Le testament La Boussinière. — Les preuves morales.

Ce dut être une scène bien curieuse que Tentrevue de La Chalotais et du rapporteur Bonin de la Villebouquais. Elle eut lieu le 2 août, à huit heures du matin, et dura trois heures. Après avoir siégé côte à côte pendant trente ans, les deux magistrats allaient se retrouver en face l'un de l'autre. L'un était un accusé et l'autre un juge, mais celui-ci n'était pas de force à lutter. « Le rapporteur avait l'air de l'accusé, dit La Noue, et l'autre, avec un air serein et dégagé, semblait être au parquet. Jamais on n'a peloté son juge de meilleure grâce. Il le persifla sans cesse, ainsi que le greffier Saint- Aubin, Il s'écria du ton le plus plaisant : « Voilà donc ces fameux anonymes en original ! » // en fit avec dériaioiv l'aualyse vis-à-vis de son

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écriture et dit à Saint- Aubin que cela ressemblait à la sienne. Il dit avec un air moqueur à Villebouquais : « Et vous entendez bien que vous ne m'apprendrez pas l'ordonnance ! » En total, il traita tout avec audace, ironie et sécurité*. »

Est-ce qu'un coupable aurait eu cette attitude ? Villeblanche, qui remplit les fonctions de procureur général, n'est pas plus hardi. « En accompagnant le rapporteur dans ma prison, dit La Ghalotais, il n'a jamais osé me regarder en face, tenant toujours les yeux baissés et paraissant devant moi comme un criminel devant son juge 2. »

Ce n'est pas tout, l'après-midi cet étrange accusé demanda le général de Barrin pour avoir de l'encre, du papier et des plumes. « Il lui a répété tout ce qui est dans son Mémoire,,,^ il lui a parlé de toute son affaire avec le plus beau sangfroid, notamment des anonymes. Il a dit avoir des indices du faussaire qui les a faits. Il a plaisanté de sa position et des peines qu'on se donnait pour lui trouver des crimes inexistants ^, » Nous

1. Correspondance Fontette, p. 183. La Noue à Fontette, 4 août 1766.

2. Sixième Développement, p. 116. — > M. Marion commet une erreur en disant que La Ghalotais confirme le témoignage de La Noue dans son quatrième Mémoire {La Bretagne, p. 408, note 3) ; c'est de Villeblanche et non de La Villebouquais que La Ghalotais parle ainsi.

. Dans une note ajoutée par lui au manuscrit du quatrième Mémoire, — que nous possédons, — et qui n'a pas été publiée, La Ghalotais accuse Villeblanche d'immoralité dans sa vie privée et assure qu'il avait refusé de lui donner une de ses filles en mariage.

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