‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 135 sur 187 · Mémoire à consulter, p · texte numérisé non relu

Mémoire à consulter, p

3. Traité sur la preuve par comparaison d'écritures^ par I.-P. Vallûin, 1761; imp. m-12 de 226 p.

l'expertise 371

Mais le plus grand avocat de Rennes, le maître éminent, Fauteur célèbre des Principes du droit français^ PouUain du Parc, allait prendre la parole et jeter dans la balance le poids de son autorité incontestée. Il veut, dit-il, apporter au procureur général accusé et privé . de défenseur Tappui de sa plume, et, puisque le secret de la procédure ne permet pas de discuter les faits, il est réduit à traiter une question de droit et à démontrer que le témoignage des experts ne saurait suffire pour baser un décret de prise de corps, premier acte d'un procès criminel ^

« Il n'y a pas de connaissance plus sujette à caution que celle du vérificateur le plus habile. Il est matériellement impossible à un expert d'affirmer que deux écritures sont, en fait, de la même main. Il peut seulement dire qu'elles paraissent identiques, et quand la ressemblance n'est pas entière, il est réduit aux conjectures les plus hasardées et souvent les plus frivoles. »

On a vu maintes fois des experts attester sentencieusement l'authenticité d'une pièce que d'autres déclaraient fausse. L'ordonnance de 1670 ne dit pas que la reconnaissance d'écriture puisse former une preuve; or, en matière criminelle, les textes sont restrictifs et ne peuvent pas être suppléés.

Un écrivain, nommé Vallain, a essayé de réfuter le savant ouvrage de M. Le Vayer ; il pousse le paradoxe et l'absurdité jusqu'à donner

1. Mémoire pour M. de la Chalotais, signé : M* Duparc Poullain, avocat; imp. in-4* de 20 p. he Mémoire de du Parc Poullain ne parut qu'après le rapport des experts.

372 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

son art comme infaillible, et le maître d'écriture traite avec hauteur le magistrat ^

La^déposition des experts n'a jamais la valeur de celle des témoins ordinaires; ceux-ci rapportent les faits qu'ils ont vus, ceux-là expriment leur opinion. L'expert peut dire que deux écritures sont semblables ou différentes; mais s'il ajoute qu'elles sont de la même main, il émet une simple appréciation 2.

Enfin, comment un indice si faible et si trompeur pourrait-il suffire à faire attribuer à M. de la Chalotais des billets aussi imbéciles qu'exécrables, dont la stupidité et la grossièreté ne peuvent déceler qu'un forcené dépourvu de raison et élevé dans la plus vile populace ? ^ »

L'avis de PouUain du Parc fît certainement une grande impression sur l'esprit dés conseih 1ers. La famille de M. de la Chalotais voulut avoir celui de ses confrères du barreau, elle leur posa la question suivante : « La vie et l'honneur d'un magistrat peuvent-ils dépendre de l'opinion d'experts qui disent à l'accusé : C'est vous qui avez fait ce billet, car il paraît ressembler à votre écriture, il est donc de vous ! Ou bien encore : Il ne ressemble pas à votre écriture, il est donc de vous, car vous aurez contrefait et déguisé votre écriture ! * »

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