Corre9p<mdance Fontette, p
2. Noua avons retrouvé aux Archives du ininif tère de la jumUc« plusieurs de ces bilIcU portant la dot« de septembre et d oclôbrû 175f>. Leur texte eet saiie grand intérêt. M*" de Cnradegc conseille ii son mari lu patience et le e^luie, et donne quelques indîeotîoua sur lu ini^rche de rnffuîre, mais elle ne se fie pas à
B cette cor reipotid Alice, — et cUe avait rattao» Voici celui du ■ 24
422 LE DUC dViguîllon et la chalotais
M. de la Gâcherie a une lîslule, inlirmité
casiiiiinée par sa kmgue détention do 1757; il ne peut se tenir assis que sur une planche. Sa femme et sa sœur sont fort inquiètes de sa santé* Fontette les rassure. 11 permet enfin à un chirurgien de le visiter. M. Je la Rue, chirurgien de Rennes, vît à la fin d'octobre tous les prisonniers; il ne les trouva pas w réellement malades; » il ne semble pas cependant, d'après son rapport, que leur état fut très satisfaisant*.
Pour distraire M, de la Gâcherie, sa sœur prie Fontette de lui faire parvenir une petite chienne, « afin de calmer reanui que doivent opérer onzç mois de cachot, m M'*'" de la Colinière se montre aussi fort préoccupée de la santé de son fils; elle le croit souffrant et ressent de \âves alarmes, <( parce qu^une très grande maladie qu'il a eue a commencé par de pareils symptômes. » A diverses reprises, elle fait part de ses inquiétudes maternelles au gouverneur, qui la rassure de son mieux ^. »
27 Beptembrfi 17fifi : ft Na« affalrea sont en bon train* Noas ovona rerii de bonnf^a riouvelUa de Paris, Comme j'ai de t'iiic[ui élude (|iie ce billet ne soit découverl, je n'oge m y fiei'- u (Arch. mtn. justice.)
1. Arch, Nat., K. 712. Rapport du 29 novembre 1766, Voici le pûiïsage relatif à M. de la Gâcberie : n II a une buoieur de la forme d'une fève ; il a dît qu'il ne pent se tenir nssia que sur ttne planche, parce que les siège» rembourrer pressaient celle partie douloureusement... J'estime que relie humeur est entretenue pur la situation trop longue et trop fréquente d'être assis h laquelle Tu obJigé sa détention d'un an en de petîteei chambres... Quoiqu'octuellemerit il ne paraisse pas de dépûl formé, il eat à craindre ijue la conlînaation de cea embarras entretenus par sa situolton octuelle ne cause enfin une rupture de vaisseaux ftoaguin», un épanchement^nn dépôts et enfin un renouvellemenl de fibtule au même endroit, u
2. M, Morioii écrit : n Lea ineeitiauteii demandes que lui adres>
A^ Rennes, le général de Barrin a moins de soucis. « M. de la Chalotais est toujours le même^ dit-il^ et nous laisse assez tranquilles, son surveillant et moi. M. de Fontette n'est pas si heureux. Ses prisonniers se joignent à son estomac pour le tourmenter continuellement, il me paraît souffrir beaucoup et d'esprit et de corps. Je le plains, et sa situation me fait prendre la mîenm^ qui est beaucoup moins désagréable, avec plus de patience K »
cr M. de la Chalotais eut Fautre jour une bonne querelle avec M. Bonnet, roRicier qui le garde. Il se plaignait de lobéissance aveugle de Fétat militaire aux volontés arbitraires de rautorité et ajoutait que les militiiires n'étaient faits que pour se battre contre les ennemis de TEtaL M. Bonnet répondit :
— (c Je ne connais point de plus grands ennemis que ceux qui écrivent contre le roi.
— « Quoi, monsieur, dit M. de la Chalotais, est-ce que vous me croyez capable d*avoir écrit?
— (c Ma foi, monsieur, je n'en sais rien, dit Bonnet, vous êtes accusé et, jusqu'à ce que vous .soyez justifié, je peux vous croire coupable,
(t Ces petits dialogues mettent quelquefois un peu d'iuténH dans leur société, qui\ d'ailleurs^ est assez ordinairement tranquille-. »
Cependant, M. de Barrin surveillait de près
Bèrent les famines des prisonniers mirent h rade épreuxe lo patience de M. do FontcUc. U s'efTorce de calmer ces rrninle» trop vive^ H trop continueUci potu être bien tincctts^ mab 11 n'y parvient pas. « (Ln Bretagne^ p. 377*)
t, Arrh. iiiin. just. Barriti h d'AîgaiUon, 24 septembre 1766* 2. Art^b. min. ju9t. BurHa h d'AiguiUon, 1*' septembre 1766.
son prisonnier, « car on prétend qu'il sait, toij ce q«i se passe par des moyens singuliers fort difficiles à deviner... Nous continuerons à resserrer de façon qu'il ne parviendra rien * Pourtant il lui parvint quelque chose et Bl rin raconte Fincident avec nn dépit comique^ fç J'ai de bien mauvaises nouvelles à vous apprendre, monsieur le duc, et dont je suis vivement touché. Tous nos soins ont éclioué contre Fadresse de M. de la Chalotais à tromper les surveillants : il a des plumes, du papier, et il en fait Fusagc qu'on connaît par son premier Mé^ moire* Ce n'est pas tout; on a trouvé moyen de Finformer de ce qui s'est passé ici et il en sait pent-ôtre autant que nous sur son affaire.
t( M. Bonnet a découvert un mémoire écrit tout entier de sa main dans le fond d'un pot à tabac, qu'il envoyait à ses parents pour faire changer le tabac. Ce mémoire me fut apporté, je le pris et fis remettre le pot à tabac tel qu'il était pour être envoyé à Fhôtel de Caradeuc, Quelques heures après, on en rapporta le même pot, an fond duquel on avait mis la requête présentée le il août dernier par M"" de la Chalotais au nom de tous les prisonniers.
l. Arcli. min. jtist. Borrin h d'Aî^ilIoii, 8 août, 1" sept- 176ft. H est certain que In correspond mire au moyen de biUets cacbéi au fond de poU de beiirrf! et, de pots de tabac fut rréqucmmeni employée par la ramillo de La Cbnlotnia. Cette rubo réussit aa»ex lun^tempa. Yoiei un billet qut fut saisi uu fmid d'un pot de beurre envoyé aux Cordelîcrs : « Point do nouvelles, mon cher pnptt* Le Mémoire de Calonfie le rend très impopulaire.,. Toui les vôtre» »c portent aussî hîeti f|ue leur cruelle situation le permet. Votre Mémoire imprimé fait grand bruit à Paris, u (Arch. miUt justice.)
« Plusieurs jours après, on a encore trouvé dans une bouteille de hièro une petite fiole remplie d'encre et plusieurs plumes toutes laillées. Ces découvertes seraient heureuses si Ton était sur que rien n'a passé jusque-là et si le mémoire ne prouvait pas qu^il y a eu une correspondance établie, dont noire prisonnier peut avoir déjà fait un terrible usage*,
« Cette pièce est beaucoup plus méchante que le premier Mémoire contre les personnes qu'il y a déjà maltraitées et contre lesquelles il vomit des horreurs. Elle est plus dangereuse en ce qu'elle déclame avec la plus grande force contre Tobéissance du militaire, et serait capable, si elle était publique, de faire impression sur des hommes dont la façon de penser ne serait pas bien assurée... Je suis au désespoir de cet événement, à cause de Fincertitude où je suis si ce mémoire a été précédé de quel qu'autre... Nous redoublons d'attention.,. Personne ne sait ici ce que nous avons découvert, et je souhaite qu'il en soit encore ainsi longtemps-. »
M Cette pièce est diabolique, écrit Barrin à Fontette, le premier Mémoire est une dragée en comparaison. Il attaque et déchire plus vivement que jamais les mômes personnes à qui il en voulait dans le premier, telles que Saint-Flo-
1. n est certain, en effet, que Lq Ghaïotais dut se iervir do moyen» secrets poor écrire son Mémoire, car on ne Jiii donnitit du papier, des pLunies et de Tencre que sur so dcmondc; Toificter rcstuil présent peDdant qu'il érrivaîl et lui reprcimil le tout quiiitd il Qvnit fini, fCorr. font,, p. 272.)
2. Arcb. miti. justice, Uarrin à d'Ai^uînon, 5 oelobrc llii^. Toutes ccB lettre» sont aulo|fraphet et sig^uéca ; Barrin,
426 LE nue d'aiguillon et la chalotais
rentin, d'Aiguillon et Flesselles, Vous y êtei pour quelque chose, quant à la dureté du traitement, et moi un peu; Audouard cruellement*.
M. de Barrin envoya le Mémoire à Paris et ei adressa une copie au duc d'Aiguillon. 11 aurait bien voulu garder le secret. Mais il en fut de ce secret comme de beaucoup d'autres : il le confia à Flesselles, qui le confia à Audouard, qui le confia à dWmilly. Celui-ci était fort curieux de savoir ce que La C haletais pouvait dire de lui.
Chose plus surpreriante, quinze jours après^ Texistence du Mémoire était connue de la famille du prisonnier. M"*" de Caradeuc et M™** de la Fruglaye en avaient été informées de Paris ; elles allèrent trouver M. de Barrin et ko demandèrent si le fait était vrai. Après avoir nié effrontément, il fut obligé d'en convenir. Elles rinfcerrogèrent alors sur ce qu'il contenait. 11 répondit qu'il lui^^ avait paru « plus fort en invectives qu'en rai^H sons, n Elles le prièrent d'avoir quelques égards pour son prisonnier, — Quels égards puis-je avoir, répliqua-t-il, après avoir découvert sur les feuilles blanches d'un livre des caractères écrits à Tencre sympathique, qui sont apparus quand on a mouillé le papier-.
Les parents de M. de la Chalotais s'inquîé tèrent cependant de refîet produit par ce Mémoire dont ils redoutaient peut-être la vivacité, et ils s'adressèrent au conseiller d'Etat Gilbert des Voisins : <c Nous vous supplions, monsieur, de vouloir bien prendre connaissance d un Mémoire