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irison par M- de Barnn a M. de Fles& de M. de Saint-Florentin. Nous croyons avoir des titres pour réclamer ce raanusorit informe^ afin d'être en état de le présenter au roi, mais dans une forme décente et respectueuse.**' »
Par qui le Mémoire fut-il livré à la publicité? C*est encore aujourd'hui un mystère, 11 est certain, d'après la lettre précédente, qu'il ne le fut pas par les parents du prisonnier ; peut-être le fut-il à Paris par un adversaire, dans le dessein de compromettre raccusé. Ce qui est sur, c'est qu'il fut imprimé et se répandît dès le mois de janvier 1767 ^
Le Troisième Mémoire débute ainsi : « 11 y a aujourd'hui un an révolu que nous sommes dans les fers, et ce temps n'a pas suffi à des accusateurs toul-puissants pour noua trouver des crimes. Ils n'ont manqué cependant ni d'argent, ni d'émissaires, ni de petites intrigues, ni de grands fri-" pons, ni de faussaires, ni de faux témoins, ni de lettres patentes^,.. » Ce début éloquent donne la
1. x^rch. NqI,» K, 712, 5 novembfc 1766, La leUre esl flîgn<L^e : Coëlmen de GuriMÎeue, de Ciiradeuc de la Fruglaye, le chcV' de la Chalolai^,
2. Saîiit-Flo'reiitîrt lui-même iji^norBit pur qui U avaîI ëlé livre à 1q publicité. fCorreap. fontrtte, p. 332.)
3. Troisième Mémoire de M. de la Chftïotiib, procureur g-énéraï au Parlcnvcnt de Brelng-ne, Imp, ifi-l2 de 71 p. — Il est probable que peu de mydificolmnft fureut opporléea ou texte du manuscrit primilîf. Bien que ce» premièrci lignes indiquent la dote du tÙ novembre 1766, le Mémoire o été cerluinement écrit avant le 5 octobre, puisqu'il a été saisi ce jour-lù par Barrin» matH le prtsuntiier ne pensait pas sans doute que son écrit fut connu Qvunt le 10 novembre. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il ronlient un codietlle daté du 11 novembre 1766.
LE DiC 1> AIGUILLON ET LA CHALOTAIS
note de ce nouyel écrit. Jamais La Chalolais n*a poussé plus loin la vigueur de la polémique et la virulence de riuveetive. Il attaque et déchire Saint' Kloroutin, d^Aiguillon et Flesselles. N'étaitce pïis un spectacle extraordinaire que celui de cet accusé f]ui^ du fond de sa prison, tenait en écb ces personnages puissants? Tous étaient anxie de savoir s'il les prenait à partie, et son gardien avoue ingénuement « que le grand point lui parait élre qu'il ne sorte rien de la plume de M, de la Chalotfus.., car alors il faudrait s^attendre en voir de belles. »
En effet, la puissance de la pensée, la netteté de Fexpression, réclat du style, la richesse des citations devaient assurer à ce pamphlet un succès sans précédent. Barrin avait bien raison de dire qu'il était de nature à impressio/Tiner Topinion publique. Et certes, pour que ce vieillard ait pu^ seul, sans livres, sans documents, sans conseils, composer une telle œuvre, il fallait quil possédât une intelligence remarquable, une plume 8ÎnguHèrement alerte, une culture peu commune servie par une admirable mémoire. ^J
11 est assez difficile d'analyser cet écrit, ea^^ les idées se suivent et se pressent, sans ordre méthodique* Après une tirade contre « le militaire » qui consent à exercer ce-métier de « geôlier vigilant » et de « guichetier inhumain, » qui n'est guère celui d'un soldat, Fauteur discute une fois de plus les principaux chefs d'accusation : Fentrevue du Boschet et les billets anonymes. Nous n'y reviendrons pas. Citons seuleme quelques lignes : « C'est aller bien loin que d'i faire un crime de lèse-majesté... Que tous les
Citoyens tremblent pour leur liberté et pour leur sûreté quand des ministres recevront des lettres anonymes, comme tout lion[ime en place est sujet h en recevoir souvent. Il a plu à M, de Saint- Florentin de me choisir pour Tobjel de ses soupesons, parce qu*il voulait me rendre la victime de ses vengeances. Il ne tenait qu'à lui de faire le mLîme honneur ou la même injure à cent autres... C'est de la délation pure... Quand il reçut la lettre et les billets anonymes, il les envoya, suivant Tusage des ministres qui évitent les juges ordinaires, à rintendant, qui chargea Audouard de faire des recherches. Celui-ci me fît, par reconnaissance, Tamitié de m'attribuer les billets... Depuis longtemps il cherchait a me nuire, parce qu'il savait que je ne Testimais pas et que je le lui avais témoigné... M* de Flesselles voit ce qu'il en coûte h sa probité pour s*être rendu Técho d'un malhoTméte homme et combien un faux pas peut entraîner de crimes pour soutenir un faux point d'honneur..,
« Voilà donc un intendant^ ignorant et dépourvu de sens et de jugement, qui vend à la faveur et au crédit T honneur et la liberté des citoyens qu'il doit respecter... M. de Saint-Florentin fut enchanté de saisir cette lionne fortune qu'il cherchait depuis longtemps... Je le répète encore, je ne raccuse pas nommément d'avoir fait faire les billets anonymes, mais je raccuse de me les avoir faussement, méchamment et pcrsévéramment attribués, d*ètrê le fauteur du faux et le receleur du faussaire*.
î. Troiiième Mémoire^ p. 39, 51, 60.
« Je dis que le premier qui m'a attribué ces billets (remarquez bien que je (lis le premier) était un fou ou un fripon. 11 y a des notions communes pour juger les hommes comme pour juger les choses. On ne commence pas à soixante ans à faire des folies et à commettre des crimes, quand on a vécu en homme sensé et qu'on a toujours joui d'une bonne réputation. Je n'ai jamais violé Tordre public ni les lois, grâce à Dieu; je ne suis pas tombé en enfance ni en démence. Personne ne m'a jamais vu ivre un seul jour de ma vie. Il est dur qu'on m'oblige à descendre à des détails aussi bas. Je voudrais que ces billets fussent sous les yeux du roi^ de son conseil et de toute la nation, tant ils me paraissent avoir peu de rapport avec mon écriture *. n
Enfin, La Chalotais cite ce passage de son testament, écrit au château de Saint-Malo le 17 février 1766 : « Je déclare, comme si j'étais prêt à comparaître devant Dieu, et devant peutêtre y comparaître bientôt, que j'ai été indignement et faussement calomnié, et mon fils égale ment; que les billets anonymes ne sont point d moi, que je ne les ai jamtiis écrits, ni vus, m lus, ni envoyés, ni fait envoyer ou écrire qu'ainsi Dieu me soit en aide, consentant qu'il me punisse éternellement si je mens'*» »
Voilà, certes, des déclarations convaincantes;
1. Troisième Mémoire, p, 62-64, ^- C'est lu que La Cbalotau «xprtme le xœu que cea hUleis aoienl gravés par un habile tisle^ afin de permetlre au public déjuger, (1»^oir plus haut» p. 37tf note 2.)
2. TtoUlème Mcmoirt, p. 66. — Dans un cQdîcîUe fait n bhx Cardoliers, le 11 novembre 17G6» w La Chalotais con&rme t-et? dé« loratîon, (Voir plus haut, p* k%l^ note 3,)
OU bien il ne faut plus ajouter foi à la parole d'un honvme. L'auteur démontre ensuite sans peine, à Taide d'arguments juridiques, l'irrégularité et la nullité de la procédure suivie contre lui, rillégalité des lettres patentes de disjonc tion» l'iniquité du refus d'un défenseur, Finanité des aflirmations des experts, « qu'il est si facile à un ministre de séduire par des promesses de protection ou des faveurs. »
Il est incontestable que de tels écrits agitaient l'opinion. Ils n^étaient pas « innombrables, w comme on Ta dit, mais ils étaient nombreux. Il serait pourtant inexact et injuste de mettre au rang des pamphlets les requêtes des accusés ou les consultalions des avocats. Tous ces documents, aussitôt livrés à la publicité, finissaient par produire dans les esprits une surexcitation dont s'inquiétait le gouvernement. Le Mémoire de Caloiuie, seul ouvrage en sens contraire, avait été mal accueilli et n'avait fait aucune impression r.
Saint-Florentin était outré des violentes attaques dirigées contre lui dans le Troisième Mémoire; tous les ministres sentaient, du reste, la nécessité de sortir à tout prix de cette déplorable aventure. L'état de l'opinion, la rentrée prochaine des Parlements, Fimminente réunion des
t. M. de GaloDDè vânail d être nommé intendant h Metz, c« qui fut conAÎdéré comme une diagnlce et une »orle d'enil. {Corr. Font,, p. 260, 26^0 Etait-ce un commeacement de revirement?
432 LE DUC D\lGUILLOn ET Isk CIIALOTAIS
Etais en faisaient également une nécessité . Mais ils n'étaient pas d'accord sur les moyens à employer. Us décidèrent de mander le duc d* Aiguillon. Celui-ci quitta fort à regret le repos et les fêtes de Veretz pour se rendre à Paris le 23 octobre 1766. 11 fut bien accueilli par le roi, mais il eut avec les ministres des discussions fort vives* Ceux-ci étaient disposés k évoquer le procès et à brusquer les choses; le duc restait toujours d'avis de laisser l'affaire au Parlement; il ne put faire prévaloir son opinion.
Ses amis s'étonnaient, du reste, qu'il persistât dons cette manière de voir. « Je crains toujours beaucoup que notre général ne se trompe dans le choix du parti auquel il s'arrêtera, dit Barrin. Je ne sais pas s*il en connaît tous les risques comme ceux qui sont sur le lieu* Ce qu^il y a de sûr, c'est que j'en vois beaucoup et qui ne font qu'augmenter par la lenteur à se décider qui laisse le temps aux têtes chaudes de s'enflammer et aux tiédes de se refroidir *, w Barriu était convaincu que le Parlement no consentirait jamais à juger; il l'écrivait au duc d*Aiguillon lui-même : *c Je ne vois que des risques de tous côtés, je ne suis pas embarrassé de ce qu'on penserait de M. de la Chalotais après la déposition de sept experts et toutes les petites anecdotes qu'il y a sur son compte ici, si tous les gens de bonne foi du royaume passaient huit jours à Rennes à se faire instruire, mais parmi ceux qui se mêlent d'instruire les autres, à Paris et ailleurs, le malheur est qu'il y en a fort peu de bonne foi. Aussi,.
1 Corrctp^ndance FonitUt, p. 258, 288» 277.
malgré la dépositioii de sept experts et de sept autres encore après, on croira toujours le coutraire de ce qui est, jusqu'à ce que le dénouement ait déeouvert la vérité, en déliant la langue de ceux qui la savaient et craignaient de la dire K n
Barrin avait d'ailleurs un motif personnel d'être favorable à révocation : il désirait ardemment être débarrassé de son prisonnier* Chose étrange 1 c'était le prisonnier qui faisait peur au gardien! La C haletais ne s'avisa-t-il pas un jour de menacer le lieutenant Bonnet de l'autorité du Parlement contre les militaires qui se prêteraient à exécuter les volontés des ministres sur sa personne, lui laissant entendre que ce temps était plus prochain qu'il ne le pensait*.
Et puis le général de Barrin était uu peu honteux du métier qu'il faisait; il exhale ses plaintes dans les lettres qu'il adresse à son ami Fontette, qu'il appelle plaisamment te monsieur le général dos prisonniers, n « Je voudrais bien vous annoncer que vous serez, ainsi que moi, bientôt dégénéralisé... Ceci devient bien excédant* J'en ai par dessos la tête, et je vous juge cent pieds plus à fond. » Et il conclut : « La vilaine guerre que nous faisons là! » Il n'y avait rien de bien glorieux, en effet, pour des offliciers généraux qui avaient fait de nombreuses campagnes, à passer leur temps à fouiller des pots de beurre et des pots de tabac.
Tout le monde attendait une solution. Les
t. Arcb, du mitt> de la just. BorHa à d'Aig^iUon, 10 oct. 176(1. 2. Arcb. du min. de la just. Borria à d'AigttUlûn, IS oct. 1766. U 25
434 LE DUC d'aiguillon et Lk CIÏALOTAIS
afTaires étaient suspendues. Le Parlement traînait dans un(» inartion presque complète. Souvent aux nodiences^i il ne paraissait ni un avocat ni un procureur. Bien que la Cour n'eût pas pris de vacances, la séance de rentrée eut Heu selon l*usag(î le 12 novembre. Il y avait pttkJ de juges et encore moins d'avocats. ^H
« Je fis mercredi Fouverture du Parlement, ' écrit r avocat général Le Prestre, par le discours que vous savez et dont je me tirai mieux qu'à un souper certain soir... Je vous manderai Tordinaire prochain des nouvelles sûres pour le procès criininol et pour les Etats... Le Conseil s'est efTeçtivemcnt tenu, il a duré trois heures, mais rien n'a transpiré,.. Rien de m>uveau par la poste de ce jour; le secret qu'on dit que le roi a ordoimé a été bien gardé ^ . . «
On le voit, Tanxiété étmt grande partout;! était urgent qu'une décision intervînt.
ni
Une commission avfiit été nommée pour e: miner les pièces de la procédure envoyées Paris en vertu de Tarrét du 13 septembre 1766; elle fit son rapport le 13 novembre au comité particulier. On annonça que le roi prendrait une décision à la séance du samedi 15 novembre^ . En somme, deux solutions paraissaient po^H sibles : si le roi évoquait le procès à sot^^
1. Correspotitluiiefi Le Prestre, 14, 17, 19, 21 novembre 17*i6.
<f^ M. Blairi de SaiuL-Aubin, notre g;i"etriei" en chef cnmiiiel, chtirgé des la procédure criminelle qui occupe tout le monde, mouryl ©vont- hier, i^ (Gorr. Le Prestre, 8 novembre 1766,)
Conseil, il pouvait le faire juger par ce Conseil lui-même ou bien lo renvoyer ù un autre Parlement, par exemple à Bordeaux, avec Tordre de trancher le débat. Mais à ce moment^ il faut le remarquer, il s'agissait toujours de juger et, B dans l'esprit de beaucoup, de condamner les
■ accusés. Saint-Horentin était encore convaincu que si la première solution prévalait, une peine rigoureuse serait prononcée contre La Ghalotais.
La discussion fut longue, elle se prolongea pendant deux heures, le 15 novembre, sans aboutir à "aucun résultat* Le roi « désigna un autre » Conseil pour la même affaire » le lundi 17 novembre, à cinq heures du soir, prescrivant, un secret absolu. 11 n'y eut pas encore de résolution
1 arrêtée ce jour-là. Partout P anxiété redoublait. « Que se passe-t-ildonc ? dit Barrin. Je tremble de penser qu'il y ait un changement dans les avis. Cela me dégoûte de m'intéresser à tout ceci et je voudrais ne plus jouer aucun rôle dans cette fastidieuse affaire ^ »
La séance avait été renvoyée au samedi 22 nom vembre ; enfin ce jour-là une décision fut prise. Lo roi, faisant droit aux requêtes des accusés, rapportait les lettres patentes du 5 juillet 1766, qni
■ avaient prononcé la disjonction des billets ano-
■ nymes ; il évoquait h son Conseil toutes les accusations intentées et les poursuites commencées, pour être continuées par les maîtres des requêtes Esmangart, comme ministère public, et Le Noir comme rapporteur. L^affiiire devait être instruite et jugée définitivement par le Conseil du roî, et