‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 169 sur 187 · Arch. du chût, de la Magnane, 26 novembre · texte numérisé non relu

Arch. du chût, de la Magnane, 26 novembre

3. Arch. Nat., H. kZ^, Motvtbourcher à Galonné, 18 déc. 1766.

du moment qu'il a plu au roi de les rapporter, par une conséquence nécessaire, notre procédure devait tomber*... »

Le Conseil était décidé à mener rondement l'affaire. Le jour même où le premier arrêt était rendu; le chancelier de Maupeou adressait à tous ses membres un billet les invitant à se rendre à la séance du lundi 24 ^novembre « pour une affaire importante. » Ce jour-là le Conseil des parties, composé de 58 membres 2, se réunit à (Jix heures et la discussion se prolongea jusqu'à une heure de l'après-midi. M. de Maupeou, qui présidait, ouvrit les débats en disant que le roi avait jugé à propos, d'assembler son Conseil

1. Correspondance Le Prestre, 8 décembre 1766. — Le Prestre donne dans une de ses lettres deux détails intéressants pour l'histoire locale. Toutes les maisons de Rennes sont numérotées, même celle de M. le premier président, de l'évéque et de l'intendant, et nous sommes à l'hôtel Châteaugiron, au n* 63. On va faire la même chose dans toutes les villes du royaume, on les marque toutes indifféremment et il ne doit y avoir aucune exception. On donne pour raison que telle maison exempte de logement (des militaires) dans le moment présent peut dans la suite y devenir sujette, suivant les gens qui auront ou acheté ou affermé.

Nous fûmes hier (4 décembre 1766) alarmés pour notre Palais où le feu prit dans la charpente, communiqué par celui qui avait pris dans une cheminée de notre imprimeur. Les secours furent prompts et les progrès du feu furent lents. Nous en sommes quittes pour le plomb fondu sur un des pavillons et la pièce de bois du faite brûlée avec les bouts de chevron. C'est le pavillon du côté de la rue Royale... La réparation coûtera 100 pistoles (1,000 fr.) (Correspondance Le Prestre, 5 et 10 décembre 1766.)

2. Le Conseil du roi ou Conseil d'Etat du roi s'appelait Conseil secret, Conseil des dépèches. Conseil des finances, Conseil des parties, selon les questions qu'il avait à traiter et selon les personnes qui en faisaient partie. En thèse générale, le Conseil des dépêches s'occupait des affaires politiques, et le Conseil des parties des affaires ayant un caractère judiciaire.

444 LE DUC d'aIGUILLOTI et la Cn.VLOTAIS

loul entier pour jtiger une affaire de la ph grnnde importance.

Le Noir lit un exposé de V « affaire Bretagne, » qui dure depuis plus de deux ans Mais le ton est visiblement changé. Le rapport est impartial et modéré. « Loin de cher c lier à prévenir les esprits contre les magistrats accusés, dit-il, il tient à faire observer que, jusqu'au temps des troubles de Bretagne, ils ont donQ| les marques les plus distinguées de fidélité. Ai zèle, d attache ment au service du roi et à leur devoirs, ils ne pourraient donc être convaincu! qu*après rinstruction la plus scrupuleuse et Ton ne peut douter qu'ils ne .se flattent de parvenir à manifester leur justification ^ » —

La discussion s'ouvrit alors, M. de Montyoi maître des requêtes, émit des doutes sur la régularité de la nouvelle procédure que Ton proposait d'instituer contre les magistrats accusés. Plusieurs membres auraient bien voulu être dispensés de siéger dans cette affaire épineuse et demandèrent à se retirer : M» de Bacalan, parc qu'il avait plusieurs fois exprimé Tavis que le" procès devait être renvoyé à Fiordeaux et que M. de la Chalotais ne pouvait en aucun cas êtrl^ condamné sur des rapports d^experts ; M. dl Bezance, parce qu'étant conseiller à Paris, avait déjà opiné sur la question et les remot trances faites à ce sujet ; M, d'Aine, parce qu'il avait refusé de connaître de Taffaire en Bretagne ; M. de Pontcarré de Viarmes, parce qu'il était parent de deux magistrats « insultés

1, Procès instruit, Ul, 275,

dans Testampe des Ifs; » M. Fabbé de Marbeuf, parce qu'il était ecclésiastique et ami de M* de la C halo tais. Le oonBoillcr d'Etat Gilbert des Voisins combattit vivement ces récusations, dont aucune ne fut admise.

M. Esmangart demande au Conseil d'ordonner diverses mesures ayant pour but de mettre l'affaire m\ état ; Tapport des procédures, la confirmation des décrets de prise de corps, Tinterrogatoire des accusés. Arrêt conforme est aussitôt rendu. A ce moment, quatorze personnes étaient impliquées dans ralîaire : Iiuit étaient « en état de décret de prise de corps, » c'est-à-dire détenues ; MM. de la Chalotais, de Caradeuc, de la Gàcherie, de Montreui!, de la Colinière, de Kersalaûn, de Reynes et nouquerel furent amenés à la Bastille, Six autres inculpés étaient assignés, c'est-à-dire prévenus libres : MM. du Poulpry, de Begasson, de la Bellangerais, du Bourblane, Perigault et Rolland. Ils reçurent Tordre de se rendre immédiatement à Paris*,

On iit même lever les scellés du cabinet de M. de la Chalotais et procéder à une nouvelle perquisition dans ses papiers, dans le but d'y découvrir quelque nouveau sujet d'inculpation. Mais on ne trouva rien-.

1. V U nous arriva avant-huT, dii Burrin, un hammc qui csi rhtirjjc cîe lu conduitt? de Bt>oquereL II esl parli hier soir (2 décembre 1766) Bvec son fou. m {Corrcsp. Fontr^tlt^ p. 2U8,) — M» Carré écrit : n Nous ne pouvons dire quel était ce M, Rolland, w {Correvp, Fonteiie, p. 300, note 1.) Celait évidemment le greffier de M, de la Gâchn^ric, déjn long-uement m^-lé u cotte iiifaîrc.

2. M. de .Saint-Florentin avait eu la mnlndrcsfit' d'envover d'avance !e cnchet de M. de la Cihololniâ à TinlendanL Le chevulier de lu Chulolaia, présent à ropér&lion, lut bien remarquer

446 LE DUC dViguillon et la chalotais

A ce moment Saint-Florentin espérait encoi que le Conseil prononcerait une condanmatio Cependant il était visible qu^untî certaine de? tente se produisait* M. et M'"'* de la Fru^laye, M'"" de Garadeuc furent autorisés à venir à Paris, M^*" de la Clialotais eut la permission de sortir de la Visitation, « pour faire les sollicitations qu'elle croira convenables ^ » ^

M* de la Fruglaye raconte ces démarches e' termes attachants : « Nous trouvâmes, dit-il, M"" de la Chalotais dans le dernier degré marasme; nous nous logeAmes avec elle dans couvent de Sainte-Thècle, rue de Vaugirard..., nous y étions très mal logés.,. M. de Boissard, mon beau-frère, et le chevalier de la Chalotais vinrent nous y rejoindre. M^^® de la Chalotais nous donna les noms des différentes personnes haut placées qui s'étaient prononcées en notre faveur, et surtout d*un conseil de huit avocats très célèbres qui s'étaient dévoués à nous ser et à diriger nos démarches judiciaires.

« Nous demandâmes à voir nos parents à Bastille. On nous le permit. M. de Sartines montra bien disposé.

«f Nous passions. M""' de Garadeuc et moi, les jours entiers en carrosse, faisant des visites à toutes les personnes dont nous désirions nous

que M. de Flesselles, a^ani le cnchel, pouvoit avoir levé les scenéi ci Jes avoir remis avant de le lui représenter, « La remarque était juste et cela s'appelle encore des menures mn) prises, avoue Barrin, dont les partisans fcroot usage, s'ils le veulent, pour dire qu'on a pu détourner ou substituer des papiers ► » [Corresp. Fon- Utie, p. 209, 3 décembre Î7G6,)

1« Arcb. Nut. Ot 452. Saint-Florentin à la supérieure de lu Yittitalioti, 25 novembre 1766,

faire connaître, soit pour leur rendre grâce de rintérêt qu'elles prenaient à notre cause, soit pour leur en inspirer. M™* de Garadeuc, femme d'un esprit médiocre, mais animée de la plus grande tendresse pour son mari, avait dans le maintien beaucoup de noblesse; sa figure, qui était agréable, était d'autant plus intéressante qu'elle portait l'expression de la plus touchante et profonde affliction, s'exprimant d'ailleurs très bien. Dans toutes nos visites elle commençait par parler sentiment; je finissais par parler affaires et par répondre aux questions qu'on nous faisait, en raison du degré d'intérêt qu'elle avait inspiré. Nous allions parfaitement ensemble, elle avait en moi beaucoup de confiance... Nous parvînmes ainsi à exciter l'intérêt public.

« Le comte de Jumilhac, gouverneur de la Bastille, avait pour les prisonniers des marques d'intérêt; quand nous les vîmes, il devait être présent à notre entretien, mais il ne nous gênait pas, et M. de la Ghalotais lui dit : « Monsieur le comte, je n'ai rien à dire à mes enfants que je ne dise volontiers devant vous et devant tout homme honnête. Je ne redoute que les intrigants et les fripons. » Les prisonniers furent traités avec égard, et on eut pour eux les procédés que l'humanité commande envers les détenus. C'est qu'ils n'étaient plus comme au château du Taureau, à Saint-Malo et à Rennes sous la main des geôliers aux ordres de M. d'Aiguillon ^ »

Les parents des autres magistrats reçurent également l'autorisation de venir à Paris.

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